Only the Brave ou Line of Fire ? Nouveau montage pour le film réalisé par Joseph Kosinski

Synopsis : « Inspiré d’une histoire vraie.  Juin 2013. Comme chaque année l’ Arizona est ravagé par les incendies de forêt qui déciment la région. Seuls les pompiers certifiés « hotshots » ont la possibilité de se rendre au plus près de l’ennemi pour le combattre. Eric Marsh, chef d’une caserne locale,  et son équipe font tout ce qu’ils peuvent pour obtenir cette qualification qui pourra leur permettre de protéger la ville de Prescott et leurs familles. A force de persévérance ils obtiennent  leur certification et vont devoir affronter l’incendie le plus gigantesque que la région ait connue. Au péril de leur vie, ils vont tenter d’éteindre ce brasier impitoyable. Alors que les flammes progressent inexorablement, leur temps est compté… »

 
1ère Partie – Sortie de Séance sur la version française du film
par Emmanuel Calafiore

Pourquoi modifier le titre original anglais, Only the Brave pour un autre titre en anglais Line of Fire pour sa sortie française ? Sans doute parce que “Seuls les braves” ne soulignent pas suffisamment la dramaturgie qui sous-tend cette “Ligne de feu”. Ce changement de titre renforce le sentiment d’urgence. Et le drame qui va se nouer autour de cette équipe de pompiers certifiés “hotshots”, prêt à combattre le feu. Combattre cet ennemi qui ravage les forêts, les villes, les vies. Tiré d’une histoire vraie, ce film narre comment ce groupe de pompiers locaux est devenu la première équipe officielle capable d’affronter les incendies en étant que “hotshots”, honneur très rare pour une si petite brigade. Pour mettre en œuvre cette tranche de vie, Joseph Kosinski a été choisi. Il est à l’origine de Tron Legacy et surtout de Oblivion, le film de science-fiction mal-aimé, pourtant totalement surprenant et épatant. Avant de mettre en scène le retour de Tom Cruise dans Top Gun : Maverick, il a pris le temps de diriger des acteurs qui vont combattre les flammes au péril de leur vie.

Soulignons tout d’abord que ce film est sorti en octobre 2017 dans son pays de production : les États-Unis. Presque un an pour traverser l’Atlantique pour débarquer en France dans des conditions qui ne seront forcément pas les meilleures. Sans doute est-ce à cause de cette longue attente, ainsi que de son flop au box office américain, que le film passe directement par la case e-cinema. Ennuyeux pour les plans imposants des flammes qui dévorent les forêts. Il faut le reconnaître, les effets pyrotechniques auraient mérité amplement un écran large de cinéma. Le réalisateur réussit la prouesse d’immerger le spectateur au cœur de ces flammes au point de donner des suées au spectateur. Des images saisissantes, soufflantes et brûlantes, sans mauvais jeu de mot. Joseph Kosinski réussit une prouesse technique qui rappelle le sommet du film dédié aux hommes du feu : Backdraft réalisé par Ron Howard et paru en 1991. Mais la comparaison s’arrêtera là puisque le film réalisé par Ron Howard est une pure fiction alors que ce Line of Fire raconte une histoire basée sur des faits réels.

Si la comparaison s’arrêtait uniquement au genre des films, on aurait alors été en droit de s’attendre à une histoire mise en scène avec maestria, à une œuvre composée de véritables morceaux de bravoure aussi spectaculaires que bouleversant. Hélas, il n’en est rien. Si dans le film Oblivion, Joseph Kosinski dirigeait les acteurs à la perfection, au point d’offrir à Tom Cruise un jeu nuancé comme il nous en avait pas dévoilé depuis de longues années, on peut déplorer de voir dans ce Line of Fire un casting cinq étoiles au jeu insipide. Le cinéaste a de véritables Rolls Royce sous la main, mais dont on aurait remplacées les moteurs respectifs par des moteurs de 2 CV. Le chef de cette bande de pompiers casse-cou est porté par le charismatique Josh Brolin. Habituellement convaincant, ce dernier développe ici un jeu trop appuyé au point qu’il soit difficile de croire à l’histoire d’amour vécu par le personnage avec sa femme Amanda Marsh (interprétée par l’actrice Jennifer Connelly). Cette dernière semble n’être plus que l’ombre de l’actrice de talent qu’elle fut, même si au travers de deux scènes plus intimistes on retrouve l’actrice plus investie que l’on avait pu voir dans des productions datant de la fin des années 1990 et le début des années 2000. Cependant, cela tourne court pour se focaliser seulement quelques instants sur les états d’âme d’un homme qui ne veut être père, de peur de laisser un vide s’il venait à être soufflé par les flammes. Et que dire du reste du casting ? Jeff Bridges cachetonne en vieux chef pompier, également chanteur dans un groupe de country improbable à ses heures perdues. Quant aux autres hommes du groupe, ils sont quasiment inexistants ou totalement stéréotypés. L’histoire se focalise surtout sur la relation entre Eric Marsh (interprété par Josh Brolin) et Brendan McDonough (interprété par Miles Teller), ainsi que la relation ami/ennemi entre ce dernier et collègue interprété par l’acteur Taylor Kitsch. En clair : un chef et celui qu’il a sauvé de la drogue, ainsi que le combat de deux chiens fous qui finissent par s’apprécier. Telle est la rapidité de l’histoire et ses enchaînements qui ne permettent pas de croire en ces aventures humaines et en leurs développement respectifs.

On peut supposer qu’il a fallu condenser l’histoire pour une teneur dramatique plus forte mais cela ne prend pas. Et si cela ne prend pas, c’est parce que les acteurs sous-jouent notamment Miles Teller. Si dans Whiplash, il était impeccable de maîtrise face à un acteur de folie (J.K Simmons), ici il sonne faux. Comment croire en cet homme drogué qui change pour devenir soldats du feu de l’extrême ? Impossible ! Miles Teller interprète sans cesse de travers cet individu. Et les péripéties qu’il vit, sont trop schématiques, bien que vraies, et ramassées dans le temps pour que le spectateur puisse croire à ce qu’il vit. Une catastrophe qui entraîne un ennui face au film. Ou alors juste un intérêt poli pour les effets pyrotechniques, par moment noyés sous la guimauve musicale qu’appuient trop les violons. Sans doute sont-ils présents pour renforcer le mélo et le drame final qui se noue. Mais c’est raté car dès le début de l’histoire, on comprend qu’un malheur arrivera à cette équipe qui périra en voulant sauver toute une ville d’un incendie risquant de créer une véritable catastrophe. Si Line of Fire bénéficie du savoir-faire du cinéaste Joseph Kosinski dans les effets spéciaux, le scénario basé quand à lui sur une histoire vraie, manque d’un véritable souffle humain pour emporter l’adhésion. Entre exagération dans le jeu et caractérisations stéréotypées pour ne pas dire caricaturales, le désintérêt poli pour cette histoire provoque l’ennui malgré un spectacle visuel aussi spectaculaire qu’impressionnant. Un simple fétu de paille et non le brasier cinématographique intense attendu et voulu.

« Adaptée d’une histoire vraie, Line of Fire glorifie le travail des soldats du feu, mais le souffle épique du biopic tourne court par un jeu d’acteurs insipide et une histoire caricaturale.  »

2nde Partie – Line of Fire ou Only the Brave ? Nouveau montage pour une nouvelle vie
par Kevin Halgand

Après cette critique enflammée mais bien argumentée sur des points dont effectivement le film possède des défauts majeurs, on change de mains afin de s’attarder sur un point qui nous semble essentiel et pourrait avoir une incidence sur votre perception de l’œuvre. Comme Emmanuel l’a souligné au début de son article, Line of Fire est paru dans les salles de cinéma américaines dans le courant du mois d’octobre 2017, le 20 octobre 2017 pour être précis. Avec 18 millions de dollars de recette sur le sol américain pour un budget que l’on estime à 38 millions, on ne peut pas dire que le film ait été un franc succès. Mauvaise date de sortie ? Campagne promotionnelle trop peu existante ? Film trop long ? On ne connaît que très rarement les raisons d’un non-succès, et on ne connaît évidemment pas les raisons de celui du film réalisé par Joseph Kosinski. Un flop qui lui a coûté cher puisque le film ne s’est de ce fait pas exporté à l’international contrairement aux Oblivion et Tron Legacy, précédentes œuvres du cinéaste. Néanmoins, voici d’un an après débarque un dénommé Line of Fire qui semblerait bien être le fameux Only the Brave ! Sauf que… Nouveau titre pour un nouveau film ?

Importer ou exporter un film n’est pas chose simple. Chaque pays (ou continent) dispose d’un public particulier qui sera réceptif d’une manière qui lui est propre. Tout cela est éminemment subjectif puisque ce ressenti va être basé sur des chiffres, sur des moyennes et non sur du cas par cas. Comme il a déjà été dit, il est impossible de savoir si un film va rentrer dans ses frais ou non, et de savoir pourquoi il est rentré dans ses frais ou non. Afin de palier aux différents problèmes et de tâcher de permettre au film de trouver un nouveau public dans le cadre de Only the Brave, le public européen, et plus particulièrement français pour le coup, va avoir droit dès le 13 septembre à un nouveau montage du film et non au montage original. Approuvé par l’équipe de production du film, ce nouveau montage raccourcit la durée du film d’environ 25 minutes. D’un film à la durée avoisinant avec générique les 2h14, on passe à un film dont la durée est de 1h48 générique inclus. La pratique est courante et ce n’est aucunement le premier film à subir un tel changement. Dernier film en date, le fameux film de genre franco-québécois : Dans la Brume. Pour la sortie du film au Québec, le cinéaste Daniel Roby a décidé de repartir en salle de montage afin de changer quelques détails. Des détails qui ne changent en rien l’histoire ou le fond même du film. On parle d’une fin moins évasive, mais avant tout d’une sélection de prises différentes apportant ou incrémentant quelques nuances dans le ressenti des personnages lors d’une situation par exemple. La durée n’est en rien impactée ou alors on parle de deux, trois minutes supplémentaires ou en moins vis-à-vis du premier montage sorti en salles. Daniel Roby ne s’en est pas caché et bien au contraire, il nomme le second montage son Director’s Cut. Version qui a été préférée par les acheteurs du monde entier suite au succès du film lors du Festival Fantasia.

Le cas du film Only the Brave, ou plutôt Line of Fire est à pour le coup complètement différent. On parle ici de 25 minutes en moins. De plans raccourcis voire enlevés, ainsi que de séquences entières complètement enlevées. La critique écrite ci-dessus est basée sur le visionnage du montage français (1h50), généreusement fourni par le distributeur afin de couvrir la sortie e-cinema du film. De mon côté, j’ai profité de ma situation (résidant montréalais) afin de voir les deux versions (le film étant disponible en VoD et Blu-Ray depuis le mois de janvier 2018) et comparer ses dernières. Force estde constater que le résultat est sans appel : le montage américain est amplement meilleur. Si la seconde heure du film n’est en rien touchée par le retour en salle de montage, la première perd quant à elle une grande partie de sa force émotionnelle. Si le montage américain prend le temps de développer chaque personnage (principal comme secondaire), ainsi que chaque relation qui va s’articuler entre les personnages, le montage français va à l’essentiel. Les moments les plus intimistes ont été enlevés ou coupés à 50%. On parle d’un moment où Amanda Marsh se retrouve seule, d’un moment intime entre Éric Marsh et Amanda Marsh ou encore d’un moment de fraternité entre plusieurs des membres de la brigade. Cette dernière, une scène de 5 minutes complètement enlevées alors qu’elle est essentielle dans la consolidation de la fraternité et la complicité grandissante entre les membres de la brigade avant que ne débute le climax. À ça on ajoutera beaucoup de plans dont les durées ont été raccourcies afin d’avoir un film plus dynamique, plus spectaculaire et rythmé. Connerie.

À l’image de ce qu’il avait pu faire notamment avec le film Oblivion, Joseph Kosinski est un cinéaste qui aime prendre le temps. Poser et développer une ambiance par le prisme de plans qui s’étalent sur la durée afin de développer une ambiance particulière. Une imagerie forte, une mise en scène picturale et minimaliste au détriment du dynamisme hollywoodien habituel. On retrouve cela dans le montage américain. Les émotions (l’amour et la haine) passent par des regards, par de purs moments de contemplation où il n’est souvent rien dit par la parole, mais où c’est l’image qui parle. En ce sens, la scène où Amanda Marsh soigne et brosse un cheval qu’on livre à son écurie blessée est d’une beauté sans nom. On est dans le symbolisme pur et dur, mais un symbolisme qui a une résonance particulière à ce moment du film. Par ailleurs, les plans sont somptueux, tant dans le cadrage que dans la gestion des éclairages et la création de nuance de couleurs dans une même image. Éblouissant alors que l’on parle d’un personnage qui soigne un cheval, c’est pour dire. Si on caractériserait le montage français comme celui d’un divertissement qui mise sur le spectacle au détriment de l’émotion, le montage américain est quand à lui celui d’un véritable drame qui place l’humain et l’émotion au centre de son récit. Deux films qui racontent la même chose, mais ne le font pas de la même manière. De notre côté, on préfèrera amplement la version américaine au charcutage européen.

Si l’on comprend pourquoi un nouveau montage fût réalisé et approuvé par les producteurs pour cette sortie française (sans pour autant être d’accord avec la démarche), on en vient à se poser et à vous poser la question suivante : “doit être mentionné qu’il s’agit d’un nouveau montage,plus court, lors de l’achat ?” Pour nous clairement oui, car même s’il n’est pas question d’un mensonge, ce n’est peut-être pas pour autant le produit attendu et pour le coup on pourrait avoir envie de voir le film via quelqu’un qui aurait vu et aimer l’autre version. Question qu’il est intéressante, voire nécessaire de se poser dans un cas comme celui-ci.


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