Nevada, la révélation d’une réalisatrice aussi radicale que bienveillante

Synopsis : « Incarcéré dans une prison du Nevada, Roman n’a plus de contact avec l’extérieur ni avec sa fille… Pour tenter de le sortir de son mutisme et de sa violence, on lui propose d’intégrer un programme de réhabilitation sociale grâce au dressage de chevaux sauvages. Aux côtés de ces mustangs aussi imprévisibles que lui, Roman va peu à peu réapprendre à se contrôler et surmonter son passé. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Alors que les sorties de blockbusters s’enchaînent comme les corps encore pâles de l’hiver sous le soleil de l’été, on en vient à croire et à remarquer que le mois de juin est indéniablement le mois des femmes réalisatrices et des premiers films. Monia Chokri et son La Femme de mon Frère (au cinéma dès le 26 juin 2019 en France) Sacha Polak et son Dirty God (au cinéma dès le 19 juin 2019 en France), mais également Laure De Clermont-Tonnerre et son The Mustang sobrement re-titré Nevada pour sa sortie le 19 juin 2019 dans les salles de cinéma françaises. Trois jeunes réalisatrices qui après avoir fait leurs premiers pas respectifs derrière la caméra pour quelques courts-métrages, se lancent dans la production d’un long-métrage. Le film d’une carrière pour chacune d’entre elles. Trois films qui sortent dans la même fenêtre de sortie, à la même période, mais qui ont tout autant rien à voir qu’ils se complètent. Trois films originaux grâce aux points de vues de leurs réalisatrices, souvent ingénieux et créatifs qui se servent admirablement bien de ce médium qu’est le cinéma pour raconter des histoires humaines, sincères et poignantes.

En cette période où le cinéma original peine à ne pas être piétiner par les films dont les histoires sont inspirées ou basés sur des histoires vraies (pour ne pas parler de ceux qui racontent indéfiniment les mêmes histoires), Nevada ressemble à une véritable bouffée d’air frais. Si son histoire n’est fondamentalement pas originale, le point de vue opté par la réalisatrice également scénariste, ainsi que la manière qu’elle a d’approcher son personnage et l’histoire de ce dernier, vont permettre au scénario de capter l’attention d’un spectateur qui n’en décrochera pas. Superbement mené, Laure De Clermont-Tonnerre signe un scénario qui distille avec ingéniosité les éléments de réponse sur le passé de son protagoniste. Si dans un premier temps le spectateur peut se fier uniquement qu’à se qu’il voit, et par déduction, qu’à ce que la réalisatrice décide de lui montrer, il va petit à petit en apprendre d’avantage. De nouvelles informations sur son passé, sur celui qu’il est réellement, celui qu’il a été. Des informations capitales sur la perception que le spectateur peut avoir envers le personnage. Des informations qui apportent avec elles la problématique : “puis-je être en empathie avec un tel personnage ?” Un scénario qui questionne le spectateur, tout autant qu’il questionne le protagoniste sur sa propre existence. Doit-il être pardonné ? Veut-il être pardonné ?

Laure De Clermont-Tonnerre signe un scénario jamais manichéen et qui ne prend jamais le spectateur par la main. Elle le laisse décider de son choix, décider de s’il désire être en empathie et donc croire qu’un pardon est possible envers ce personnage. Laure De Clermont-Tonnerre se pose en tant que metteuse en scène afin d’apporter un regard sincère et humain envers ce même personnage. Sans être pour autant en accord avec ce qu’il est et ce qu’il a été, la réalisatrice filme et met en scène ce personnage avec un réel amour. Cette même affection qui va lier le personnage à l’animal, à son cheval. Par le prisme direct de l’affiliation entre l’homme et l’animal, la réalisatrice va enchaîner les situations où ils vont se confronter avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Des situations où l’animal n’est pas forcément celui que l’on croit. Mettre sur un pied d’égalité l’homme et le cheval, aller chercher par la mise en scène et le regard porté sur eux, cette étincelle de vie et d’humanité qui réside autant au sein du cheval que de l’homme. Nevada est un pur produit de mise en scène. Un film où les dialogues ne sont que de l’animation pour créer des liens entre les personnages secondaires et le personnage principal. C’est par la mise en scène que la réalisatrice va questionner son personnage. C’est par la mise en scène qu’elle va réussir à le faire devenir humain et aller chercher la sensibilité qui réside au fond de lui. C’est par la mise en scène qu’elle va également en faire un monstre de brutalité. L’homme n’a jamais autant été un loup pour l’homme… envers lui même.

Si Nevada brille et marque autant, c’est grâce à ce personnage dont on ne sait quoi penser. Laure De Clermont-Tonnerre ne fait pas dans la demi-mesure et démontre ce dont son personnage est capable. Un personnage violent, brutal envers les autres, mais surtout envers lui-même. Grâce au parti pris d’une caméra épaule, très proche du personnage, le spectateur est immergé au plus près de sa bestialité. Une radicalité essentielle et qui inculque au film ce souffle aussi humain et sensible, qu’oppressant et bestial. Personnage magnifiquement incarné par Matthias Schoenaerts qui renoue avec la plus belle prestation de sa carrière, à savoir celle du film Bullhead (Michaël R. Roskam, 2011). Il impressionne, autant qu’il émeut et terrifie. Un personnage et une prestation qui représente à elle seule l’ambivalence de l’être humain. Pouvant être capable du pire, autant que du meilleur. Prestation joliment secondée par Jason MitchellBruce Dern ou encore Josh Stewart.

Nevada est un très beau film. Une oeuvre radicale dans le traitement de son personnage principal. Laure De Clermont-Tonnerre dirige son acteur Matthias Schoenaerts avec une poigne de fer. Elle en fait une brute, violente et bestiale, qu’elle filme frontalement et sans barrière afin d’en faire ressortir toute l’humanité et une certaine sensibilité qui sera trouvée grâce à la création d’une relation entre l’homme et l’animal. Un film dur, sensible, sincère et bienveillant grâce au point de vue de sa metteuse en scène invisible à l’image, mais omniprésente au sein du film, là où aujourd’hui on a plus l’impression de voir des coquilles vides dénuées de l’apport d’un réel auteur présent derrière la caméra.


« Film purement sensitif qui s’adresse frontalement au spectateur et son ressenti face à ce qu’il voit et entend. Œuvre extrêmement riche (rédemption, rapport homme/animal, intériorisation…) tout en disant extrêmement peu. Matthias Schoenaerts bestial, éblouissant. »


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