Okja réalisé par Bong Joon Ho [Critique | Cannes 2017]

Synopsis : “Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.”


Du 17 au 27 mai 2017, nous sommes au 70e Festival de Cannes. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.

Toutes nos Critiques Cannoises

Dire que le film Okja était très attendu est un doux euphémisme. Memories of Mulder en 2003, The Host en 2006  puis Snowpiercer : Le Transperceneige en 2013. Les trois plus gros succès du réalisateur coréen sont là. Trois films aux histoires sensiblement différentes, trois films sombres et difficiles, mais que l’on pourrait rapprocher un à un avec facilité. Notamment The Host et Snowpiercer, deux longs métrages dont le véritable protagoniste n’est autre qu’une créature. Un monstre pour The Host, un train incontrôlable image direct et métaphore de notre société pour Snowpiercer et maintenant un super cochon pour Okja. Sous ses airs de comédie burlesque, se cache peut-être le film le plus personnel du réalisateur coréen. Okja est une production Netflix, un film sous le contrôle d’une multinationale américaine, qui va à l’encontre de ce que l’on pourrait attendre venant d’une telle production. Okja est un divertissement, un film d’envergure pouvant plaire à un public allant de 5 à 105 ans, mais un divertissement sincère empreint d’émotions et de messages grâce à la vision et la pâte artistique d’un auteur. Moins radical et brutal que ses précédents longs métrages, Bong Joon Ho utilise une approche différente afin d’aboutir et de développer un message tout aussi engagé et dont la portée n’aura jamais été aussi d’actualité. Utiliser le comique et plus particulièrement le burlesque pour porter une réflexion jusqu’au spectateur.

Sensible, touchant, mais également très drôle et en engagé. Bong Joon Ho émerveille encore une fois

Au lieu de viser directement la société dans son universalité, le cinéaste s’attaque au capitalisme par le biais de la firme Mirando. Okja conte l’histoire d’une jeune fille (Mija incarnée par…) qui va tout mettre en place pour retrouver et sauver son animal de compagnie : Okja, « super cochon » avec lequel elle a grandie depuis ses 4 ans. Un animal sur lequel la société Mirando compte bien mettre la main et se servir pour grandir exponentiellement. C’est par le prisme de la complicité existante entre Mija et Okja, que le réalisateur, mais également scénariste, va développer divers propos tous aussi engagés les uns que les autres. Ode à l’écologie et au respect des animaux, mais également satire grinçante du capitalisme et de l’engagement d’organisations qui luttent pour ce qui leur semble nécessaire. Bong Joon Ho généralise afin de ne pas s’engager dans de longs discours et permettre au film de conserver son dynamisme entrainant, mais n’oublie jamais d’être satirique et pertinent. Une nécessitée afin de pouvoir réussir à critiquer sans paraître méprisant et porteur d’une sainte parole.

Réussir à faire passer un message engagé par le prisme du comique, qu’il soit burlesque ou absurde, est plus difficile, mais si c’est réussi, il n’en est que plus fort. C’est ce qui arrive au film Okja, simple divertissement familial en amont, mais dont la partie immergée recèle de messages sociaux, politiques et humains aux portées immenses. Néanmoins, il n’en demeure pas moins un film d’aventure sentimental touchant. Bien écrit, mais surtout joliment mis en scène, Okja recèle de plans émotionnellement forts. Notamment entre les deux personnages : Mija et Okja. Une complicité magnifique et touchante dans laquelle tout a chacun ayant déjà eu un animal de compagnie peut se retrouver. Le film n’en est pas pour autant naïf ou enfantin, bien au contraire. Tout en conservant un regard bienveillant envers ses protagonistes et un climax aux ficelles scénaristiques déjà usées, Bong Joon Ho ne sombre pas dans un manichéisme prévisible. Il s’en écarte et conserve de ce fait, une certaine cohérence et continuité avec ses précédentes œuvres. Des films relativement proches de notre société et de l’être humain en règle général. Un être qui n’est jamais non ou mauvais, mais toujours fait de bon et de mauvais.

Remarquablement dirigé et interprété (la révélation Ahn Seo-hyeon touche et émeut, face à la folie narcissique d’une Tilda Swinton et d’un Jake Gyllenhaal complètement en roue libre, mais tellement drôle), Okja est un conte burlesque, touchant et divertissant, aux sous textes engagés tant sur le plan social qu’écologique. Tout le monde en prend pour son grade et ce n’est pas plus mal.

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