Money Monster (Critique | 2016) réalisé par Jodie Foster

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Synopsis : “Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle, un spectateur ayant perdu tout son argent en suivant les conseils de Gates, décide de le prendre en otage pendant son émission, devant des millions de téléspectateurs…”

Jodie Foster est une enfant du cinéma. Après avoir débuté sa carrière d’enfant acteur à l’âge de 7 ans, c’est seulement à l’âge de 14 ans qu’elle gravit les marches du Palais du Festival aux côtés de Robert De Niro, Harvey Keitel et Martin Scorsese pour celui qui reçut la Palme d’or cette même année : Taxi Driver. Depuis, c’est une belle et longue carrière que c’est offerte cette femme qui lutte pour beaucoup de causes et ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Actrice reconnue pour ses rôles dans Maverick, Contact, Le Silence des Agneaux ou encore Panic Room, Jodie Foster est également productrice et une réalisatrice de talent. Elle était déjà présente à Cannes en 2011 pour présenter son long métrage Le Complexe du Castor, présenté Hors Compétition. Magnifique drame réhabilitant Mel Gibson en tant qu’acteur dramatique et dévoilant aux yeux du monde – avec l’aide du film Winter’s Bone – une certaine Jennifer Lawrence. Cette année, c’est toujours Hors Compétition, mais tout de même en Sélection Officielle que Jodie Foster vient présenter son nouveau long métrage en temps que réalisatrice, Money Monster. Un film de studio, un film de commande, mais dont les qualités démontrent que même un film de studio peu s’avérer aussi riche et intéressant qu’un film dit d’auteur. Terme de plus en plus galvaudé.

Money Monster conte aux spectateurs l’histoire d’un présentateur télé, d’un showman qui a fait du système économique son gagne-pain, mais qui va se retrouver pris en otage en plein direct. Money Monster est un film qui, par le biais de la forme narrative qu’il emploie, ainsi que par sa construction et sa technique, a tout du film de studio. Ce qu’il est indubitablement. C’est un film de studio, un film à “moyen” budget, bien produit et fait pour le grand public. La réalisatrice ne s’en cache pas et n’a pas à le faire puisque par le biais de cette réalisation elle prouve qu’un divertissement peut-être riche et bien écrit. Usant comme contexte du monde économique, le long métrage se permet dans un premier temps d’effectuer une critique visant ouvertement et directement les grands patrons de la finance. Une critique simpliste et binaire qui ne va pas chercher à nuancer ce propos. Le monde de l’économie est simplement utilisé comme élément déclencheur. C’est le détonateur qui va réveiller le spectateur, parler à ce dernier qui va également se sentir visé et donc en confiance, car lui est rabâché nuit et jour par les différents journaux que l’économie va mal à cause de grands patrons qui jouent avec l’argent des classes moyennes. L’intérêt et le propos principal du film résident dans le traitement et le jeu qui va être créé, tant par le scénario que par la mise en scène, sur l’homme et de son humanité. Et non pas sur le monde impitoyable de l’économie. Pour cela, voyez Le Sucre, Margin Call ou encore l’excellent documentaire Masters of the Universe.

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Money Monster est un film profondément humain, qui dépeint avec une palette nuancée la tristesse humaine. Tristesse dans le sens propre du terme par le biais du personnage du preneur d’otage dans un premier temps. Personnage nommé Kyle et interprété par l’acteur britannique Jake O’Connell. Même si prévisibles et logiques vis-à-vis du contexte du film, les raisons qui vont pousser ce personnage à commettre un tel acte vont être avant tout psychologiques. La tristesse d’une vie qui semble s’écrouler, ici à cause de l’économie et d’un mensonge. L’action avant la raison ou la réflexion. Un déroulé des choses qui va dans la logique humaine avant tout, pour un personnage troublé psychologiquement parlant et en plein désarroi. Le parallèle effectué avec le personnage du présentateur télé, interprété par George Clonney est évident, mais le scénario va s’en servir astucieusement. Tout en déclamant de manière conventionnelle que l’un ne vaut pas mieux que l’autre – en somme que tout être humain est égal – cette prise de conscience, va être utilisée tel un élément déclencheur. Un nouvel élément déclencheur qui va relancer le film. Relancer une machine bien huilée et dont les engrenages ne cessent de tourner jusqu’à ce que la caméra soit mise au sol. Money Monster est un véritable Show Télévisuel, un long métrage qui va utiliser les mécaniques d’un Show en Live et qui va s’en servir afin de les retourner contre ceux qui les font et ceux qui les regardent. Critiquer ce monstre qu’est l’humain, avec des yeux pleins de tristesse et de désarroi à l’image de ceux du preneur d’otage. Un monstre incontrôlable, imprévisible et qui a toujours envie d’en voir et d’en savoir plus. Ce qui permet au scénario d’effectuer une double critique avec aisance et facilité, qui sont celles des spectateurs et des journalistes présentateurs, devenus avant tout des “entertainers” quitte à faire de la désinformation plus que de l’information. Scénario manichéen certes, mais qui ne s’en cache pas et va se servir de cet aspect binaire pour jouer sur les nuances (personnages qui vont passés par toutes les phases émotionnelles possibles du doute à l’angoisse, en passant par la peine) et conserver une tension et un dynamisme exemplaire.

Un montage énergique, une caméra qui va à tout moment chercher l’action et à ne rien cacher aux spectateurs, quitte a ce qu’il y ai du mouvement dans le cadre et surtout une volonté de relancer l’action par la parole et/ou le mouvement, et ce, sans cesse. En ces termes, Money Monster est techniquement établi à la manière d’un divertissement. Dès l’entrée sur le plateau et le lancement de l’émission, jusqu’à sa coupure, il n’y a pas une baisse de rythme, pas une baisse de tension grâce au montage, mais également à une bande originale entraînante. Composée par Dominic Lewis (jeune compositeur dans le sillage de Henry Jackman depuis plusieurs années), ce dernier signe une bande originale faite de musiques d’ambiance. Pas de thèmes principaux ou secondaire à proprement parler, mais une volonté d’inculquer au film et aux séquences une tension, une force voire une fragilité. Les compositions amplifient la moindre émotion, la moindre relance énergique sans pour autant le décrédibiliser ou décrédibiliser son propos. Ici la musique est utilisée à bon escient, contrairement à 95% des divertissements américains, voire européens. La musique a son intérêt, celui de littéralement dynamiter le film et de lui permettre à la fois de conserver sa tension émotionnelle et de rester ce qu’il est avant tout : un Show.


En Conclusion :

Money Monster est un thriller de haute volée, un divertissement pour le grand public qui a ses facilités à l’instar de tout divertissement, mais qui contrairement à beaucoup de ces derniers, dispose d’un scénario bien écrit. Manichéen et binaire dans sa critique du monde économique, cette dernière n’est qu’un prétexte pour dépeindre l’humanité et la déshumanisation de notre société. Avec l’aide du montage et de la bande originale, la mise en scène impeccable de Jodie Foster permet au film de ne pas sombrer et de conserver son dynamisme, digne d’un Show en Live. Money Monster peut-être vu comme daté dans le traitement binaire du monde économique et dans la critique à charge contre le journalisme et la désinformation au profit de “l’entertainement”, mais ça reste malheureusement un propos réaliste à l’heure actuelle, car on est déjà tombé dans les travers de ce que dépeint ce film. Cette triste réalité où une prise d’otage en direct est devenue quelque chose qui ne nous choque pas, bien au contraire on le cautionnerait presque si la raison du preneur d’otage était valable. Porté par un très bon casting au cœur duquel se dévoilé littéralement un Jake O’Connell touchant et électrique, bien épaulé par un George Clooney fidèle à lui même, à savoir drôle, mais aussi capable de faire frissonner, Money Monster étonne, épate. Avec cette nouvelle et quatrième réalisation, Jodie Foster ne révolutionne pas le genre, mais prouve qu’elle est bel et bien la réalisatrice talentueuse que l’on prédisait lors de la sortie de son précédent long métrage.

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