Moi, Tonya réalisé par Craig Gillespie [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Le biopic est un genre qui jusqu’ici, n’a que très peu réussi à émerveiller ou à sortir des sentiers battus. Depuis qu’il est devenu un genre à part entière, le biopic intéresse de moins en moins à cause d’un travail scénaristique ou formel peu créatif ou inspiré de la part des réalisateurs, ainsi que de ceux qui entourent le(s) projet(s). Producteurs majoritairement, s’agissant souvent de films de studios et de simples commandes. Inspirés d’une histoire vraie, librement inspiré d’une histoire vraie ou tout bonnement retraçant le parcours de. Dans les trois sous catégories précédemment citées, si l’on cherche à entrer plus en détail dans une classification des œuvres cinématographiques, on retrouve dans une grande majorité, des films à la structure narrative classique, aux récits linéaires, aux rebondissements prévisibles et dont le visuel n’est simplement utilisé dans le but de mettre en image. Le but est de montrer cette histoire et de mettre en image ce que le papier raconte. Ni plus, ni moins. Subsiste cependant de belles œuvres cinématographiques qui marquent, puisque créatives grâce à de véritables artistes qui savent ce que l’image et le son peuvent apporter à une histoire, dans le but de la complémenter, de l’enrichir et non de la suppléer. Le Redoutable (Michel Hazanavicius, 2017) , Steve Jobs (Danny Boyle, 2016), Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese, 2012) ou encore Cloclo (Florent Siri, 2012) sont en ce sens de parfaits exemples, car les auteurs qui en sont à l’origine ne se contentent pas de mettre en image une histoire déjà connue de tous afin que cette dernière puisse pérenniser par le biais du média intemporel qu’est le cinéma. Réalisateur, mais surtout scénaristes et chefs opérateurs permettent d’aller plus loin et se servent des histoires pour créer de véritables œuvres cinématographiques qui ont un intérêt en plus de raconter une histoire.

Réalisateur des récents Fright Night et The Finest Hour, on ne peut pas dire que jusqu’ici le cinéaste Craig Gillespie nous ait ébloui de son talent. Si ses premières réalisations (Mr. Woodcock entre autres…) étaient aussi impersonnelles que n’importe quel téléfilm du milieu d’après-midi, ces dernières précédemment nommées étaient portées par le travail réalisé par le chef opérateur attitré. Javier Aguirresarobe, pour le nommer, donnait aux films en question une atmosphère particulière grâce à son travail sur les couleurs, sur les noirs et la gestion des lumières. Des expérimentations jamais véritablement brillantes, et au maximum juste correctes, mais ça n’en demeurait pas moins les seules qualités des longs-métrages. Virage à 360 degrés dans le cadre de la production du film Moi, Tonya grâce à l’arrivée d’un chef opérateur méconnu, mais qui mérite de le devenir: Nicolas Karakatsanis. Pour les moins initiés, chef opérateur est un des postes principaux à la création d’un film. Principal assistant du réalisateur, c’est celui-ci qui est en charge de la gestion des éclairages, ainsi que du cadrage (choix de focales et paramétrages en tous genres permettant d’obtenir l’image voulue par le réalisateur ou d’une décision unanime avec l’équipe). Si l’on tend de plus en plus à dire que l’auteur d’un film serait son réalisateur, celui dont on peut le plus aisément reconnaître la patte artistique n’est autre que le chef opérateur (et les compositeurs dans une tout autre mesure). Colorimétrie, choix des focales et plus grossièrement: la manière de filmer.

Collaborateur du cinéaste belge Michaël R. Roskam (Bullhead, Le Fidèle), Nicolas Karakatsanis ne fait pas dans un classicisme aseptisé et propre sur soi. Bien au contraire, si ses compositions sont soignées et les cadres souvent intéressants, car évocateurs ou choisi afin de ne pas faire dans le classique (ou alors ce classique aura un sens et cherchera à marquer une pause par la sobriété), il aime le mouvement, la caméra portée et de temps à autres le décadrage avant d’initier un mouvement. Le choisir, c’est aller à l’encontre des films inspirés par une histoire vraie qui visuellement enchaîne les plans qui ne vont faire qu’illustrer proprement (donc plans stables et aérés) et faire preuve d’un véritable choix artistique qui a du sens. Le style Nicolas Karakatsanis est à l’image de l’histoire et de la personnalité de Tonya Harding. Ce style visuel, sans cesse en mouvement avec énormément de travellings avant rapides qui s’achèvent par un gros plan sur le visage de l’acteur ou de l’actrice, qui rappellent que le sport dont il est question est un sport de glisse et non un sport sur surface rugueuse ou qui accroche, donne du punch et un entrain au film en corrélation avec l’histoire contée et la personnalité de la protagoniste. Une histoire aussi improbable que le caractère de Tonya Harding est imprévisible. Le caractère de celle qu’est l’héroïne de l’histoire, dépeint sur l’aspect technique et formel de l’oeuvre qui devient à son image. Et ce, tant sur le plan visuel que sur le plan sonore et scénaristique.

Si le scénario est écrit de manière linéaire, reposant sur une structure narrative classique en trois actes, le film Moi, Tonya use de gimmicks propres au média qu’est le cinéma afin de ne pas sombrer dans un certain classicisme et rester à l’image de son personnage, à savoir décomplexé et irrévérencieux. Plans face caméra aux formats carrés typés interview, voix over des personnages interviewés qui reviennent sur l’histoire qui est contée (qui vont contredire ou affirmer ce qui est montré), ainsi que des regards caméras au sein même de la fiction (donc hors des entretiens au format carré). On ajoutera pour l’aspect sonore, la création d’une Score (musiques utilisées dans le film issu de catalogues de majors) jukebox qui use de titres connus des années 70/80, allant de Dire Strait à Fleetwood Mac en passant par une reprise du titre The Passenger de Iggy Pop par Siouxsie And The Banshees. De la Score au fait de briser le quatrième mur, tout est en corrélation afin de réaliser une oeuvre aussi décomplexée qu’irrévérencieuse, aussi drôle et jubilatoire que détestable et dans le fond émouvante, à l’image de… Tonya Harding une nouvelle fois. Un concept qui se tient, grâce à une cohérence, une unicité qui se fait entre l’histoire et la technique, mais qui néanmoins accuse à un certain moment d’un trop plein. A vouloir paraître trop décomplexé et irrévérencieux, le film dans sa globalité, perd en fraîcheur et en authenticité. Des gimmicks et une manière de faire qui pourra en agacer plus d’un, puisque de plus en plus courante dans le cinéma moderne, un cinéma qui se dit décomplexé et détaché de ce qu’il raconte.

Moi, Tonya n’est cependant pas que ça, et réussit à se renouveler grâce à des séquences plus classiques (plans fixes avec une composition originale en fond sonore voire du silence pour amplifier une tension) qui vont mettre l’accent sur l’aspect dramatique des situations. Manière de prendre à revers les codes d’un cinéma plus conventionnel en usant des séquences de calme afin de créer une tension émotionnelle et développer la sensibilité des personnages. Des moments qui permettent de saisir que le film Moi, Tonya n’est pas qu’un pastiche ou qu’une comédie burlesque inspirée d’une histoire vraie, mais bien d’un film plus complet et riche que cela, tant sur le plan créatif qu’émotionnel. Moi, Tonya est une comédie dramatique qui va se servir de l’absurdité des personnages ainsi que des situations, afin de raconter une histoire qui met en scène des personnages perturbés et caractériels. Un concept qui fonctionne grâce à un scénario qui ne va cesser de faire évoluer l’avis du spectateur vis-à-vis des personnages, ainsi qu’à un aspect technique (image/son) en adéquation avec ce même scénario, avec le ressenti du personnage principal au moment donné. Irrévérencieuse, attachante et détestable, Margot Robbie incarne avec brio une Tonya Harding au caractère imprévisible parfaitement retranscrit par la mise en scène de Craig Gillespie et l’image de Nicolas Karakatsanis. Sebastian Stan et Allison Janney ne sont pas en reste, offrant au film ce souffle et cette énergie permettant au spectateur de ne pas avoir le temps de souffler et de passer un moment de pur plaisir cinématographique.

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