Midway, le grand spectacle au détriment de l’humain

Synopsis : « Après la débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque qui devrait éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. La campagne du Pacifique va se jouer dans un petit atoll isolé du Pacifique nord : Midway. L’amiral Nimitz, à la tête de la flotte américaine, voit cette bataille comme l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise. Une course contre la montre s’engage alors pour Edwin Layton qui doit percer les codes secrets de la flotte japonaise et, grâce aux renseignements, permettre aux pilotes de l’aviation américaine de faire face à la plus grande offensive jamais menée pendant ce conflit. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Réalisateur émérite et reconnu grâce à des succès internationaux comme Independance Day et The Day After Tomorrow, Roland Emmerich est passé maître dans l’art du cinéma spectaculaire. Maître dans l’art de mettre en scène ce qui dépasse le simple point de vue terrestre de l’être humain. Fortement déclamé, 2012 peut être catalogué comme du « destruction porn ». Un film qui relate d’une catastrophe naturelle dans le simple et unique but d’offrir aux spectateurs plus de 2h30 d’explosions et de séquences toutes plus spectaculaire les unes que les autres. Mais des explosions qui proviennent d’une certaine logique, puisque enclenchées par un éboulement, un séisme, l’éruption d’un volcan… D’où le reproche du cinéaste envers les productions Disney Marvel qui a son sens font tout exploser, mais sans que l’on sache réellement pourquoi. Au-delà du spectaculaire, Roland Emmerich est un amoureux des belles histoires. De ceux qui marquent cette même histoire grâce à leur héroïsme et leurs valeurs. Poussant le cinéaste à sombrer de but en blanc dans une forme de patriotisme, qu’il réussit tant bien que mal à atténuer derrière la caractérisation de l’ennemi, qui n’est souvent pas qu’un simple ennemi, mais un second soldat lui aussi poussé par des valeurs qui lui sont propres.

Midway ne fait pas exception à cette règle. Relatant les faits de la Bataille de Midway s’est déroulée en juin 1942, soit 7 mois après la fameuse Attaque de Pearl Harbor par le Japon (décembre 1941), Midway croule sous les comparaisons avec son homologue réalisé par Michael Bay. L’amour pour le spectaculaire et la destruction de la part des deux cinéastes, ne va pas aider Roland Emmerich à se défaire de cette étiquette comparative. Étiquette qui va le pousser petit à petit dans le tiroir des films oubliés, face à un Pearl Harbor qui malgré l’âge et une forte affluence de spectateurs mécontents, conserve la tête hors de l’eau grâce à des qualités cinématographiques indéniables. Pearl Harbor est une production Jerry Bruckheimer dans les plus grandes lignes. Un film à l’eau de rose, patriotique, téléphoné, sirupeux et à l’histoire d’amoureuse tellement niaise qu’elle en devient ridicule et naïve. Néanmoins réside Michael Bay et son amour pour les belles images, ainsi qu’un Hans Zimmer qui transporte l’émotion avec une bande originale d’une densité incroyable. Des compositions mélancoliques, trop mélancoliques peut-être même avec des titres comme « i will come back » ou « ….and i will kiss him… », mais ils ne s’en cachent pas. Le cinéaste va au bout de sa proposition en assumant et en appuyant ces moments émotionnels par sa mise en scène.

Un dernier baisé devant le lever du soleil avec le drapeau qui flotte devant la maison. Tout est au service de l’imagerie du cinéaste, tout est au service de la création d’une belle image. Il ne se voile pas la face, cherche à faire de belles images qui racontent quelque chose et servies par une musique qui va décupler l’émotion. Une image, des choix de mise en scène qui vont marquer, que l’on aime ou non. Tout en offrant évidemment des moments de bravoures spectaculaires et des séquences de combats aériens intenses avec une caméra qui est mise au service de l’action à partir du moment où les personnages quittent le sol. S’il est aussi longuement question de Pearl Harbor, c’est parce que le cinéaste Roland Emmerich démontre avec Midway qu’il n’est pas si simple d’aller au-delà de l’action et du spectaculaire. Dès lors que les personnages quittent la terre ferme ou leur porte-avion, Roland Emmerich démontre l’étendue de son talent. Transmettre l’intensité d’un combat aérien. Décupler par l’image l’adrénaline d’un pilote qui descend en piqué de 1200 à 200 pieds sur un navire ennemi afin de larguer son missile avec la plus grande des précisions. De réels beaux moments de bravoure, aussi intense que spectaculaire puisque du point de vue du pilote. On est avec lui dans le cockpit et à l’extérieur de ce dernier. Le spectateur ne le quitte presque pas, et voit, grâce à la direction d’acteur, la difficulté de l’acte exécuté, ainsi que le courage dont les soldats font preuve. Des séquences spectaculaires, haletantes et lisibles. Roland Emmerich a du background, il nous le prouve grâce à un découpage propre et limpide, même si on demeure dans la cour du cinéma d’action grandiloquent et aux axes multiples pour avoir un meilleur point de vue sur l’intensité de l’action.

Le problème principal d’un film comme Midway c’est finalement tout le reste. Ces séquences de dialogues qui vont servir de liant pour faire en sorte que le film raconte une histoire avec des personnages, et ne soit finalement pas qu’un climax de haute volée. Midway est un film à la mise en scène assez pauvre et à la réalisation didactique. Une réalisation qui va se contenter de filmer l’action. Filmer les personnages lorsqu’ils parlent, lorsqu’ils bougent, mais ne va pas s’intéresser au reste, ne va à aucun moment chercher à inculquer de la vie en dehors des moments où ils parlent des combats. Le découpage va en ce sens, alternant uniquement entre medium shot lors des champ/contre champ de discussion et un plan large avec un léger mouvement qui débutera chaque nouvelle séquence afin de la contextualiser et dévoiler le lieu. C’est aussi simple que ça, et à aucun moment le cinéaste ou son directeur de la photographie ne vont se sortir de ce carcan simpliste et inintéressant. À aucun moment ils n’embrassent réellement le point de vue d’un personnage, alternant entre les différents personnages principaux et secondaires auxquels le cinéaste souhaite rendre hommage. Si le travail de mémoire est intéressant, sur le plan cinématographique, le plaisir de cinéma est inexistant.

S’il se veut être un film humain, il est fondamentalement un film qui s’intéresse aux êtres humains, mais ne fait rien pour transmettre de l’émotion aux spectateurs. Seuls quelques courts et rares moments de vie entre le pilote Dick Best et sa femme Anne Best. De trop courts moments de vie qui vont réussir à créer une simili empathie envers cette famille. Séquences qui permettent à l’acteur Ed Skrein de dévoiler qu’il est finalement un acteur capable de surprendre l’auditoire. Capable d’aller chercher autre chose qu’un regard intense et une mâchoire fermée. Ce que le restant du casting ne peut malheureusement prouver à cause d’un scénario, d’une mise en scène et d’une direction d’acteur qui ne leur permet à aucun moment d’interpréter autre chose que des soldats bourrus à la mâchoire serrée. Au-delà de ce problème de réalisation, c’est avant tout un problème de point de vue qui gâche l’apport émotionnel du film. Le film se dissipe, ne laisse pas vivre les personnages et le cinéaste ne sait pas comment les filmer. Réel symptôme d’un cinéaste qui aime le grand spectacle, mais ne sait pas comment iconiser ces personnages sur le plan humain. Les humaniser tout simplement. Sans avoir à leur faire dire des dialogues peu intéressants et en leur faisant faire autre chose que de lâcher des bombes ou en prenant des risques physiques. Problème que l’on retrouve dans la séquence d’introduction du film. Séquence catastrophique avec son point de vue omniscient et ses cadres qui regardent des soldats se faire bombarder sans qu’ils ne puissent réagir. Des plans qui racontent quelque chose, mais qui mettent surtout en avant le problème de point de vue du film qui n’est pas à la hauteur des hommes, mais prend de la hauteur pour chercher à montrer l’ampleur des explosions.

Midway est un film de guerre qui relate les événements de la Bataille de Midway. Roland Emmerich contextualise la bataille, raconte comme les japonais et les américains se sont réciproquement préparer pour attaquer et défendre. Il est un réel travail de mémoire sur une bataille réalisée par des homme, mais qui en occulte complètement tout son aspect humain. Le cinéaste ne donne pas de corps à ses personnages. Le spectaculaire, par le prisme de la guerre, au détriment d’une mise en scène terre à terre. Un problème de point de vue qui déshumanise le film et chaque aspect émotionnel, faisant de ses personnages de simples caricatures patriotiques. Demeure son climax et des séquences aériennes spectaculaires, plutôt bien découpées afin de transcrire l’intensité des moments. C’est toujours ça, mais la direction de la photographie aussi terne et fade que le métal d’un porte-avion dénué d’impureté, car numérique, ne fait qu’accentuer l’aspect quelconque du film.

« S’il peine toujours autant à mettre en scène des émotions, Roland Emmerich demeure un des rois pour transcrire l’intensité d’un combat aérien. Un spectacle aérien spectaculaire à défaut d’être visuellement beau ou bien écrit. »


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