« Mother! », le cygne noir du cinéaste Darren Aronofsky [CRITIQUE/SPOILERS]

Synopsis : “Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.”


Mother! réalisé par Darren Aronofsky [Sortie de Séance Cinéma]  (Avis Positif)
« Mother! » Les limites d’un film piégé dans son concept par @Hadrizoui

Mother ! est un film qui possède à la fois concept fort, un dispositif de mise en scène original et une gradation d’allégorie littérales. Le concept étant : condenser en un lieu et un court espace-temps toutes les peurs d’une femme vis-à-vis de son couple et de la venue d’un enfant. Le dispositif consiste en l’utilisation de trois échelles de plans seulement (gros plan de face, vue subjective, vue de dos). Quant aux allégories, elles personnifient des craintes et tissent des liens vers l’inconscient de la future mère, jouée par Jennifer Lawrence.

Ces commandements établis, on peut déjà déduire les problèmes qui vont en découler. Le parti pris narratif implique un statu quo dans la personnalité du personnage centrale. Si la mère arrête d’avoir peur, le film n’a plus lieu d’être. Si elle apprend de ses erreurs pour mieux appréhender, faire face au monde qui l’entoure, il n’y a plus de gradation dans l’horreur. Laisser le personnage dans la même situation tout du long permet d’augmenter le nombre de scènes « chocs ».

A noter que dans les films où un personnage n’apprend pas de ses erreurs, un point d’attache est souvent créé avec un personnage secondaire pour faire prendre du recul au spectateur. Quand le propos du film n’est pas au contraire de critiquer l’extrémisme par la surenchère d’absurde. Ce n’est pas le cas de Mother! qui enferme sa protagoniste dans une position de faiblesse continue. Ce constat est fait dès la première demi-heure du film maximum. S’en suit un listing de métaphores qui devient prévisible, logique.

Logique parce que faisant appel à bon nombre d’associations évidentes, que le film va citer sans apporter de pistes de réflexion. La Génèse, la maternité, la création, l’écologie, autant de thèmes que l’on associe spontanément à la mère, autant de thèmes survolés. L’intérêt n’étant pas de coller une analyse ou des analyses générales pour expliquer le film, puisque tout est donné de façon frontale. Par exemple, la mère touche le mur et sent son propre cœur à travers, ce qui lie les deux naturellement.

En termes de narration plus exclusive à l’écriture et au cinéma, Darren Aronofsky (scénariste et metteur en scène) va à la facilité. Il associe la maison au cœur et au paradis, la cave aux secrets et à l’enfer, les champs à la vie et à la prospérité, et ainsi de suite. L’effet produit est que l’abstraction devient didactique. En offrant un cadre convenu et sans détournement ou point de vue tangible, le film perd toute finesse ou ampleur. Une fois tout cela compris, le film opère son dernier faux retournement qui finit de ruiner toute originalité de fond. Sa construction en boucle. Dernière astuce scénaristique, qui a pour but unique de justifier le statu quo dans le comportement des personnages. Téléphonée si l’on a suivi le début du métrage, et qui ne change en rien le (non)propos du film. Ou condense tous les thèmes dans une sorte de fatalité nihiliste.

En bref, jusque-là, Mother! rejoint la majorité de films à concept ratés, en affaiblissant son concept en simple prétexte.

Cependant tout cela ne fait pas de Mother! un mauvais film pour autant, si on le prend comme une expérimentation de forme. Et dans la forme, ce qui saute aux yeux ce sont les prestations remarquables des acteurs principaux. Puis le montage limpide et l’ajout progressif de grain, en adéquation avec la descente aux enfers littérale de la mère. Le choix de personnifier la maison offre aussi des instants de mise en scène efficaces. Surtout jusqu’au départ du personnage de Domhnall Gleeson. L’invasion de la demeure au fur et à mesure se révèle anxiogène si on se prend au dispositif de mise en scène.

Ce dispositif au premier abord intrigant, se révèle être une astuce forcée. Celle de coller de façon systématique la caméra à son actrice pour que le spectateur prenne (au pied de la lettre) la place du personnage et ainsi le contraindre à ne pas prendre de recul. Ce qui ne marchera que sur les personnes peu habituées à la grammaire cinématographique fondamentale. En clair, c’est un processus commun pour parvenir à cet effet qui peut donc lasser.

L’intérêt unique d’avoir établi cela c’est de permettre un crescendo de sensations de plus en plus fortes, mais néanmoins artificielles. Dans le sens où ces sensations ne se rattachent pas à une signification particulière, autre que le postulat de base. Ce qu’il manque alors c’est un retournement de ce dispositif, un virage dans la forme. Ce manque empêche toute transcendance. Il laisse l’impression d’une machinerie purement attractionnelle, dans laquelle tout est passé à la même moulinette. Ou tout est déroulé suivant un algorithme simple, mécanique. Le film ne dépasse pas sa prémisse formelle. Ce qui peut par ailleurs donner de bons courts métrages ou clips vidéos (sans péjoration) mais qui s’essouffle bien vite dans un film de deux heures.

En ressort une expérience qui ne germera pas dans les esprits et qui « ne sortira pas de la salle ». Laissant surtout à l’esprit le sentiment d’une promesse non tenue, ou plus encore, d’un projet inabouti. Le plus gros défaut global restant la confusion entre émotion et attraction.

Par ces partis pris, Mother! réussit à capter l’attention durant une vingtaine de minutes. Jusqu’à ce que l’ensemble de ce qui paraît d’abord osé se révèle redondant. On pourrait alors croire à un prétexte pour donner des pistes de réflexions sur les vastes sujets qu’il aborde. Il n’en n’est rien. Mother! enfonce des portes ouvertes et en vient à frôler les contresens par sa volonté de tout condenser. Si bien qu’en faisant une théorie du tout, le film ne raconte rien. C’est d’autant plus décevant que l’on ressent toujours la capacité de Darren Aronofsky à filmer des évènements bouleversants et au sens profond. Ayant abandonné l’idée d’un support à la réflexion à la sortie de la salle, on se concentre alors sur la surface du film. C’est alors qu’on profite d’indéniables réussites esthétiques. Avant de se lasser aussi, et se retrouver frustré devant un gâchis de potentiel.


« Mother! », le cygne noir du cinéaste Darren Aronofsky par @Kev44600

D’un côté la pureté, la grâce et l’élégance du cygne blanc. De l’autre, l’arrogance, le mépris et l’avarice du cygne noir. Deux êtres diamétralement opposés dans leurs intentions et comportements. Deux facettes qui ne forment qu’une seule et même personne. Adapter ou plutôt se servir de l’histoire du ballet Swan Lake semble à postériori être une évidence, venant de celui qui aime manipuler les esprits. De Pi à « Mother! », sans oublier Requiem For A Dream et l’excellent The Fountain, Darren Aronofsky a toujours été passionné par les troubles du comportement humain et son rapport à la société. Quelle est la part de réel dans ce qui est montré aux spectateurs ? Entre fantasme et réalité, Black Swan est une œuvre qui jongle avec la bipolarité de son personnage principal pour mieux décortiquer sa problématique initiale. Une problématique, à savoir le dépassement de soi-même afin de devenir la meilleure tout en contentant ceux qui nous pousse à aller toujours plus loin dans ce dépassement. Une structure narrative linéaire en trois actes (introduction, développement, conclusion), un point de vue (celui de Nina Sayers interprétée par Natalie Portman) et une problématique principale. Amplement suffisant afin que le cinéaste puisse user cette problématique jusqu’à la moelle dans le but d’en soutirer plusieurs axes de lecture, aussi bien métaphoriques que terre à terre. Baser son œuvre sur un récit linéaire et de ce fait compréhensible par tous n’est en aucun cas péjoratif. Bien au contraire, si l’histoire est facile à comprendre au premier abord, les différents sous-textes n’en seront par conséquent que plus accessibles au plus grand nombre qui auront l’envie de voir plus que ce qu’il leur est montré.

Sur le plan scénaristique, « Mother! » est une œuvre dans la droite lignée de Black Swan. Un scénario sous forme de gradation où en partant d’un simple et petit personnage humain il va petit à petit être question de sujets bien plus importants. De sujets qui dépassent le personnage (société capitaliste manipulatrice où le chaos est perpétuellement déclenché par un être humain qui va simplement réussir à détruire l’écosystème qui lui permet de vivre), mais qui pour le coup dépasse également son scénariste. Écrit en une semaine comme le cinéaste semble aimé le dire, le scénario de ce « Mother! » est d’une telle richesse qu’il en devient brouillon, confus et paradoxalement vide de sens. Tellement de thématiques survolées, tellement de questions posées que le scénario (et le spectateur par conséquent) en oublie la problématique première et sort littéralement du film. A l’image de celui du film Black Swan, le scénario part de la situation d’une personne pour en venir à parler de notre société et de notre rapport à la Mère Nature. Mais contrairement à son ainé, le film « Mother! » cherche à le faire en plongeant le spectateur au sein du chaos. Là où dans Black Swan, ce chaos (transformation du personnage) est également représenté par des cadres et décors de plus en plus étriqués et chargés, mais dont le spectateur est extérieur. Darren Aronofsky ne fait plus dans la subtilité. Il veut créer un chaos, il l’explique par le dialogue et démontre par l’image ce qu’il explique par le dialogue. Créant une redondance en plus de faire de son film un chaos dont on comprend les tenants et les aboutissants en l’espace de quinze minutes. Le scénario se répète ad vitam aeternam, les personnages n’évoluent pas et ne cessent de tourner en rond, Jennifer Lawrence la première. Là où le spectateur comprend aisément et rapidement les métaphores illustrées par le cinéaste, le personnage principal (celui dont est utilisé le point de vue) ne comprend rien à ce qui lui arrive. Elle ne fait que subir, pardonner, subir, pardonner et subir à nouveau.

C’est agaçant, énervant et surtout frustrant au vu des premières minutes absolument parfaites et du concept formel utilisé par Darren Aronofsky. Trois valeurs de plans (permettant une immersion incroyable avant que ça ne devienne redondant à cause de la non-évolution du personnage principal), seulement cinq plans pleins pieds et aucune amorce de faite sur les contres champ. Exposant de ce fait uniquement le personnage principal à l’image. Personnage qui apparaît comme laissée pour compte dès le début du film. D’où l’envie qu’elle s’émancipe, qu’elle se libère de cette maison devenant l’Enfer sur Terre. Une maison dont le spectateur comprend rapidement l’utilité. Aussi bien métaphorique (représentation symbolique de notre planète) que sur le plan de la mise en scène. Cependant, Darren Aronofsky ne va pas au bout des choses et s’en sert simplement comme un metteur en scène se sert de la scène d’un théâtre. Un endroit où vont se dérouler des évènements, mais dont on se moque dans la finalité. Ça aurait pu être n’importe quel appartement, n’importe quel bâtiment, tant son utilisation n’est que métaphorique et prétexte à lier toutes les thématiques survolées. On remarquera également la présence d’un grain sur l’image (ajouté en post-production), cohérent avec ce chaos que cherche à montrer le cinéaste. Mais à l’image du protagoniste et du concept formel global du film, ce grain n’est qu’une idée sous-exploitée, qui aurait méritée d’évoluer afin d’avoir un véritable intérêt. Grain visuel déjà présent dans le film Black Swan, même si moins prononcé, mais dont l’intérêt résidait à casser les codes visuels (image blanche, pure…) assimilés à l’Opéra et au Ballet.

« Mother! » est un film à concept intéressant, mais dont le concept ne tient qu’une quinzaine de minute avant qu’il ne devienne répétitif à l’image des personnages qui n’évoluent pas. Antithèse formelle de Black Swan (moins conventionnel, mais l’utilisation d’une même caméra), mais véritable copycat de ce dernier sur le plan scénaristique (avec l’ajout du survol de thématiques exploitées dans The Fountain et Noé), Darren Aronofsky livre une nouvelle œuvre aussi frustrante que chaotique dans tous les sens du terme. Le cinéaste fait des propositions, mais n’en développe aucune, n’en exploite aucune tel qu’il le devrait afin de rendre son film attractif, haletant et émotionnellement frappant. Un simple coup d’épée dans l’eau.

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