Molly’s Game (Le Grand Jeu) réalisé par Aaron Sorkin [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Présent depuis 1992 dans le monde du cinéma (premier scénario de long-métrage avec A Few Good Men réalisé par Rob Reiner), Aaron Sorkin n’est cependant connu que depuis 1999 et sa participation en tant que scénariste à la série A La Maison Blanche. Mais la reconnaissance, de la part d’une majorité de cinéphiles et adeptes du septième, n’est véritablement survenue qu’en 2010 grâce à un certain David Fincher. Charlie Wilson, Mark Zuckerberg, Steve Jobs et maintenant Molly Bloom. Si Aaron Sorkin est devenu, en l’espace de peu de productions scénaristiques, le scénariste le plus estimé par l’industrie, ainsi que par une palette de plus en plus large de spectateurs, c’est grâce à des personnages triés sur le volet. Des personnages qui ont marqués l’histoire d’une certaine façon, des personnes qui d’une manière certaine, redéfinissent le terme de star. Si George Clooney n’avait pas déjà réalisé un film consacré au journaliste et présentateur télévisé Edward R. Murrow (cf: Good Night & Good Luck), ce dernier aurait été une matière première de prestige pour le scénariste. Les trois personnages susnommés précédemment ont pour facultés d’être des “stars”, car reconnu physiquement ou, ne serait-ce que par leur nom. Mais contrairement aux “stars” et à une certaine image, majoritaire, de la starification qui est celle d’une personne dont on va chercher à tout connaître de la vie privée, ces derniers sont avant tout des symboles. Ils représentent quelque chose, à l’image d’Edward R. Murrow, avant d’être une célébrité. Charlie Wilson était un diplomate improbable, Mark Zuckerberg est un des hommes les plus riches de la planète et comme ce dernier, Steve Jobs a fondé une des firmes les plus influentes du monde. Trois hommes de pouvoir et… s’interpose Molly Bloom.

S’interpose Molly Bloom suite à la mise en lumière de ces trois hommes de pouvoir. Comme une évidence dans la continuité de la filmographie du scénariste Aaron Sorkin, que de voir ce dernier mettre en lumière une femme de pouvoir dont le charisme et la prestance suffise à faire flancher n’importe qui. Adaptation du roman « Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker » écrit par Molly Bloom elle-même, Molly’s Game met en lumière l’existence et la vie d’une femme de caractère. Si en surface, Molly’s Game raconte l’histoire de la plus grande organisatrice de partie de poker clandestines, mais légales, de l’histoire, c’est avant tout le portrait d’une femme. D’une femme qui a un caractère et qui, comme le déclare Molly Bloom elle-même: « l’histoire d’une femme qui fait carrière dans un monde d’hommes ». Depuis The Social Network maintenant, Aaron Sorkin n’a plus rien à confirmer en tant que scénariste et il n’est pas désué que de dire de ce dernier qu’il est imparable. Il a une verbe, une rythmique et une précision dans le choix des mots qui font de ses scénarios, de véritables bijoux d’écritures. Grâce à cette précision chirurgicale et à une répartie inégalable, il transforme les séquences les plus difficiles à concevoir, en moments cinématographiques haletants et passionnants. Déjà passionnante sur le papier, l’histoire vraie de l’américaine Molly Bloom était du caviar prêt à être servit sur un plateau d’argent.

Au-delà de la superbe des dialogues, qui forgent l’identité même du film dans sa globalité, réside chez Aaron Sorkin l’envie de faire de ces personnages réels, des personnages de fiction aux personnalités aussi remarquées que remarquables. A l’image de Jobs et Zuckerberg, Molly Bloom est une femme qui a ses défauts, qui n’est pas purement et simplement la femme de caractère modèle. Elle est un modèle à suivre dans sa ligne de conduite, mais elle a fait des choix regrettables tels que n’importe qui a pu, ou pourrait, en faire. Des personnages, qui à l’image des histoires qu’il raconte, ne sont pas manichéens et ne répondent pas à des archétypes éculés. Si Steve Jobs reposait sur un scénario stricte et basé sur des moments de conversation et de réflexion, dans la droite lignée de ce que faisait Aaron Sorkin pour les séries A La Maison Blanche et The Newsroom, Molly’s Game revient à la formule The Social Network. Un protagoniste (Molly Bloom NDLR) qui va être au centre de l’histoire et autour de laquelle vont graviter un large panel de personnages secondaires afin de faire avancer une intrigue. Les décors sont multiples, les personnages sans cesse en mouvement et les répliques fusent tel les balles à un match de tennis. Un scénario porté par un casting incarné, des acteurs impliqués qui impressionnent sans cesse. Jessica Chastain et Idris Elba en tête, en véritables et convaincants maître du jeu.

Au-delà d’une maîtrise impressionnante dans le dialogue, Aaron Sorkin démontre sa capacité à pouvoir faire s’entrecroiser plusieurs temporalités, de lier le passé (enfance et arrivée à Los Angeles de Molly Bloom puis sa conquête), avec son procès à New York (le présent du récit). De cette manière, il fait comprendre aux spectateurs qui elle est, ce qu’elle a fait, et ce, sans user d’une structure narrative linéaire prévisible et pouvant contenir quelques temps morts. Les silences sont rares, les temps morts inexistants et les longueurs nécessaires. Grâce à une mise en scène inspirées et en cohérence avec le scénario, le film ne lâche à aucun moment le spectateur. Les personnages ne cessent de bouger ou de parler tel l’attraction du spectateur qui ne va de ce fait jamais faiblir. Porté par une bande originale tout aussi dynamique et entraînante signée Daniel Pemberton, Molly’s Game a tout du film d’action, sans avoir pour autant la moindre scène d’action. On reprochera cependant au film et à son metteur en scène d’être un excellent faiseur, à défaut d’être pour le moment un véritable cinéaste.

Pour son premier passage derrière la caméra, Aaron Sorkin signe un film soigné, visuellement beau grâce à un beau travail d’éclairage signé Charlotte Bruus Christensen, mais didactique et qui sombre dans les travers d’une première réalisation aux angles de caméras multiples afin de toujours avoir des rushs de repos et changer sans cesse d’angle pour dynamise encore et encore alors que le film n’en a fondamentalement pas besoin. Les cadres ne sont pas évocateurs et si certains vous resteront en tête, ils ne seront pas nombreux. Il manque un véritable auteur visuel derrière la caméra, quelqu’un qui pensera chaque cadre, chaque plan afin que le visuel apporte quelque chose à l’écrit et ne fasse pas que retranscrire, montrer par l’image ce dernier. C’est beau et efficace, mais avec un tel scénario, subsiste la frustration du manque de ce petit quelque chose. Le film aurait pu être grand et supplanter les autres œuvres cinématographique à laquelle a participé Aaron Sorkin, mais il ne sera que très bon. Une première réalisation, qui laisse cependant augurer un futur des plus ravissants derrière la caméra pour Aaron Sorkin !

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