Otages à Entebbe réalisé par José Padilha [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “1976, un vol Air France de Tel Aviv pour Paris est détourné sur Entebbe, en Ouganda.
Les faits qui s’y sont déroulés ont changé le cours de l’histoire. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

S’il a été crédité en tant que réalisateur de deux épisodes de la série Narcos (également producteur exécutif), acclamée par la presse et les spectateurs, l’ombre du film Robocop de 2014 planera à tout jamais au-dessus de José Padilha. Un remake parmi tant d’autres, un navet parmi tant d’autres, mais un film que l’on a décidément du mal à oublier tant il était garni de mauvaises idées. L’exemple même du remake inutile, car n’apportant absolument rien de novateur à l’idée principale de l’œuvre originale. Quatre ans après, le réalisateur brésilien tente de faire table rase en revenant au cinéma qui l’a fait connaître. Un cinéma qui navigue entre le thriller et le drame social au propos et à l’histoire ancrée dans le réel des spectateurs. On pense évidement aux films Tropa de Elite et Tropa de Elite 2: O Inimigo Agora é Outro pour lesquels il était réalisateur, scénariste et producteur. Dans le cadre du projet Otages à Entebbe, José Padilha s’allie à Gregory Burke, scénariste du thriller ’71 paru en 2014. Un thriller engagé dont la force principale résidait dans l’utilisation à son paroxysme du point de vue du protagoniste. Un point de vue jamais délaissé pour un autre dans le simple but de pouvoir développer le plus profondément, et avec autant d’intensité que d’humanité et de nuances, la psychologie du personnage incarné par Jack O’Connell. Une alliance, entre le scénariste et le réalisateur, alléchante et prometteuse sur le papier, mais qui malheureusement laisse sur sa faim.

“Affaibli par un scénario beaucoup trop riche et ambitieux, mais relevé grâce à une superbe direction artistique et des personnages joliment écrits et nuancés.”

Le 04 Juillet 1976, quatre terroristes détournent un Airbus A300 en direction de Paris et prennent en otages les 239 passagers. Va s’en suivre une prise d’otages pas comme les autres grâces à ceux qui en sont les principaux assaillants. Le terrorisme est un sujet délicat à traiter. Malheureusement, les films qui ont le droit à une belle visibilité sont ceux qui dévoilent une facette on ne peut plus manichéenne du terroriste et du terrorisme en règle général. Nous reste en mémoire un certain Made in France réalisé par Nicolas Boukhrief. Au travers de son film, le cinéaste français dévoilait de l’intérieur les intentions d’un groupe de quatre jeunes préparant une attaque terroriste. De la fiction certes, mais une véritable plongée au cœur d’un groupe dont les intentions, les consciences et les états psychologiques varient suivant chaque personnage. Des personnages qui sont à l’aube de commettre un acte immonde et qu’il faut condamner, mais qui restent avant tout des êtres humains constitués d’une conscience et de la faculté à réfléchir et se remettre en question. Un parti pris intelligent et au combien intéressant, comparé à la concurrence bien plus fade qui se contente d’observer et de juger avec facilité de l’extérieur. En ce sens et comparé à ce dernier, Otages à Entebbe (aussi titré 7 Days in Entebbe ou encore Entebbe suivant les pays de diffusion) navigue en eux troubles.

S’il n’a pas la férocité d’un Made in France, il n’a pas pour autant la fadeur et le manichéisme (voire puritanisme) d’un Assaut, Vol 93, 15h17 pour Paris et on en passe des meilleurs. Le scénariste Gregory Burke a su comprendre et saisir l’élément intéressant de ce fait réel afin d’en faire le centre névralgique de son histoire. Un élément qui n’est autre, ou plutôt ne sont autres, que les différences culturelles et déontologiques entre les terroristes eux-mêmes. Démontrer qu’à l’intérieur même de cette prise d’otages résident d’autres conflits et notamment entre les terroristes eux-mêmes. Deux groupes composés de deux personnes chacun qui ont réalisé une action commune, mais qui vont se rendre compte qu’ils ne le font fondamentalement peut-être pas pour la même raison et surtout qu’ils ne conçoivent pas mutuellement la façon de procédé de l’autre. Une discorde qui va enrichir le récit et humaniser, ou déshumaniser, chacun des assaillants. Ces derniers vont être affublés d’une personnalité déterminée par des actes et des choix délibérés et assumés. A cela, et par le prisme de ses personnages, le scénariste apporte un argumentaire intéressant sur de l’affiliation ou non au terme terroriste. Sont-ils des terroristes ? Le sont-ils tous les quatre et pourquoi ? C’est fort et très intéressant, puisque rarement traité avec autant d’humanité. Et grâce à une mise en scène très soignée de la part de José Padilha, ça donne lieu à des moments riches en tension et en émotion. Néanmoins, si les personnages principaux (les assaillants) sont mis en scène avec soin afin de nuancer leurs caractères, ce sont bien les seuls.

Comme beaucoup de films basés sur une histoire vraie dont il est question de problèmes sociaux et de discordes politiques, Otages à Entebbe s’entête à vouloir offrir aux spectateurs une vision globale de l’histoire. Plusieurs points de vues avec plusieurs personnages qui évoluent dans plus espaces bien distincts les uns des autres. Parti pris qui permet d’en apprendre plus sur l’histoire, mais dans ce cas autant lire les articles de presse de l’époque. Cette volonté de jongler entre les différents points de vues entache l’affiliation envers les protagonistes de l’histoire. D’autant plus que le traitement des personnages secondaires (politiques essentiellement) est bâclé au possible et littéralement dénué d’intérêts à cause d’un acting des plus médiocres. Eddie Marsan en tête de ligne, qui nous offre probablement la pire interprétation de sa carrière avec un accent forcé aussi incroyable que consternant. Rosamund Pike semble également ailleurs égarée et pas concernée. Un large panel de personnages secondaires donc, pas intéressants qui vont influer sur la dynamique globale d’un long-métrage à l’électrocardiogramme aussi improbable que celui d’un cocaïnomane sous méthamphétamine après le marathon de New York. Mort, mais qui revient de temps à autre à la vie (séquences à Entebbe en l’occurrence). Otages à Entebbe est un film tiré d’une histoire vraie qui manque d’un concept fort dans sa structure narrative, ici bien trop classique et académique. Utiliser le hors champ (téléphone…) afin d’incrémenter les hommes politiques à la prise d’otages et conserver un seul et même point de vue. Ou alors séparer le film en 4 actes (film chapitré d’où cette proposition), chaque acte optant pour le point de vue d’un assaillant, mais sans en changer. Les possibilités sont multiples et la majorité, la moindre prise de risque auraient été bénéfiques au film. Il n’en demeure pas moins un film qui a des qualités, notamment visuelles avec une réalisation extrêmement propre qui comporte quelques belles compositions de cadre, ainsi qu’une photographie qui use avec justesse de la chaleur environnante et de l’insalubrité des lieux (décor principal à Entebbe).



Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *