Mr. Holmes (Critique l 2016) réalisé par Bill Condon

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Synopsis : “En 1947, Sherlock Holmes, depuis longtemps à la retraite, vit paisiblement dans le Sussex, avec sa gouvernante et son fils, un détective amateur. Mais la quiétude recherchée n’est que de façade… Une affaire vieille de 50 ans le hante encore et toujours. Malheureusement seuls quelques fragments sont encore vivaces : une altercation avec un époux en colère, un lien profond mais mystérieux avec son épouse fragile. Si son légendaire pouvoir de déduction n’est plus intact, et si Watson n’est plus là, Holmes va se lancer dans son ultime enquête, la plus compliquée de sa longue carrière…”

Renouveler le mythe, voilà à quoi s’attaque Bill Condon ! Et il a du travail : entre le Holmes de Guy Ritchie, totalement azimuts et sous amphétamines (ou plutôt opiacés) et le Sherlock télévisé de Steven Moffat et Mark Gatiss, transposé au XXIème siècle, il fallait un nouvel angle de vue pour que le public adhère. En choisissant le détective vieillissant, il nous permet non seulement de découvrir les ravages du temps sur le plus brillant cerveau de l’Angleterre, mais également l’intimité d’un homme bien seul.

Pour réussir cet exploit, il faut un acteur de talent : Ian McKellen. Qu’il soit le Sherlock de 93 ans ou celui de 70, il est alerte et insuffle la même crispation que l’on peut avoir devant cet homme imbu de lui-même et sûr de lui. De ce point de vue là, Condon reste fidèle au héros créé par Sir Arthur Conan Doyle. Le casting qui l’entoure durant les deux époques et les trois lieux géographiques est au diapason : Laura Linney en gouvernante fatiguée des frasques du vieillard est d’une justesse confondante. Le jeune Milo Parker en confident de mémoire est enthousiasmant. Et je pourrai aussi mentionner la troublante Hattie Morahan, femme du passé et raison de cette mise au vert. Et enfin, Hiroyuki Sanada, en potentiel guérisseur au lourd secret.

Si le casting est aussi parfait, c’est qu’il évolue dans une reconstitution impeccable mise en place par le chef décorateur Martin Childs. Entre une campagne anglaise d’après-guerre et le Japon d’après la défaite (arrivée à Hiroshima est glaçante), Childs réussit le pari de créer un Londres des années 1930 tout droit sorti des livres de Conan Doyle. De plus, Bill Condon maîtrise à la perfection l’histoire et le choix des lumières nécessaires à son récit et aux différentes périodes. Que ce soit les tons ensoleillés et rassurants du Holmes à la campagne, ou encore le ton gris et froid du Japon de la Bombe A et le bleu de l’enquête que le détective essaye de remettre en ordre dans sa mémoire.

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Pour achever cette réussite, il sait qu’il peut compter sur deux acteurs qu’il connaît par cœur : Laura Linney qu’il a dirigea dans la série The Big C et McKellen donc qu’il fit tourner dans Ni dieux, ni démons. Tout semble idyllique !

Pas véritablement, car il faut vous prévenir, ce Sherlock est fatigué, usé et par moment détestable. Et si vous n’admettez pas les postulats de départ : les flashbacks incessants et le fait de voir votre héros diminué, vous risquez au mieux d’être en colère contre cette vision, au pire de vous ennuyer à mourir. En effet, le film (tout en ne durant qu’1h44) prend le temps de raconter la dernière enquête de Mr. Holmes. Les moments de perte de mémoire parasitant l’enquête que l’on souhaiterait plus rapide. Et l’aventure japonaise, ainsi que les prises de bec avec la gouvernante auront tôt fait de vous déstabiliser pour vous emmener loin de la trame de départ : pourquoi Homes a-t-il choisi cet isolement forcé ?

Pourtant, vous pourriez passer à côté d’un drame policier bien plus malin qu’il n’y parait, car il entraîne le spectateur sur les rives des naufrages de la vieillesse et surtout de la solitude. Avec un passage impeccable sur cette solitude que vit Holmes avec le départ de Watson et la façon dont sa dernière enquête en portera les résonances. Enfin, le réalisateur offre également une véritable réflexion sur l’image que l’on donne et celle que l’on laisse par rapport à ce que l’on est ou on a été. Loin, très loin du dernier chapitre en deux parties de Twilight qu’il a signé et qui est imbuvable : on peut dire qu’on assiste à la renaissance d’un auteur !


En Conclusion :

Ce Mr. Holmes est finalement rassurant, un peu comme une paire de chaussons que l’on aime porter : on s’y sent bien et on sait que tout se passera bien. Même si l’intrigue “des abeilles tueuses” est annexe, ce sont les souvenirs d’un détective moins fringant que dans nos mémoires qui font le sel de ce drame policier.

Ian McKellen interprète à merveille ce Holmes vieillissant dans un film de facture classique où l’univers de l’enquête est respecté et la reconstitution parfaite. Sans partir dans les délires de Guy Ritchie, le film permet de se poser. Cependant, il n’est pas à mettre entre tous les yeux, car l’ennui peut pointer le bout de son nez. Surtout, si vous n’êtes pas dans les dispositions idéales pour le découvrir.

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