One Movie One Shot | #2 [REC]³ Genesis réalisé par Paco Plaza

Synopsis:« C’est le plus beau jour de leur vie : Koldo et Clara se marient !
Entourés de leur famille et de tous leurs amis, ils célèbrent l’événement dans une somptueuse propriété à la campagne. Mais tandis que la soirée bat son plein, certains invités commencent à montrer les signes d’une étrange maladie.
En quelques instants, une terrifiante vague de violence s’abat sur la fête et le rêve vire au cauchemar…
Séparés au milieu de ce chaos, les mariés se lancent alors, au péril de leur vie, dans une quête désespérée pour se retrouver… »

One Movie One Shot, le concept ? Parlons cinéma en toute décontraction et parlons image par le biais d’un Perfect Shot qui me semble intéressant, beau et surtout évocateur, alors que le film dont il est extrait ne dispose pas du scénario le plus élaboré au monde. Et si la Politique des Auteurs disaient vrai ?

– Réalisateur: Paco Plaza
– Directeur de la Photographie: Pablo Rosso
– Compositeur: Mikel Salas
– Casting:  Leticia Dolera, Diego Martín, Ismael Martínez, Alex Monner et Claire Baschet
– Distributeur: Wide Side Films / Le Pacte
– Sociétés en charge des SFX (maquillages):  Inside FX et Form FX
– Budget estimé à: $6.500.000
– Ratio: 1.78 : 1 et 2.35 : 1

« La Genèse avant l’Apocalypse, début d’une nouvelle duologie. » Après un premier article doté d’une longue introduction afin de spécifier clairement l’objectif de cette nouvelle chronique, à savoir parler d’un film et du travail effectué sur le visuel de ce dernier par le prisme d’un Perfect Shot choisi par nos soins, et avant d’entrer dans le vif de l’analyse avec un plan tiré du film Kong: Skull Island réalisé par Jordan Vogt-Roberts, entrons cette fois sans tergiverser dans une matière des plus visqueuses. Une matière des plus visqueuses, puisqu’il va être question de sang et de contamination, zombies à la clé, avec le film d’horreur [REC]³ Genesis réalisé par Paco Plaza. Film d’horreur ? Oui dans un certain sens, mais ce qui fait la spécificité de ce troisième opus, et ce qui par ailleurs à surement tué le film critiqué férocement par les amateurs (presse et spectateurs lambda) du premier film qui n’y trouvait pas leur compte, n’est autre qu’un changement radical de ton vis-à-vis des deux premiers films. Alors que le film [REC] mettait l’accent sur le suspense et l’immersion par la peur, sa suite directe nommée [REC]² privilégiait de son côté l’action, tout en conservant cette même envie d’immersion grâce à l’utilisation de caméras portées. L’immersion du spectateur au détriment d’une certaine stylisation de l’image. Un parti pris artistique intéressant, car reposant sur un véritable concept et suffisamment radical pour permettre aux films d’être qualifié d’expériences cinématographiques marquantes. Notamment le premier film.

Se reposer sur ses acquis n’est jamais une bonne chose dans un monde où prime la créativité (en temps normal). Paco Plaza assume son statut de cinéaste, mais également son statut d’auteur avec un troisième opus qui va décider de s’affranchir de la manière la plus radicale possible avec les premiers films, sans pour autant les renier. [REC]³ Genesis n’est pas qu’un simple film d’horreur, c’est une comédie d’horreur. Dans un premier temps, Paco Plaza et son chef opérateur Pablo Rosso, reprennent le concept de l’utilisation de la caméra intradiégétique, introduit et utilisé pour les deux premiers films. Un concept qu’ils vont développer par la création, durant les premières vingt minutes du film, d’un multi-cam que l’on pourrait également caractériser comme étant intradiégétique. Les différentes bandes proviennent des caméras et smartphones utilisés par des invités du mariage, elles sont parties de l’histoire. Subsiste cependant le travail de montage réalisé en post-production démontrant que ce n’est pas du found footage (found footage = bande retrouvée et montrée telle quelle donc logiquement sans montage derrière). Un simple détail qui va rapidement être mis de côté grâce à un changement de format. L’introduction faite et l’action lancée, la caméra principale, qui n’est autre que la métaphore du lien avec les films [Rec] et [Rec]², va être jetée au sol puis détruite par un des personnages principaux. Le logo du film [REC]³ Genesis apparaît, débutant sur la fameuse lumière rouge de l’enregistrement qui va s’estomper et s’assombrir, démontrant que la saga Rec et ses créateurs (Paco Plaza, mais également Jaume Balagueró qui suivra la mouvance avec [Rec] 4 : Apocalypse) passent à autre chose.

Changement de ton (place à la survie après le folklore d’un mariage aux invités extravagants déjantés), mais également changement de format. Du 1.78:1, le film passe au format Scope Standard et donc au fameux 2.35:1 avec les bandes horizontales noires. Un format plus cinématographique dans l’âme, car son utilisation massive (notamment dans le cinéma américain post Nouvel Hollywood) a marqué les esprits des spectateurs, qui ont au fur et à mesure fait la jonction entre le cinéma et les bandes noires horizontales. Élément cependant de moins en moins vraie grâce entre autres à une technologie qui évolue et permet de capter une image de plus en plus détaillée, ainsi qu’à des écrans de plus en plus grands. Mais c’est un autre débat. Paco Plaza et Pablo Rosso passent au Scope et vont pouvoir de cette manière travailler l’image et de la styliser. Ça passe par un éclairage plus fin avec des placements de sources de lumière intra ou extra diégétique pensées en fonction de chaque plan ou séquence et des cadres (compositions et placements des caméras) plus cinématographiques, car pensées et sensées. Un sens qui peut simplement être de faire perdurer une action ou rendre une course lisible.

Le Perfect Shot tiré du film [REC]³ Génesis réalisé par Paco Plaza
Arrivés à ce stade de l’article, n’ont encore pas été écrits les termes Plan ou encore Perfect Shot. Rassurez-vous, si vous croyez que je vous refais le coup de l’introduction beaucoup trop longue il n’en est rien. Le Perfect Shot, qui pourrait bel et bien être également le Money Shot du film (retour à l’article #1 pour les définitions des termes), choisi est la parfaite représentation de ce qui a été déclamé juste auparavant. La caméra intradiégétique et donc caméra portée utilisée dans les premiers films n’aurait pu permettre d’avoir un plan au sol avec amorce du personnage et un jeu de focus déterminant une profondeur de champ. Le personnage féminin principal devient l’héroïne, devient protagoniste, là où le spectateur était protagoniste dans les premiers films. Le spectateur redevient spectateur d’un spectacle mis en scène, pensé et réfléchi au préalable par un auteur. Paco Plaza en l’occurrence. Si le cinéaste l’avait souhaité, il aurait pu avoir un plan Kubrikien aussi bien dans l’âme que dans son aspect final. Une perspective parfaite avec une caméra placée dans l’axe du souterrain afin d’avoir une profondeur de champ décuplée par les sources de lumière intradiégétiques située au plafond. Néanmoins, l’intérêt aurait été minime et le plan n’aurait pas eu autant de sens qu’il peut en avoir ici.

Avec un tel plan, Paco Plaza et Pablo Rosso transforment la protagoniste de l’histoire. De la simple mariée apeurée, vêtue d’une belle robe d’un blanc immaculé dont le sens premier est la représentation de la pureté et l’innocence de la future mariée, Clara (interprétée par l’actrice espagnole Leticia Dolera) devient une guerrière armée et déterminée. Celle qui était vêtue d’une robe blanche élégante n’est plus et a laissée place à une femme qui a délibérément déchiré cette robe blanche maintenant partiellement sale et donc noir, laissant également apparaître sa jambe nue, ainsi qu’une jarretière rouge et non bleu ou blanche comme les traditions moyenâgeuses aiment nous le rappeler. Couleur rouge, dont la symbolique première nous ramène au sang. Ce qui, pour un film d’horreur s’avère tout à fait normal et logique, mais qui ici prend tout son sens, tant ce rouge sang est en opposition avec le blanc de la pureté de la robe. La prédominance colorimétrique est portée sur le vert, un vert extrêmement sombre et sale (qui tend vers le Kaki et le vert Anglais) qui inculque à la séquence une atmosphère particulière bien loin de ce que nous présentait le film au départ. Une rugosité, quelque chose de terne, sombre et qui ne met pas à l’aise.

Pas de symbolique particulière, mais une colorimétrie expressive qui va une nouvelle fois dans le sens de la psychologie du personnage et de l’envie de cette dernière d’en découdre, mais pas n’importe comment. Par la focale et l’axe choisi, ainsi que sa construction, ce plan explique l’état psychologique et la détermination du personnage, mais également ce qui va suivre durant la séquence. La longue focale permet de réaliser une distanciation entre les deux sujets et de séparer le cadre en deux. Du côté droit, Clara dont on ne voit que les jambes, mais qui occupe à elle seule la moitié du cadre. Du côté gauche les contaminés qui arrivent en masse, mais dont la proportion est infime grâce à la focale choisie. Réduisant l’importance de ces derniers. Ils ne sont rien, juste un amas de chairs pointées par le bout de la lame de la tronçonneuse que tient l’actrice Leticia Dolera. Montrant par conséquent, ce qu’elle va maintenant faire. La lumière joue également, montrant au personnage et par conséquent au spectateur, la direction à suivre.

Avec [REC]³ Genesis et ce passage à un format plus cinématographique, Paco Plaza et Pablo Rosso ont eu l’envie de styliser l’image de leur film. Le rendre beau, attrayant avec des couleurs cependant pas choisies au hasard même si pas significatives ou utilisées afin de faire passer un message. C’est purement le cas avec le plan montré et analysé. Ne pas chercher du sens partout ou une réponse sociologique pour chaque élément ou globale pour l’oeuvre, mais il ne faut pas pour autant se dire qu’un plan ou un film, aussi bon ou mauvais soit-il pour tout à chacun, a été fait par dessus la jambe. Tout est pensé (placement de la caméra, lumières, couleurs…) ou utilisé afin que ça ait une utilité. Ici en plus d’être beau, ce plan raconte quelque chose. A l’image du film qui, même s’il n’est pas fort ou mémorable, est bien loin d’être innommable purge comme il a pu être nommé. Une comédie d’horreur bien produite et bien pensée, la suite la plus intéressante de la saga [Rec].

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