Nocturnal Animals réalisé par Tom Ford [Sortie de Séance Cinéma]

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Synopsis : “Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’œuvre qui lui est dédicacée…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Bon nombre d’êtres humains trouvent leur vocation sur le tard. Même à 40 ans passés, il est encore temps de faire table rase et de tout tenter pour réaliser ses rêves. De la haute couture au cinéma, il n’y a pas qu’un pas, mais pour Tom Ford, il semble qu’entre ces deux mondes, il n’y ait bien moins qu’un simple pas d’homme. Styliste de renom ayant travaillé pour la marque de maroquinerie italienne Gucci ou encore la marque Yves Saint-Laurent, Tom Ford possède aujourd’hui sa propre ligne de vêtements, parfums… Tout semble avoir réussi et réussir à celui qui a également durant un temps, intégré le Top 30 des personnalités les plus influentes du monde selon le Times. Tom Ford : un homme d’affaires qui a su se faire un nom dans le domaine de la mode, avant de percer avec une fulgurance incroyable dans le monde du cinéma. Ce n’est qu’à l’âge de 48 ans, qu’il réalisa son premier film : A Single Man. Un premier film, la naissance d’une vocation très certainement. Les immenses qualités du cinéaste en devenir étaient flagrantes. Une esthétique fabuleuse, des cadres soignés, une mise en scène parlante et minimaliste…un film élégant, à l’image de l’homme qui en a conçu la mise en scène. Il aura fallût attendre sept ans pour que le réalisateur américain repasse derrière la caméra. Sept ans pour concevoir de toutes pièces (il est à la fois réalisateur, scénariste et producteur du film)  une adaptation qui ne laissera pas le public de marbre. Adapté d’une nouvelle écrite par Austin Wright, Nocturnal Animals est une romance macabre. Une merveilleuse histoire d’amour rendue impossible à cause de personnages que le spectateur affectionne l’un comme l’autre, malgré leurs défauts respectifs. Entre fiction et réalité, Tom Ford conte l’histoire d’une femme (Susan Morrow interprétée par Amy Adams, ndlr) qui va recevoir un exemplaire du livre écrit par son ex-mari. Un ouvrage qui lui est dédié et dont le titre, “Nocturnal Animals”, fait référence au nom donné à Susan par son ex-mari. Cette simple, mais suffisante, mise en place du récit permettant d’immerger avec aisance le spectateur dans cet univers particulièrement glacial, va être le lancement d’une histoire comme les autres qui va puiser sa force dans sa manière d’être contée. Tom Ford s’émancipe des codes du storytelling linéaire et conventionnel, et prouve qu’un scénario peut-être intelligent même lorsqu’il raconte une histoire simple.

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Amy Adams, actrice au regard envoûtant sublimée par Tom Ford

Exposer deux actions simultanément et faire entrer la fiction dans la réalité. Jouer sur les similarités et les faux semblants pour faire croire à quelque chose, et ce, à la fois aux spectateurs comme au protagoniste. L’astucieux mélange de deux arts que sont la littérature et le cinéma permet de cette manière de mélanger les actions, mélanger la réalité et la fiction. Une fine lame sépare la réalité de la fiction (le film et le livre que va lire le personnage portent tous deux le même titre poussant la confusion/ressemblance à son paroxysme). Tout se confond à la perfection grâce à une narration prodigieuse, à une justesse folle dans le montage, un découpage au cordeau et surtout à un travail sur le son permettant de faire des transitions à la fois douces et abruptes. Une fluidité exemplaire emportée par une bande originale extrêmement douce, presque romanesque dans ses grandes envolées, mais jamais oppressante donnant au film une atmosphère froide et viscérale. Seules quelques disparités volontaires vont faire en sorte que le spectateur sache – sans pour autant en être certains – à quelle période (passé ou présent de la diégèse) se situe l’action et dans quelle temporalité (réalité ou fiction). Des disparités visuelles, parce qu’en plus d’être un film au scénario extrêmement malin, Nocturnal Animals est une superbe œuvre plastique. Prône dans le cinéma de Tom Ford une volonté de faire du beau et d’utiliser ce beau. La direction artistique est très jolie, ainsi que la gestion de la lumière qui -malgré quelques faux raccords (nécessaires ?)- exagère la rugosité, ou à l’inverse, l’aspect lisse des décors. Mais pas que. Ce sont les corps qui sont ici prédominants dans le travail visuel du cinéaste. Le travail sur la peau et la mise en scène des corps des acteurs dans des environnements à leurs images. Barbe/rasage de près; costume et robe/habit classique; maquillage/naturel. La réalité devient fiction lorsqu’un personnage change d’allure même s’il ne change pas de temporalité. Et inversement. Le travail est méticuleux, l’œuvre est quant à elle froide, viscérale et élégante. Une esthétique soignée, une mise en scène subtile, un storytelling minutieusement établit, des cadres souvent judicieux même si pas parfait en terme de structure et symétrie, un montage au cordeau, une bande originale délicate qui met en tension et un casting prodigieux de Amy Adams à Jake Gyllenhall en passant par Michael Shannon.

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