Outlaw King, David Mackenzie en digne successeur de Mel Gibson et de son immortel Braveheart ?

Synopsis : « L’histoire vraie et inédite de Robert Bruce, noble vaincu de l’Écosse médiévale devenu roi contre son gré puis héros hors-la-loi en l’espace d’une année. Contraint à se battre pour sauver sa famille, son peuple et son pays de l’envahisseur anglais, Robert Bruce s’empare de la couronne écossaise et rassemble une troupe de soldats hétéroclites. Avec eux, il devra affronter la colère de l’armée la plus puissante au monde, menée par le féroce roi Édouard 1er et son imprévisible fils, le prince de Galles. »

Présent dans le paysage de la création cinématographique depuis vingt-quatre ans déjà, le cinéaste écossais David Mackenzie est néanmoins connu du grand public depuis seulement deux ans. Ce n’est qu’à partir de 2016 et de la sortie d’un certain Hell or High Water que le nom de David Mackenzie a commencé à entrer dans la mémoire collective. Même si encore aujourd’hui il ne signifie pas grand-chose pour une partie de ce même grand public, Hell or High Water restant un film de niche, un western moderne qui s’adresse aux amateurs du genre. Néanmoins aujourd’hui, des spectateurs peuvent se lancer dans le visionnement d’une œuvre simplement grâce à ce nom, par pure curiosité, mais également en sachant qu’ils vont peut-être être surpris par ce qu’ils vont découvrir. Si on a essentiellement retenu de lui son Hell or High Water, David Mackzenzie c’est également Starred Up et Perfect Sense. Des films opposés, mais radicaux dans leurs concepts respectifs. D’un côté une brutalité physique afin d’amplifier l’enfer de la violence carcérale et de l’autre une brutalité sensorielle (couper les cinq sens un à un) afin de rendre une histoire d’amour de plus en plus belle et touchante. La marque d’un cinéaste qui cherche toujours se servir au mieux des moyens que le cinéma met à sa disposition afin de raconter son histoire. Aujourd’hui, le cinéaste écossais se lance un nouveau défi. Délaisser le désert du Texas au profit des plaines vertes et étendues de l’Écosse médiéval.

Réaliser un film de guerre est un défi périlleux, réaliser un film d’époque est un défi périlleux, mais réaliser une œuvre cinématographique pouvant être considérée comme une suite logique à la fresque historique réalisée par Mel Gibson en 1995 relève de la folie. L’âme de Sir. William Wallace rôde et se fait ressentir dans les têtes des personnages. Ils le connaissent et le portent en étendard ou au contraire lui crache au visage. Parce que oui, si ce n’est pas une suite directe, Outlaw King conte l’histoire de Robert Bruce né en 1274 à Turnberry en Écosse. Il va être question de William Wallace, de son courage et de la renommée qu’il c’est forgée lors de la guerre d’indépendance de l’Écosse. Mais si ce dernier était simplement considéré comme un hors la loi durant une grande partie de sa vie, ce qu’il était fondamentalement n’ayant pas de sang noble dans les veines, Robert Bruce est quant à lui un monarque écossais. Un monarque certes, mais un chevalier prêt à tout pour servir et mener un peuple dont il considère chaque membre comme son égal. C’est en cette considération envers celles et ceux qui ne demandent qu’à devenir braves et indépendants que l’on retrouve un des nombreux aspects du caractère de Sir. William Wallace chez Robert Bruce. Ils sont tous deux courageux, valeureux et humains. De par sa mise en scène, David Mackenzie met l’accent sur ce trait de caractère en dévoilant dès le départ un jeune homme qui a du sang noble, mais qui aime se salir les mains au même niveau que les autres. On le retrouve au milieu de ses soldats afin de préparer le terrain dans le cadre d’une grande bataille. C’est un personnage qui est fort et que l’on aime pour cela.

Malheureusement, là où Braveheart était une véritable fresque dont le nombre de personnages importants aux yeux du spectateur grandissait séquence après séquence, Outlaw King manque cruellement de personnages secondaires forts. Grâce à l’interprétation engagée d’un Aaron Taylor-Johnson transcendé, ce dernier permet à son personnage de vivre aux côtés d’un très bon Chris Pine. Mais il est bien le seul à offrir quelque chose de plus au récit. Les autres ne sont qu’au second plan, jamais utiles à l’avancée du récit ou alors ne vont être que de simples faire-valoir sans réels arcs narratifs, à l’image de tous les personnages féminins. Si son scénario fonctionne, on lui reprochera une certaine faculté à se contenter du minimum auquel le genre nous a habitués depuis l’avènement du cinéma. Un scénario à la structure en trois étapes extrêmement classique et qui manque clairement d’audace. Même si encore une fois, ça fonctionne et permet d’inculquer au film une montée en pression exponentielle afin de s’achever sur un climax tout aussi impressionnant que ne peut l’être le plan-séquence d’introduction. Dès son plan-séquence initial, David Mackenzie affiche la volonté de réaliser un film de guerre médiévale moderne. La caméra flottante tourne autour des personnages, sort de la tente afin de s’affairer autour d’un combat d’épée avant de retourner dans la tente une nouvelle fois et avant d’en ressortir une seconde et dernière fois pour dévoiler un panorama dantesque et lancer les hostilités. Le tout toujours avec cette caméra qui tourne continuellement autour des personnages avec cette sensation de flottement dû à l’utilisation d’un steady-cam. C’est beau, immersif et surtout hautement audacieux pour un film de ce genre. Une audace qui paye, mais qui va laisser le spectateur sur une note amère dès que l’on va revenir à une technologie plus “classique”.

Néanmoins, David Mackenzie soigne son image, soigne sa direction artistique et sa mise en scène dans le but que le spectateur ne sorte plus jamais de cette immersion permise par le plan d’introduction. Des costumes somptueux, des paysages à couper le souffle et un étalonnage hollywoodien donc très contrasté afin d’affiner au mieux un éclairage qui seront majoritairement naturels où aidé par des sources de lumière diégétiques (du feu généralement) lors des séquences de nuit. Sans parler des spots qui blast les extérieurs lors des quelques plans en intérieur afin de faire des puits de lumière, quelque chose de “classique”, mais qui fonctionne très bien notamment lorsque le directeur de la photographie utilise en extérieur le contre-jour, tel que c’est le cas ici. On a comme cela une impression de continuité dans la manière d’éclairer avec toujours une impression de forte lumière projetée vers les personnages. Toute cette maîtrise technique permet au film de se détacher du film réalisé par Mel Gibson qui en son temps ne pouvait se permettre d’avoir de véritables batailles de nuits, les caméras ne permettant pas de filmer aussi bien en basses lumières. Le décor reste tout de même l’écosse, on reste en terrain conquis face à de vastes et magnifiques pleines avec des chevaliers qui seront recouverts de sang et de terre. Mais tout cela ne serait rien sans la mise en scène de David Mackenzie qui réussit à inculquer de la vie dans chacun des plans de son film. Des centaines de figurants utilisés à bon escient afin qu’il y ait sans cesse de mouvement en arrière-plan. Et ce, pendant une bataille ou une simple discussion. Faire vivre ses décors pour donner une impression de naturel, donner du corps aux environnements et les rendre simplement crédibles. Tout cela va augmenter la facilité d’immersion du spectateur qui va y croire et qui en l’occurrence y croît.

Si l’ombre du film Braveheart plane sur Outlaw King, le cinéaste David Mackenzie réussit à créer l’exploit de permettre à son œuvre de s’en émanciper rapidement. Par sa mise en scène, par sa direction artistique, mais également par sa réalisation. Une réalisation plus hollywoodienne dans l’âme. Si on passe en terme de format à un 2.39 :1 au lieu d’un 2.35 :1 pour le film réalisé par Mel Gibson (ce qui n’est pas énorme sur le papier), la différence est notable surtout vis-à-vis des choix de cadrage. Si Braveheart se permettait moins de jouer sur la stylisation et au contraire cherchait le naturalisme avec énormément de plans larges et de jouer avec de grandes perspectives pour créer cette impression d’immensité, Outlaw Kings est en ça un film aux cadres bien plus resserrés et surtout le film opte pour un point de vue général à hauteur d’homme. Le spectateur devient littéralement acteur en étant parmi les troupes de Robert Bruce. Un bien pour un mal, car si ça aide en l’immersion, ça nuis en la création d’une grandeur et d’immensité lors des batailles notamment. Ça manque d’ampleur dans la réalisation et le choix d’un élargissement du format (un 1.80 :1 par exemple), aurait pu permettre au film d’avoir une tout autre dimension et d’atteindre pourquoi pas le statut d’un Braveheart qui n’est pas qu’un film de guerre, mais bien une fresque historique. Un problème amoindri grâce à un souci du détail et surtout à cette direction artistique créant une richesse visuelle au sein de chacun des plans. Mais là où Outlaw King ne surpassera malheureusement pas son ainé, c’est dans l’utilisation de la musique. Si elle s’avère belle à l’écoute, la bande originale du film vient simplement se superposer aux images afin de souligner un état émotionnel (romance, stress…). Aucun thème marquant, aucune composition véritablement marquante ou qui inculquerait quelque chose à l’une des séquences. N’est pas James Horner qui veut.

S’il n’a pas l’étoffe de son ainé, Outlaw King n’en demeure pas moins un film de guerre médiéval d’auteur. D’auteur, car derrière la caméra l’on retrouve un véritable auteur qui se sert de la grammaire mise à disposition par le cinéma afin de raconter au mieux son histoire. Une histoire contée par un scénario pas à la hauteur, trop convenu dans sa structure narrative et bien trop pauvre en personnages consistant et à l’apport essentiel à la création d’une réelle dramaturgie, mais élevé par un travail de maître sur la direction artistique. Des décors aux costumes, en passant par la gestion des éclairages et le travail sur la matière, accouplé à une mise en scène inspirée et qui insuffle au film la dimension épique nécessaire, c’est ce travail visuel qui va permettre au film de sortir de l’ombre de Braveheart. Ne pas simplement être uniquement comparé à ce dernier, mais s’en détacher et être une œuvre à part. La continuité de l’histoire d’un peuple par la vision d’un tout autre auteur.


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