Nos Années Folles réalisé par André Téchiné [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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André Téchiné est un réalisateur qui trace un sillon précis dans le cinéma français autour des thématiques de la recherche de l’identité et de sa place dans la société. Grâce à l’adaptation de cette histoire vraie du déserteur de la Première Guerre mondiale, Paul Grappe qui devint Suzanne pour échapper au peloton d’exécution, Téchiné peut se livrer à ses marottes que sont : l’amour, la quête d’identité, la soif de liberté et la marginalité. Le récit qu’il nous propose de ce travestissement qui sauva une vie est incroyable par la nature des sentiments qu’il charrie. En adaptant le roman de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, :”La garçonne et l’assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des Années folles“, le réalisateur prouve qu’il peut transformer une histoire d’amour hors norme en une fresque embrassant à la fois la reconstitution d’époque mais sans la pousser à l’extrême, la Grande Guerre et également le monde du théâtre et des passages chantés magnifiques… au risque pourtant de perdre le spectateur.

Louise et Suzanne, heureuses, avant la tempête qui se prépare

Malgré un casting des plus épatants (Céline Salette est formidable en épouse amoureuse et Pierre Deladonchamps incroyable en épousant le personnage de Suzanne), le film embrasse trop de thèmes pour rester focalisé sur celui du double et du trouble qu’il provoque chez son personnage principal. On comprend très vite le désir qui s’installe chez Paul quand il devient Suzanne. Être enfin libre, sortir, car il est obligé de se cacher puisqu’il a déserté le champ de bataille. On perçoit cette envie pour lui d’enfin être au grand air, mais sous les traits d’une femme. Lui, ce macho, notamment dans la façon de traiter Louise et surtout de la contrôler totalement, doit accepter de se grimer pour devenir cette autre qui peut tout faire. En expérimentant Suzanne dans les coins obscurs du bois de Boulogne, il devient une femme, une amante, une prostituée qui joue de ses charmes et des surprises qu’il réserve pour aller aux limites de cette nouvelle vie ! Mais c’est cet équilibre entre l’homme qu’il était et la femme qu’il doit être qui crée le trouble, entraîne la débâcle des sentiments et la folie dans laquelle Paul sombre et se perd.

Au démarrage, les premiers essais costumes sont ratés, mais ces moments sont nécessaires. Il montre comment Paul, Pierre Deladonchamps arrive à s’emparer de son personnage au point de se transformer radicalement en cette femme de chair et d’os. À devenir Suzanne, une femme prête à assouvir ses désirs et ceux des autres qui l’entourent. Au détriment cependant de Louise qui s’y perd et ne perçoit pas pourquoi Paul ne veut quitter Suzanne alors qu’il est amnistié. Et c’est à ce moment que le théâtre de Samuel (impayable Michel Fau) prend tout son sens. En effet, la narration est entrecoupée de saynètes théâtrales pour que les spectateurs perçoivent les changements de Paul, appréhendent plus simplement ces 14 années qui se déroulent devant nos yeux en 1h43… Cela évite aussi le jeu complet de la reconstitution du film d’époque, mais crée des vides empêchant d’entendre pourquoi finalement Suzanne prend le pas sur Paul. Pourquoi il devient important pour lui de rester elle ? Et en ce sens, pourquoi Louise n’a pas perçu plus tôt le monstre qu’était son mari ? Les coupes dans l’histoire obligent ces moments d’incompréhension que le théâtre essaye de combler parfois en vain… et de plus, malgré cette volonté de concision, le film s’étire par moment en langueur plus qu’en longueur pour provoquer cette envie chez le spectateur d’en finir plus vite avec ce couple infernal.

En résumé, l’interprétation de Pierre Deladonchamps est saisissante. Céline Salette reste comme toujours incroyable. Pourtant, cette adaptation de l’histoire vraie de Paul Grappe se perd dans des longueurs mal choisies (l’histoire d’amour avec le comte n’a pas la force nécessaire pour mieux comprendre Louise). Aussi, le spectateur ne peut percevoir pleinement la transformation psychologique que Paul vit pour laisser Suzanne prendre une place primordiale dans la vie du couple et représenter une certaine liberté. Cependant, les personnages sont suffisamment forts pour intriguer jusqu’au dénouement fatal et logique.

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