Mobile Homes réalisé par Vladimir de Fontenay [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : “Ali et Evan sillonnent les routes entre les Etats-Unis et le Canada. Ils utilisent Bone, le fils d’Ali, âgé de huit ans, dans leurs trafics. Le jeune couple vit de plus en plus dangereusement. Tous rêvent pourtant d’un refuge, d’un foyer, mais leur fuite inexorable les entraîne sur un chemin qu’ils n’avaient pas prévu… Pour trouver sa place, Ali aura à faire un choix entre la liberté et sa responsabilité de mère. “


Du 10 au 18 novembre dernier se tenait la 37ème édition du festival international du film d’Amiens. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films en compétition internationale vus durant ce festival. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Présenté durant l’édition 2017 de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes puis au Festival International du Film d’Amiens, le film Mobile Homes est un road-movie initiatique qui raconte la vie itinérante d’un jeune couple, Ali (interprétée par Imogen Poots), Evan (interprété par Callum Turner) et de Bone, fils de Ali. Tous trois, ils parcours les routes des États-Unis et du Canada. Ils vivent du trafic d’animaux, en vendant des coqs pour des combats illégaux. Un soir, la police débarque durant l’un de ses combats et durant la fuite, Ali et Bone fuient Evan à l’intérieur d’un Mobile Home. Une nouvelle vie s’ouvre à Ali et Bone, perpétuellement à la recherche d’un foyer.

“Road-movie plaisant et dépaysant, doté d’une belle sincérité.”


Comme dans la tradition du cinéma d’auteurs américain indépendant, il est question du foyer familial, obsession récurrente chez des cinéastes comme Steven Spielberg ou plus récemment Jeff Nichols (Take Shelter, Mud…). Comme dans ce cinéma américain, Vladimir de Fontenay filme l’instabilité d’un foyer constamment en mouvement, ainsi que son explosion à partir de l’intérieur du foyer et d’un couple qui apprennent à devenir des parents, tout en refusant de faire parti de la société et de ses règles, à l’image de cette scène où le jeune père Evan incite l’enfant à voler comme s’il s’agissait d’un jeu, celui de courir et de sauter dans le van, le foyer en l’occurrence, pour partir sans payer l’addition dans un restaurant drive-in. Le cinéaste Vladimir de Fontenay filme des personnages de marginaux de la société, des laissés pour compte à qui le cinéma américain indépendant donne la parole, dans une Amérique profonde caractérisée par la figure de la route sur laquelle les personnages roulent sans arrêt, fuyant l’immobilité, une stabilité qui prend des résonances sociales et politiques dans ce cinéma à l’américaine. Le réalisateur filme ses personnages avec une certaine frontalité, presque avec une approche documentaire, caméra embarquée à l’épaule, filmant l’itinérance de cette mère et de son fils durant les différentes saisons, sur les routes.

Les personnages du cinéaste sont sur le chemin d’une rédemption. Une quête initiatique d’une jeune femme qui apprend à devenir une mère. Ali commence à gagner sa vie de manière légale, faisant la peinture des Mobiles Homes. Le Mobile Home devient un personnage à part entière, symbolique d’une maison que la mère construit pour son enfant. On en revient à l’idée de concevoir un foyer, grande tradition du cinéma américain et de ses démunis qui cherche leurs places. Les personnages de Vladimir de Fontenay sont constamment sur les routes, en mouvement, en fuite, jusqu’à la chute. Le cinéaste n’hésite pas à montrer la dureté, la violence qui surgit au milieu du couple. Le cinéaste regarde frontalement ses personnages, tout en les filmant avec légèreté, dans un environnement à la fois urbain et dépaysant, en lumière naturelle, dans des cadres proches de ses personnages. On est à la fois dans la contemplation du cinéma de Terrence Malick et une forme de naturalisme, un retour à la vie simple à l’image de ces maisons sur routes que sont les mobiles homes qui font écho aux maisons sur l’eau et à l’abri de tempête dans le cinéma de Jeff Nichols, où le foyer familial est constamment menacé, sur le point d’exploser de l’intérieur ou d’être emporté par son environnement. Car c’est aussi ça la figure de la maison que partage Vladimir de Fontenay avec ces cinéastes américains : un bonheur éphémère qui finit par être détruit pour ensuite être reconstruit, et c’est ce qui fait la beauté sourde et douloureuse de ce drame humain : montrer que construire un foyer familial n’est pas sans souffrances, sans sacrifices, et que le mobile home finit par chuter, s’inonder littéralement pour mieux se reconstruire.

Sans juger ces personnages, le cinéaste construit un portrait de mère forte, portée par la très bonne performance de l’actrice Imogen Poots, aperçue chez Terrence Malick (Knight of Cups, The Tree of Life…). Encore un lien avec un cinéma américain indépendant qui s’auto inspire, que ce soit entre Terrence Malick et Jeff Nichols, et tant d’autres. L’aspect road-trip ancre le film dans un genre très américain, avec une photographie soignée, vacillant entre le réalisme documentaire et la contemplation Malickienne. Mobile Homes est un road-movie plaisant et dépaysant, qui ne réinvente pas le genre et n’évite pas certains clichés dans son scénario. Mais il y a une véritable sincérité et une croyance envers des personnages d’écorchés vifs attachants et poignant, et un portrait social proche du cinéma-vérité dans sa mise en scène, qui font que ce Mobile Homes vaut le détour.


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