Nerve (Critique | 2016) réalisé par Ariel Schulman et Henry Joost

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Synopsis : “En participant à Nerve, un jeu qui diffuse en direct sur Internet des défis filmés, Vee et Ian décident de s’associer pour relever des challenges de plus en plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais bientôt les deux « Joueurs » s’aperçoivent que leurs moindres mouvements sont manipulés par une communauté anonyme de « Voyeurs ». Le jeu vire au cauchemar. Impossible d’arrêter…”

Jouer. Le cinéma est un jeu à proprement parler, un moyen de divertissement parmi tant d’autres permettant de vivre des aventures, d’être ému, mais avant tout de s’amuser. La grande majorité des spectateurs qui vont au cinéma, y vont pour passer un bon moment et s’amuser. Nerve est en ce point, un film qui en ravira plus d’un. Un film grand public dans l’ère de son temps et qui réussira à contenter à la fois les adultes venu voir un film tout simplement, ainsi que les plus jeunes qui pourront s’identifier aux personnages. Une jeune femme et un jeune homme, tous deux très beaux, représentatifs du modèle international d’homme et de femmes qui font rêver les plus jeunes et que l’on peut voir pour des raisons x ou y, dans les journaux people. Une identification qui va permettre de réfléchir à notre propre condition de vie par opposition, au monde dans lequel nous évoluons, mais n’est-ce pas à double sens ? L’identification ne va-t-elle pas plutôt pousser le spectateur à vouloir être à la place des personnages et vivre les mêmes sensations fortes qu’eux ?

Nerve est un film américain, et réalisé par un jeune duo de réalisateurs composé de Ariel Schulman et Henry Joost, adapté du roman Addict écrit par Jeanne Ryan. Méconnus, voire inconnus du public, ils sont tous deux les cinéastes en herbe derrière le film Paranormal Activity quatrième du nom, mais également ceux à qui l’on doit le documentaire Catfish. Documentaire qui avait déjà comme sujet principal, l’hyperconnectivité de notre société et les dangers que pouvait représenter cette même hyperconnectivité avec ses nombreux réseaux sociaux. Si l’on vous dit que les informations distillées sur les réseaux sociaux, mais également tout ce que vous faites sur internet sont conservés dans diverses bases de données, elles-mêmes conservées dans divers serveurs, ensuite vendu et revendu aux majors afin de vous cibler plus facilement et d’avoir un œil sur vous… on ne vous apprend rien ? Bienvenu dans le 21e siècle, celui qui a vu naître les réseaux sociaux et a vu se développer l’internet et ses dangers, qui ne sont pas prêts de péricliter, bien au contraire. Nerve est un film on ne peut plus moderne et à l’histoire pleinement ancrée dans son époque. Nouveau jeu à la mode, Nerve permet aux internautes de jouer en se lançant des défis ou de regarder les joueurs qui vont aller jusqu’à risquer leur vie pour gagner de l’argent et s’offrir de beaux moments de sensations fortes. Reposant sur une structure narrative des plus classiques avec une linéarité qui va voir lesdites épreuves gagner en difficulté au fur et à mesure, ce ne sont pas ses rebondissements qui vont nous intéressé. Prévisible en tous points, même lorsqu’il tente de nous jouer des tours à la manière des “Quatre Cavaliers” du film Insaisissables (pour dire le niveau), c’est son propos qui va permettre au film de gagner l’assiduité du spectateur.

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Néophyte en la matière, avant de tomber dans le piège du jeu, Vee – interprétée par Emma Roberts – va emporter le spectateur avec elle dans sa tourmente. Une tourmente riche en sensations, mais également dangereuse. Dangereuse parce que le personnage s’expose à tous les dangers, même si elle va au final chercher à prendre à revers les maîtres du jeu, mais également pour le spectateur. Nerve est un film que l’on pourrait qualifier de moderne, tant dans son propos que dans sa réalisation et direction artistique on ne peut plus clinquante. Le cadrage est centré sur ses acteurs, avec des cadres toujours assez proches de ces derniers et des mouvements toujours stables. Les angles sont par moments cassés, les quelques utilisations du grand angle vont venir dynamiser le tout et donner au film cet aspect moderne, à l’image de l’utilisation des caméras de smartphone. Un élément qui a tout son sens puisque l’histoire veut que les joueurs se filment durant leurs actions. Élément intéressant, mais très mal utilisé puisqu’il n’apporte jamais rien au récit mis à part quelques images d’archives ou faire en sorte que les personnages secondaires puissent suivre les protagonistes. Ce qui va par ailleurs être déstabilisant puisque certaines images sont censées parvenir de la diégèse (caméra qui sont dans le film) alors que pas du coup. Donnant des “faux raccords” monstrueux et cassant l’immersion, ainsi que cette volonté de réalisme. Visuellement, les couleurs vives et la lumière flashante créée grâce à des sources, majoritairement artificielles, vont donner au film une élégance, un aspect propre et soigné. Aucun grain ou lumière qui viendrait entacher ce côté clinquant. C’est vraiment beau, presque utopique, puisque rien ne va venir briser cette beauté finalement très artificielle. De son côté, bien aidé par cette gestion de la lumière artificielle, la mise en scène va chercher à mettre en valeur ses personnages. Des personnages qui vont donc être beaux, bien éclairés, maquillés et apprêtés.

L’on est véritablement dans la culture du beau et du paraître, dans quelque chose de très artificiel dans l’imagerie alors que de son côté le scénario de voudrait être une réflexion simplifiée et exacerbée de notre société hyperconnectée. Ça ne colle pas et le contraste entre le visuel et le scénario, va entacher ce dernier au point de rendre cette morale, en soit vraie et nécessaire, totalement vaine. Enjoliver l’action, la rendre belle, attrayante et moderne par la réalisation et la direction artistique va faire contre sens au propos du film qui cherche de son côté à dénoncer un abus réel. Une dénonciation et un survol du problème de l’hyperconnectivité qui vont finalement être relégués au second plan, laissant place à une romance 2.0 aux dialogues sirupeux et à la construction des plus simples. On regrettera un manque d’originalité dans cette romance aux rouages hollywoodiens, car plate et à la niaiserie aberrante. L’on est loin, extrêmement loin du scénario écrit par Charlie Brooker pour l’épisode titré 15 Millions de Mérites, de la série Black Mirror pour ne citer que cet épisode dénonçant la télé-réalité ainsi que l’hyperconnectivité de tout à chacun.


En Conclusion :

Nerve démontre plus qu’il ne dénonce à cause de cette imagerie et de son histoire cousue de fil blanc, prévisible en tout point. Il démontre le voyeurisme des internautes et leurs attraits pour l’interdit, allant jusqu’à mettre en danger autrui. Il démontre également l’engrenage infernal et dangereux de l’hyperconnectivité (les réseaux sociaux et l’internet sont ici visés par une introduction en vue subjective simple, mais efficace). Il démontre tout cela, l’expose au travers d’un divertissement hollywoodien, d’un teen movie moderne qui ne va pas au-delà de cette exposition et n’ose pas la critique alors qu’il le devrait. Son imagerie, belle, léchée et chatoyante enjolive l’action et les personnages vont à l’encontre du propos du film. Avec une telle imagerie, l’on ne cherche pas la critique, au contraire on donne envie. On donne envie avec du beau, on donne ici, envie aux spectateurs de jouer à Nerve et de se poser la question : “Serais-tu un voyeur ou un joueur ?”. Nerve est un divertissement de bonne facture, visuellement beau, dynamique et au fond honorable, mais qui se prend les pieds dans le tapis en cherchant à jouer double jeu.

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