Mid90s (90’s), un pur objet de cinéma vintage et intemporel

Synopsis : « Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal à trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Depuis quelques années, nous assistons à la naissance d’une nouvelle vague de jeunes cinéastes. elle émerge dans le paysage du cinéma américain indépendant, dont la principale caractéristique serait qu’ils sont pour la plupart des acteurs américains connus du grand public qui ont choisi de faire leurs preuves en passant par le circuit d’un cinéma underground et intimiste. Après Paul Dano et son très épuré Wildlife, sorti en Décembre dernier, c’est au tour de l’acteur Jonah Hillde passer derrière la caméra avec son premier long-métrage Mid90s.

Mid90s se déroule dans le Los Angeles des années 1990, où l’on suit le parcours initiatique d’un adolescent de 13 ans, Stevie (le jeune et prometteur Sunny Suljic), qui intègre une bande de skateurs durant un été lumineux, alors qu’il est à la recherche d’une influence fraternelle auprès de son frère violent, Ian (l’excellent Lucas Hedges), qui le bat lorsque sa mère (la sublime Katherine Waterston) est absente. Stevie va vivre un été décisif, sorte de parcours initiatique où l’enfant intègre une meute, subit des coups de plus en plus violent tout en se relevant toujours plus fort dans cette transition entre la fin de l’enfance et le début de l’adolescence.

Si le premier long-métrage de Jonah Hill a des allures d’autobiographie sur sa propre adolescence, le jeune cinéaste n’en garde que le contexte du Los Angeles 90’s, racontant une histoire originale avec des personnages originaux, baignant dans une atmosphère intemporelle qui imprègne l’esthétique de ce premier film. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, formellement parlant, Mid90s est un objet de cinéma sublime. Filmé en 16mm dans un format 4 : 3 qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Gus Van Sant(Elephant, 2003), auquel il emprunte également son directeur de la photographie, Christopher Blauvelt, qui signe une photographie lumineuse et magnifiquement éclairée, porté par une bande originale hypnotique signée du duo Trent Reznor/Atticus Ross(The Social Network (2010),  Gone Girl (2014)). Mid90s fait figure de véritable objet de cinéma vintage, imprégnait d’une mélancolie et d’une nostalgie intemporelle. Cela aurait pu être la faiblesse du film, la première demi-heure faisant office d’objet doudou nostalgique lorsque Jonah Hill contextualise son récit, ancrant le film dans l’époque de son adolescence. Mais très vite, le long-métrage se détache de cette nostalgie vintage, elle sert d’ambiance au récit, une volonté que revendique complètement le jeune cinéaste, pour poser un regard sensible et touchant sur cette bande de skateurs à laquelle on s’identifie rapidement, à travers une culture underground intemporelle.

Pour un premier long-métrage, Jonah Hillpuise dans un cinéma plus atypique, imposant un refus du circuit commercial à travers une esthétique singulière, plus proche du cinéma de Larry Clark (Kids, 1995), abordant des thématiques liées à l’adolescence avec une frontalité étonnante et assez rare, notamment dans une écriture de dialogues qui évoque ses débuts parmi la bande à Judd Apatow, notamment dans Supergravede Greg Mottola(2007). Mid90s fait presque, par moments, office de synthèse de la carrière d’acteur de Jonah Hill, le jeune cinéaste puisant autant dans ses expériences avec Greg Mottolaet Judd Apatowqu’avec Gus Van Santou Harmony Korine (Spring Breakers, 2012) pour ce premier essai très réussi. 

Après une première heure baignant dans une douceur lumineuse, faisant de ces Mid90s un paradis de l’enfance californien, le film bascule dans sa dernière demi-heure dans une noirceur âpre, où les chutes et les coups se ressentent, de plus en plus brutal. Jonah Hill évite l’écueil d’un éloge aseptisé et idéalisé de cette adolescence, faisant aussi le portrait de son penchant sombre, où la fin de l’enfance résonne aussi comme une douleur dans un Los Angeles haut en couleurs, multiethniques, mais aussi en pleine déchéance, filmé par un regard de cinéaste mélancolique. Porté par une écriture sensible et à fleur de peau, une direction d’acteurs irréprochable, une bande originale hypnotique et une esthétique vintage au charme fou, Jonah Hill signe un premier long-métrage singulier. 

« Mid90s est un pur objet de cinéma vintage, doublé d’une véritable déclaration d’amour à la culture américaine underground, à travers le portrait d’une adolescence intemporelle. Une merveille. »

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *