Mutafukaz réalisé par Run et Shoujirou Nishimi [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Angelino est un jeune loser parmi tant d’autres à Dark Meat City, une mégalopole sans pitié sous le soleil de Californie. La journée, il livre des pizzas dans tous les recoins de la ville et la nuit, il squatte une chambre d’hôtel minable avec son coloc Vinz et une armada de cafards qui font désormais un peu partie de sa famille. À la suite d’un accident de scooter lorsque son chemin a croisé par inadvertance la divine Luna, une fille aux cheveux noir de jais, notre jeune lascar commence à souffrir de maux de tête et d’étranges hallucinations. Des hallucinations, vous avez dit ? Hmm, peut-être pas… Pourchassé par des hommes en noir, Angelino n’a plus aucun doute : il est pris pour cible. Mais pourquoi lui ? ”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

En décembre 2015 sortait sur les écrans français le long-métrage Comment c’est Loin co-réalisé par le chef opérateur Christophe Offenstein et le rappeur Orelsan. Si le premier avait déjà fait ses preuves auprès des cinéphiles et professionnels du milieu, il n’en était pas de même du second qui cependant, n’a jamais cessé de ne prouver son talent au travers de la réalisation, ou supervision, de ses clips vidéo. Du haut de ses trente-cinq ans, Orelsan a démontré être un enfant de la culture populaire bercé par cette dernière. Il ne s’en cache pas et comme beaucoup de jeunes hommes et femmes, passionné.e.s par la culture dans ses plus grandes largeurs, il revendique son amour pour le cinéma, mais également les médias et œuvres annexes. Ce qu’il fait de la plus belle des manières en participant à des projets aussi intéressants qu’audacieux. Rappeur, acteur, réalisateur, mais également doubleur sur un projet comme l’animé One Punch Man dont il était le doubleur principal de la version française. Que l’on aime ou non (personnellement je suis complètement insensible à cette série animée), force est de constater qu’il est investi et démontre à certains moments un véritable talent de doubleur. Il donne de la force, du charisme au personnage et un entrain certain par sa façon de déclamer les lignes de dialogue. Malheureusement, ce travail se résume grossièrement à de la lecture à cause d’une narration limitée qui mise énormément sur la voix over. Façon de procéder qui permet d’avoir au spectateur d’accéder à un point de vue omniscient (ici dans la tête du protagoniste), mais qui ampute Orelsan dans sa manière de donner du corps et une richesse émotionne à son personnage. C’est à ce moment que débarque le film d’animation Mutafukaz.

« Même si imparfait, on aime l’énergie folle que dégage ce film d’animation décomplexé au style visuel aussi hors normes que le doublage du rappeur Orelsan »

Co-réalisé par Run et Shoujirou Nishimi, sur un scénario écrit par Guillaume Renard (créateur de la bande dessinée originelle), une bande originale composée par The Toxic Avenger et une direction artistique supervisée par Shōjirō Nishimi et Guillaume Renard, sur le papier Mutafukaz a clairement tout du projet beaucoup trop excitant et enthousiasment pour voir le jour. Cependant, ce jour est arrivé et c’est aujourd’hui, le 23 mai 2018 en France. Créée par Run et publiée en 2006 aux éditions Ankama, Mutafukaz est une bande dessinée au style influencé par les bandes dessinées américaines aussi nommées comic books. Œuvres avec lesquelles vous êtes aujourd’hui familier grâce au MCU, DCU et on en passe bien des autres. S’il est difficile pour nous de vous dire en quoi Mutafukaz se rapproche du style américain de la bande dessinée, néophytes que nous sommes, il nous est cependant possible de vous dire en quoi sur le plan cinématographique, ce film d’animation fait office d’OFNI face à une concurrence qui bataille avec rage , mais envers laquelle il n’a rien à envier. Si on reprochera aux artistes d’avoir usé d’artifices (tels que des arrières-plans peu animés, un effet de vitesse cheap, des animations saccadées…), afin de parfaire à un budget dérisoire élevé à 5 millions d’euros (ce qui est extrêmement peu vis-à-vis de la grande majorité de la concurrence), c’est derniers sont des artifices qui donnent un certain charme à l’œuvre dans sa globalité. Encore plus fort, ils sont liés à l’atmosphère de la ville qui fait office de décor principal (Dark Meat City NDLR) et au ton du film dans sa globalité. Une ville insalubre, des rues mal fréquentées… c’est une dystopie haut en couleur que nous peignent les réalisateurs et scénaristes. Une ville à l’image à l’image du duo de personnages principaux, deux loser qui squattent la chambre d’un hôtel désaffecté.

Le ton est donné et les amateurs comprendront rapidement que Mutafukaz n’est autre que la version longue et animée, de ce fait surréaliste et emprunt de références aussi diverses que jubilatoire à la culture populaire, d’un épisode de la série Bloqués avec dans les rôles-titres Gringe et Orelsan. Les compères retrouvent leur canapé, parlent de la pluie et du beau temps, de leurs connaissances communes… parlent de leur vie jusqu’au jour où tout explose. Littéralement. Se servir de l’animation pour mettre en scène ce que le live action ne permet pas. S’affranchir des frontières du live action pour se permettre les folies les plus pures et les plus dures. Ça ne veut rien dire, mais ça transcrit parfaitement cette dose de plaisir que vous injecte le film sur ses une heure et demie de durée. Jubilatoire et surtout décomplexé, Mutafukaz est un film d’animation qui en plus de posséder une identité visuelle marquée (dans le style comic books encore une fois), s’offre un protagoniste fort et attachant. Protagoniste doté d’un arc narratif et d’une caractérisation conventionnelle (le fameux héros au mille et un visage avec cette volonté de transformer quelqu’un d’ordinaire en héros), mais transformé par le jeu d’acteur exemplaire d’un Orelsan transcendé qui se permet toutes les folies et lui octroie de cette manière du coffre et du charisme. Orelsan se lâche, se fait plaisir et décuple le plaisir du spectateur venu pour voir un spectacle assumé, jubilatoire, explosif et décomplexé teinté d’un « What The Fuck !!! » permanent. Les personnages eux-mêmes ne comprenant pas ce qui leur arrive, le plaisir n’en est pas déduction que plus fort pour le spectateur qui se laisse bercer par l’action et l’explosivité de ces dernières. Film d’animation qui assume son aspect trash au travers de scènes de violences physiques et verbales. Une violence qui n’est pas purement gratuite, justifiée et rendue logique par l’atmosphère globale du film (décomplexée), ainsi que par la caractérisation faite de la ville dans laquelle évoluent les personnages. Une ville sans foi ni loi, régie par la loi du plus fort.

Complètement d’actualité, Mutafukaz est une gourmandise cinématographique pour tous spectateurs et spectatrices de la Génération Y. Référencé jusqu’à la moëlle (référence à la culture populaire européenne, américaine et japonaise), Mutafukaz est une explosion de saveur si on aime les membres arrachés et les vulgarités. Aussi décomplexé que jubilatoire grâce à un ton assumé et justifié par le scénario et une atmosphère peinte par le style visuel chargé et marqué, Mutafukaz ravira les amateurs du genre. Le film prouve avec vigueur que le cinéma d’animation n’est pas fait que pour les enfants. Et bien qu’on puisse lui reprocher un large panel de défauts, tant d’écriture que de mise en scène ou de rythme (un rythme assez hachuré malgré une bande sonore électro démentielle signée The Toxic Avenger), on préférera se contenter de le conseiller et de mettre en valeur ses qualités afin de vous entraîner dans l’obscurité d’une salle de cinéma qui osera le diffuser !



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