Paradise Hills, Emma Roberts prise au piège d’un conte de fée dystopique aussi séduisant que terrifiant [Fantasia 2019]

Synopsis : « A mysterious boarding school perfectly reforms wayward girls to fit their surroundings’ exact desires. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
Film vu dans le cadre du Fantasia Festival International de Film 2019, élément à prendre en compte, car il est le festival avec l’ambiance la plus indescriptible.

Si l’on ne fait qu’une simple constatation de ce qui est majoritairement proposé dans les salles de cinéma depuis quelques années, on retrouve essentiellement des histoires qui traitent de notre société (frontalement ou en sous-texte), ainsi que les histoires de personnages mis en avant dans des récits d’émancipation héroïques ou super-héroïques. Si l’on excepte les productions Disney en animation, partir à la recherche d’un conte, utopique comme dystopique, c’est partir à la recherche d’une nouvelle forme de Graal. Il en existe, très certainement, mais ils ne nous viennent pas à l’esprit. Il y en a cependant un, dont le titre nous vient à l’esprit. Réalisé par Matteo Garrone, Tale of Tales était un conte pour adulte, mais un réel et beau conte de fées à l’univers envoûtant et original. Décors, costumes, maquillages… la création d’un univers à part entière, une réelle et belle proposition de cinéma. Mis à part ce dernier, difficile de mettre la main sur une autre telle proposition de cinéma. Jusqu’à aujourd’hui et l’arrivée sur le devant de la scène de la jeune cinéaste espagnole Alice Waddington.

Il était une fois Uma, une jolie jeune femme qui se réveille sur un matelas posé dans une salle isolée, mais superbement décorée. Où est-elle ? Que fait-elle ici ? Dans la plus pure tradition des contes de fées, il va être question d’un prince, d’une marraine et d’une jolie princesse entourée par de fidèles amies. Des personnages qui vivent et évoluent dans un lieu magnifique, un lieu fleuri, coloré et où il ne pleut jamais. Tel que son titre le laisse joliment supposé, Paradise Hills est un conte de fées qui en adopte tous les rouages et clichés. Tous les éléments sont réunis et la réalisation va dans ce sens, adoptant un style extrêmement léché, qui va iconiser chacun des personnages. Des femmes extrêmement belles, élégantes, filmées de manière à faire ressortir leur beauté physique, tout en n’occultant jamais les décors et costumes. Tout est superbement mis en avant à l’image grâce à la somptueuse photographie signée Josu Inchaustegui. Une photographie extrêmement sobre, constituée majoritairement de plans fixes ou à la steady-cam. C’est élégant et sobre, suffisamment afin d’effacer la caméra et ses possibilités de mouvements, au profit des décors, des costumes et de la gestion des éclairages. Créer une ambiance utopique, onirique et envoûtante par la création d’un univers à part entière auquel le spectateur croit grâce à une cohérence du tout. Tant dans les couleurs que dans l’exubérance des costumes. C’est beau, remarquablement beau à regarder, sans jamais cependant donner envie d’y vivre.

Sous ses airs de conte de fées utopique et enivrant que la réalisatrice embrasse durant une bonne partie du récit, se cache en réalité une dystopie sur la recherche de la beauté et du bien paraître. Critique de notre société avide où le paraître et le bénéfice sont plus importants que tout. Dans un sens, la réalisatrice Alice Waddington va jusqu’à critiquer la volonté de notre société de nous pousser au conformisme en suivant des critères de beautés pré-établis. On parle de la beauté, mais on pourrait également parler de l’évolution de carrière et plus encore. Paradise Hills, où comment réaliser un conte de fées qui en reprend tous les éléments, pour mieux les détourner et fondamentalement en critiquer certains messages aujourd’hui dépassés et néfastes pour les plus jeunes. Alice Waddington signe une oeuvre très intéressante sur le plan formel (très belle et très soignée), tout en étant moderne et pertinente sur le fond. Le message est extrêmement clair, et même s’il n’est pas original, la connivence avec le matériel originel (le conte de fées) et la clarté de ce même message font qu’il est limpide et compréhensible pour les plus jeunes. Paradise Hills est un conte de fées moderne qui met en garde les plus jeunes sur des points nécessaires et pas uniquement en sous-texte. Si certains critiqueront le film parce qu’il est simple, c’est en réalité cette même simplicité apparente qui prouve qu’il est un film aussi bien écrit que dirigé.

Un film cohérent et pertinent en plus d’être divertissant, car bien rythmée, et encore une fois, visuellement magnifique. Paradise Hills est une “utopie dystopique”, une oeuvre conventionnelle dans l’écriture de son récit, mais qui évite tout manichéisme grâce à cette dystopie sous-jacente. Tout est dans le bien paraître et la manière de faire croire, à l’image même du propos du film. Ce que joue parfaitement Emma Roberts, actrice principale du film. Parfaite dans le rôle, elle développe une palette d’émotions assez large sans jamais sombrer dans l’exubérance ou le sur-jeu, tel ce personnage qui arrive dans un monde avec lequel elle ne fait pas corps. Là où, même si convaincantes, Awkwafina, Eiza González et Danielle Macdonald ont moins la possibilité de donner du corps à leur personnage respectif. Elles ne restent que des side-kicks, présentent pour permettre à l’arc narratif du protagoniste d’évoluer correctement. Et si l’on pouvait songer à un mist-cast de la part de la jeune cinéaste en engageant Milla Jovovitch, il n’en est rien. Si elle a toujours tendance à surjouée lors de moments dramatiques, Alice Waddington trouve la manière de faire ressortir ce qu’il y a de bon en cette actrice. Une certaine douceur apparente, pouvant cacher quelque chose de plus sombre et de plus terrifiant. Rien que pour ça, bravo Alice Waddington.

« Alice Waddington signe un conte de fée dystopique, aussi intéressant dans la forme (photographie somptueuse qui magnifie décors et costumes) que pertinent dans le fond, surtout pour les plus jeunes. »


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