Normandie Nue réalisé par Philippe le Guay [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village…
Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Quel titre étonnant que cette Normandie Nue, nouveau petit film de Philippe Le Guay. Depuis 2011, chacune de ses réalisations est scrutée avec beaucoup d’attention. Après nous avoir plongé dans le charme du travail des Femmes du 6e étage, qui ensorcelaient Fabrice Luchini, le réalisateur revient à la campagne pour une tranche de vie sociale. L’idée de départ est épatante : comment un petit village en crise peut-il se faire entendre face à nos gouvernants ou encore les médias qui leur consacrent à peine deux minutes dans le journal ? “Nous avons nourri tout le monde pendant des siècles et désormais c’est nous qui crevons de faim”, phrase symbolique qui explique toute la rudesse de leur vie. Il faut donc trouver une solution autre que les grèves habituelles ou les occupations d’autoroute… et pourquoi ne pas poser nu ? En s’inspirant du travail du photographe Spencer Tunick, le réalisateur Philippe Le Guay co-signe un scénario intelligent qui permet de faire l’état de la paysannerie actuelle tout en traitant ce sujet avec un ton décalé et humoristique.

Pourtant, il ne faut pas y voir une pochade de plus… une comédie française imbuvable et vulgaire. Au contraire, Normandie Nue propose à la fois de traiter du sort des paysans pris à la gorge entre les directives européennes et les demandes pour arrêter de maltraiter les animaux et aussi d’aborder le retour aux racines, aux valeurs du terroir et du bien-vivre ensemble. Par ce prisme particulier, le réalisateur réussit à conter l’histoire d’un village qui peut se dresser contre l’envahisseur (la mondialisation) à la condition de réussir à mettre les rancoeurs et les rancunes de côté pour tous s’entendre et aller poser naturellement dans le champ Chollet. Le véritable sujet du film est là : l’entraide au centre de l’histoire, comme ce fut le cas pour les Femmes du 6e étage, Philippe Le Guay propose de nouveau un univers où l’entente est la solution pour transformer la morosité d’un quotidien ambiant et sans doute se sauver collectivement d’une déchéance économique.

Le réalisateur réussit à livrer également un portrait drôlissime des Parisiens qui viennent vivre à la campagne. François-Xavier Demaison est hilarant en bobo qui décide de vivre à la campagne car il n’en peut plus de Paris et de son stress… au point finalement de développer une allergie complète à la campagne et sa vie si douce. Et il décrit un monde paysan avec des gueules de cinéma à la tête desquelles on retrouve François Cluzet. Il est la figure principale, ce maire-paysan râleur et humaniste qui unit tout le village derrière ce combat : faire connaître le village via sa marotte de mettre tout le monde à poil puisque de toute façon “les paysans de Mêle sont déjà à poil (financièrement)”. Et pour réussir ce tour de force, le réalisateur a su bien l’entourer. Cluzet peut s’appuyer sur le génial Grégory Gadebois, le décalé Philippe Rebbot et l’infatigable Patrick d’Assumçao. Et ce casting est entouré de jeunes pousses au diapason telle la jeune Pili Groyne et les romantiques Arthur Dupont et Daphné Dumons qui composent un joli duo irrésistible.

Le film démontre enfin l’importance des racines pour retrouver le nécessaire pour avancer et changer sa vie. Une fois les rancoeurs passées, une fois les souvenirs partagés, alors il est possible d’aller de l’avant et de modifier le cours d’un destin. Bien entendu, l’histoire ne dira pas si la photo nue des habitants de Mêle-sur-Sarthe changera leur quotidien au final mais elle a le mérite d’exister pour un final surprenant. Et ce qui est encore plus beau et touchant, est que la photo sera le prix de discussions et de retrouvailles pour prouver au monde entier que ces paysans existent, souffrent mais finalement agissent ensemble pour se sauver… en oubliant même qu’un photographe (lunaire Toby Jones) est venu dans leur village avec cette idée saugrenue de les faire poser sans vêtement dans un champ.

En résumé, bien plus qu’une fable paysanne sur l’amour de la terre et le retour aux gens simples, Normandie Nue permet à Philippe le Guay un retour aux valeurs de l’entraide. Trois ans après Floride, il prouve qu’il n’a rien perdu de sa verve humoristique qui flirte sans cesse avec l’émotion afin de ressortir de la salle le coeur plus léger, ému et avec une furieuse envie d’aimer un peu plus la France de nos campagnes… histoire de nous rappeler l’importance de ce monde sans jamais tomber dans le pathos.

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