Only Lovers Left Alive [Critique]

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“Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?”

Dernier jour du Festival de Cannes. Dernière nuit en fait. Le nouveau film de Jim Jarmusch, romance musicale entre deux vampires est présenté en compétition au Festival de Cannes. Le lendemain, lors de la remise des prix, il repartit bredouille, peut-être faute à une programmation trop tardive et à un jury s’étant probablement endormi devant le film. Croyez-moi, c’est bien possible, mais ça n’en fait même pas un mauvais film.

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas connaisseur de Jarmusch. J’ai seulement vu Dead Man (qui m’a fait fort impression), et ai donc décidé de voir le reste de sa filmographie, bien que j’en ai souvent entendu parler. Je suis donc rentré dans la salle sans savoir vraiment à quoi m’attendre, et j’en suis ressorti enthousiasmé, bien que n’ayant aucune idée de la manière dont le film s’intègre dans la filmographie du cinéaste. En matière de cohérence entre les œuvres, de recherche graphique et thématique, je ne pourrai absolument pas m’exprimer. Ceci étant dit, laissez-moi vous expliquer pourquoi il faut voir Only Lovers Left Alive.

Autant le dire tout de suite, Only Lovers Left Alive n’a pas vraiment d’histoire. En tout cas pas de fil narratif, pas d’enjeux. Prenons un exemple, un facile : Le Seigneur des Anneaux. Le Seigneur des Anneaux raconte la façon dont Frodon Sacquet doit aller d’un point A à un point B afin de détruire un Anneau. Bon évidemment il y a des complications, mais en schématisant, on arrive à ça. Bref, tout ça pour dire qu’Only Lovers ne raconte donc pas l’histoire de personnages allant d’un point A à un point B ayant un but à accomplir. Only Lovers Left Alive est un fragment d’histoire, un battement d’œil dans la longue existence de ses deux êtres, Adam et Eve. Adam et Eve, vampires immortels et fous amoureux l’un de l’autre vont donc dériver sous nos yeux, en se cachant du soleil et en évitant les humains.

La première impression qui m’a frappé en sortant de la salle est que je ne pourrai pas donner une time-line au film. Il pourrait se passer sur un mois, un an, ou dix. C’est un des grands avantages du film, dans le sens qu’en perdant nos repères temporels, on peut facilement entrer dans l’ambiance du film et adhérer à son postulat, celui de suivre deux vampires qui semblent hésiter sur quoi faire après. Le film étant une succession des nuits vampiriques d’Adam et Eve, qui parlent de musique et d’amour, parfois seul, parfois avec d’autres, le fait de ne pas savoir avoir de repère n’est en rien un problème. L’autre impression qui m’a frappé, cette fois pendant la séance, est que le film, comme je le disais plus haut, semble être un extrait d’une œuvre fleuve immense, racontant toute la vie de ces vampires. Comme le Grandmaster de Wong Kar-Wai, Only Lovers Left Alive s’arme d’une ambiance plutôt que d’un fil narratif, donnant l’impression que nous assistons à quelque chose qui n’a aucune importance, face à ce qui a été accompli avant, ou à ce qui sera accompli.

Mais le plus grand avantage du film est certainement son ambiance. Ballade rock mélancolique, le film est très lent, il a même été qualifié de poseur. Jarmusch filme magnifiquement ces deux êtres, et la nuit constante qui les entourent. La photo du film participe grandement à son ambiance calme et contemplative, et le fait que le soleil n’apparaisse jamais est un grand atout, comme si Jarmusch et son directeur de la photo avaient voulu préserver nos pupilles d’une lumière trop impressionnante, voire blessante, et nous garder dans un cocon. On a vraiment l’impression d’être dans un cocon, entouré de musique et de filtres bleus à l’écran. La musique est un autre des points forts du film. Envoûtante, elle permet de complètement s’immerger dans le récit et de s’attacher aux personnages. On a l’impression que de ce puzzle géant, représentant les vies des deux vampires, Jarmusch a choisi d’en montrer seulement la partie musicale. Adam et Eve (et un autre), connaissent toutes les langues, ont écrit du théâtre et savent jouer de tous les instruments, mais de tout ça, Jarmusch semble ne s’intéresser qu’à la musique. Comme si les vampires qu’il met en scène sont simplement une excuse pour balancer toute sa mélancolie et son amour de la musique à l’écran.

Mais au-delà de sa mise en scène absolument démente (qui aurait dû gagner un prix à Cannes, et certainement pas Heli), le film regorge aussi de performances d’acteurs éblouissantes. Évoluant dans un cadre superbement composé, Tom Hiddleston et Tilda Swinton semblent avoir fait ça toutes leurs vies. Dépressifs et mélancoliques aux dégaines de rock star qui auraient sautées un demi-siècle de mode, les deux acteurs sont géniaux, et sont sublimés par la caméra de Jarmusch. John Hurt, Anton Yelchin et Mia Wasikowska (qui est certainement l’actrice la plus jeune et la plus talentueuse qu’Hollywood a en réserve) ne sont pas en reste, mais celui qui crève l’écran, c’est Tom Hiddleston. À des milliers d’années-lumière de son rôle de faux dieu nordique manipulateur, il habite le film de sa silhouette et de son air dépressif, et impressionne réellement lors des scènes musicales.

Only Lovers Left Alive n’est peut-être un film qui vous tiendra en haleine pendant 2h (ce qui semble être l’une des seules préoccupations de l’industrie du cinéma actuellement), mais c’est certainement l’un des plus beaux films que vous verrez cette année, une longue ballade qui mérite au moins le coup d’œil.

Par @PaulRachédi

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3 commentaires sur “Only Lovers Left Alive [Critique]

  1. Pas spécialement motivé par cette énième histoire de vampire. En lisant ta critique, j’ai l’impression de reconnaître un peu l’ambiance de Byzantium, que j’avais trouvé très ennuyeux.

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