Murder Mystery, un casting de folie peut-il faire un bon film ?


Synopsis : « Un policier new-yorkais honore une ancienne promesse et emmène sa femme en voyage en Europe. Au hasard d’une rencontre pendant le vol, le couple se fait convier à une réunion de famille privée sur le yacht luxueux d’un vieux milliardaire du nom de Malcolm Quince. Mais lorsque celui-ci est assassiné, les deux invités deviennent les principaux suspects. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Netflix a encore remporté un succès avec pratiquement 30,9 millions de visionnage de Murder Mystery dans le monde pour sa nouvelle production originale (dont 5 millions en France). Cependant si ce résultat est impressionnant, on peut légitimement se poser la question suivante : “combien de spectateurs sont allés véritablement jusqu’au bout ?” Une question loin d’être anodine car il faut une certaine volonté pour vouloir découvrir le coupable du meurtre du milliardaire acariâtre. D’où cette question : un casting de folie peut-il permettre d’obtenir un bon film ?

Spoiler : ça dépend… la réponse basique “oui” ou “non” serait trop simple. En l’occurrence, ici, ce Murder Mystery est très particulier. Si la réponse à la fameuse question “whodunit” (à savoir qui est le coupable) fait partie de ce que l’on appelle les petits plaisirs coupables des films policiers type Agatha Christie, on peut reprocher à Murder Mystery de ne pas tenir la distance à cause de ses acteurs.

Les images sont belles, Amir Mokri propose de belles couleurs avec une photographie léchée. Elle représente parfaitement l’univers dans lequel baignent nos deux héros : la richesse. Mais le scénario ne tient pas la distance car on devine très vite qui est coupable du meurtre du vieil oncle interprété sans trop se forcer par Terence Stamp. Les mots sont lancés “sans trop se forcer” : le casting cabotine au maximum. Cependant, cabotiner pour amuser, ce n’est pas grave… mais dans Murder Mystery, on se retrouve plus avec un casting qui cachetonne pour payer les factures plus qu’un casting voulant livrer un produit fini honorable.

Une sensation envahit alors le spectateur : celle d’un réel gâchis. Comment ne pas utiliser le potentiel de ces acteurs comiques ? Pourquoi ne pas insister sur le côté décalé de Gemma Arterton par exemple ? Surtout quand on a un duo comique qui a déjà tourné ensemble, qui se connaît bien et sait où appuyer pour faire rire, pourquoi on les exploite si peu ? C’est bien là que le bât blesse : Jennifer Aniston et Adam Sandler ne jouent pas, ils sont au mieux en mode surjeu, au pire en mode “on doit vraiment dire ces dialogues ?” C’est là aussi l’autre point faible du film. Ils sont rarement drôles et souvent vulgaires. On a connu Adam Sandler plus fin et plus amusant que ce qu’il peut ici ânonner… on ne comptera pas le nombre de fois où le mot “bite” est prononcé comme un running gag qui ne fait plus rire personne.

On ne peut reprocher à Kyle Newacheck de vouloir conjuguer l’humour avec l’enquête policière… on a pu voir récemment dans la nouvelle version du Crime de l’Orient-Express, de et avec Kenneth Branagh, à quel point un habile dosage permet de proposer un spectacle digne du spectateur même si tout n’était pas parfait. Certes, le spectacle est ici proposé sur votre écran personnel puisque le film ne bénéficie pas d’une sortie en salles mais il aurait été souhaitable de respecter le spectateur. N’est pas Alfonso Cuarón qui veut ! Dispensable, balourd et vulgaire, tels sont les gros problèmes du film dont le scénario joue rarement dans la finesse. Pourtant, et encore une fois, c’est là que le bât blesse, le scénariste, James Vanderbilt n’est pas un perdreau de l’année. À son actif, on compte les scénarios de Truth : le prix de la vérité, la prophétie de l’horloge et surtout Zodiac mis en scène par David Fincher. En clair, un scénariste qui sait manier suspense, humour et fantaisie. Alors pourquoi la mayonnaise ne prend-elle pas ?

La réponse se trouve dans son casting qui en acceptant de ne pas se prendre au sérieux, en jouant avec ses stéréotypes, n’assument jamais ce second degré qui aurait dû emmener le film vers une véritable comédie policière. Murder Mystery devient une pochade sans grand intérêt : un gros casting, deux à trois blagues pourries, un peu de suspense pour au final tenter d’endormir le public. Donc les premiers retours sont négatifs et à juste titre. N’y a-t-il rien à sauver ? Si peu de choses… Dany Boon est représenté en inspecteur débonnaire, amateur de cigares, peu crédible : est-ce vraiment comme ça que nous sommes vus les Français ? David Williams, comique réputé au Royaume-Uni (n’hésitez pas à découvrir Little Britain pour vous rendre compte de l’étendue de son talent) est ici cantonné à un rôle de fils indigne.

Reste Gemma Arterton pour s’amuser de son statut de beauté fatale et Luke Evans en mystérieux amant éconduit, sous exploité malheureusement car mieux écrit, son personnage aurait pu emmener l’histoire sur une infinité de fausses pistes. Adam Sandler et sa moustache (mais pourquoi une moustache ? Elle ne va bien que sur Henri Cavill, on le sait depuis Mission : Impossible – Fallout) épaulé par Jennifer Aniston réussissent à peine à nous décrocher un sourire… le final est dès lors prévisible et le coupable vite démasqué. Une déception en tout point !


« Dispensable, balourd et vulgaire, tels sont les gros problèmes du film dont le scénario joue rarement dans la finesse. »


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