Ocean’s 8 réalisé par Gary Ross [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Cinq ans, huit mois, 12 jours… et le compteur tourne toujours ! C’est le temps qu’il aura fallu à Debbie Ocean pour échafauder le plus gros braquage de sa vie. Elle sait désormais ce qu’il lui faut : recruter une équipe de choc. À commencer par son “associée” Lou Miller. Ensemble, elles engagent une petite bande d’expertes : Amita, la bijoutière, Constance, l’arnaqueuse, Tammy, la receleuse, Nine Ball, la hackeuse et Rose, la styliste de mode. Le butin convoité est une rivière de diamants d’une valeur de 150 millions de dollars. Le somptueux bijou sera autour du cou de la célèbre star Daphne Kluger qui devrait être l’objet de toutes les attentions au cours du Met Gala, l’événement de l’année. C’est donc un plan en béton armé. À condition que tout s’enchaîne sans la moindre erreur de parcours, pour que les filles puissent repartir de la soirée avec les diamants sans être inquiétées… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Hollywood n’a plus d’idée puisqu’elle reprend la saga des Ocean’s Eleven pour proposer après Danny, sa sœur : Deborah ! Voici donc Ocean’s Eight, soit la même idée, le même principe, mais avec des femmes. Au lieu de onze hommes, Gary Ross a eu l’idée de réunir huit femmes pour tenter le braquage du siècle. Aussi fun et délirant que celui d’Ocean’s 11 et avec un enjeu secondaire qui rappelle l’original. Bien entendu, le film avec George Clooney était déjà un remake, mais là, c’est du reboot au féminin où on espère que la mayonnaise va prendre. La critique sera donc facile, les comparatifs possibles et il va falloir des arguments bien précis pour aller vers les lauriers ou l’insatisfaction totale. Mais voilà, le film a un atout pour le critique que vous lisez : Sandra Bullock. Et c’est là que cela devient compliqué quand vous êtes fan d’une actrice. Il faut à la fois taire son enthousiasme et savoir doser suffisamment les critiques pour écrire la critique la plus objective qui soit. Aussi, pour réussir cet exercice, sachez que dans la filmographie de l’actrice, il y a du bon et du très très mauvais. Il faut le reconnaître : si L’amour à tout prix ou encore Speed voire Our Brand is Crisis et surtout le sublime Gravity sont de beaux succès très recommandables, Sandra Bullock nous aura gratifié de l’humiliant All About Steve, du décevant Prémonitions et du juste potable Les Ensorceleuses. Ce postulat posé, vous comprenez aisément que la critique la plus objective est donc possible. En route, c’est parti !

« Quelques petites baisses de rythme mais Ocean’s Eight est drôle, fun et charmant. Et si on pense aux 11 de Danny, c’est pour ce petit côté de mélancolie qui fait du bien. »


Commençons par ce qui gêne aux entournures comme on le dit : le rythme. Si dans Ocean’s Eleven, le charme de George Clooney entrainait ce côté rétro très sixties ajouté au charisme des autres protagonistes, les femmes d’Ocean (Debbie, la petite sœur) ne véhiculent pas toute l’imagerie cool et surannée que dégage l’acteur iconique. Et de fait, si ce rythme “cool” convenait à l’équipe des hommes, cela prend moins avec ces femmes. Et par moment, le rythme est lancinant avec quelques légers moments de flottement. Pour autant, cela crée une torpeur agréable qui vous berce pendant le braquage. Enfin, il faut reconnaître que la mécanique est identique au premier épisode masculin : recruter, préparer, commettre le braquage et redistribuer. Et si Steven Soderbergh maîtrisait l’ensemble de l’histoire par un savant dosage entre scénario, photographie et nouveauté dans le traitement de l’intrigue, Gary Ross touche du doigt ces éléments, mais contrairement à Steven Soderbergh, ne parvient pas à mettre son éclectisme de réalisateur au service de cette intrigue. Pour mémoire, le cinéaste est le père du premier Hunger Games ou encore de Free State of Jones, deux films opposés dans leurs univers respectifs, même si on traite d’un pan guerrier.

Pourtant, le réalisateur sait faire les bons choix. Pour les costumes, il fait appel à Sarah Edwards qui a déjà signé ceux très classes de Michael Clayton. Et pour la photographie bleutée, il convoque Eigil Bryld. C’est le travail sur l’image qui réussit à recréer l’atmosphère de l’Ocean original : le film de casse et sa préparation minutieuse. Et dans le même temps, elle teinte le film de touches de mélancolie, car l’ombre tutélaire de Clooney plane sans cesse sur le film et sur Sandra Bullock. Et puis, il y a la différence : on ne braque pas un casino, mais un collier porté par une actrice pimbêche (parfaite Anne Hathaway) lors d’un gala dans un musée. Forcément, c’est très basique : les mecs ont un braquage et les femmes un gala. Et c’est justement ce qui fait la force de cet Ocean’s Eight. Beaucoup de grâce et de candeur portées par ces femmes au profit (mais est-ce le bon terme) d’un coup pendable pour dérober ce précieux bijou de la maison Cartier. Encore une fois, pas de force physique, mais les atouts charmes et surtout l’intellect de ces sept actrices face au cou de la huitième où pend le collier convoité.

Tout comme Ocean’s Eleven, la force vient du casting féminin qui fonctionne et est complémentaire. Chacune joue sa partition correctement à commencer par Sandra Bullock qui ne tire jamais la couverture à elle. Au point de mettre en lumière ses petites camarades et de s’illustrer avec son parlé allemand qui lui va à ravir. Et à ses côtés, une troupe d’enfer où chacune a sa place et sait ce qu’elle doit faire. Bien entendu, l’étoile de Cate Blanchett brille un peu plus, mais qu’importe puisqu’elle aussi met en avant ses camarades de jeu : RihannaMindy Kaling, la jeune Awkwafina ou encore Sarah Paulson et surtout la géniale et brillante (mais quand vous aurez lu son nom, vous saurez que ces deux termes sont redondants pour la nommer) : Helena Bonham Carter. Souvent, un casting aussi parfait soit-il peut plomber une histoire ! On a déjà vu des films où des duos ne font pas les étincelles voulues et où l’alignement de stars ne fonctionnent pas complètement (on pourrait citer l’association Harrison Ford et Brad Pitt dans le musclé Ennemis Rapprochés), là ça marche ! Ça fonctionne parce qu’aucune ne se prend la tête, aucune n’est la star à tout prix, aucune n’est en dehors du cadre.

Et à ce plaisir de voir ces huit actrices jouer ensemble, s’ajoute le bonheur d’un humour parfait, de blagues qui tombent au bon moment. Jamais vulgaires, souvent subtiles et toujours savamment dosées. Elles donnent le tempo et quand elles se raréfient, le rythme pèche un peu. Pourtant, cette nouvelle version d’Ocean’s Eight a tout pour plaire au plus grand nombre. Sans jamais surpasser son grand frère, Debbie Ocean et ses filles réussissent le pari de divertir et d’inventer une nouvelle mythologie. Au point qu’à la fin, on en redemande… et une suite serait une bonne idée !


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