“Meurs, Monstre, Meurs”, l’odyssée labyrinthique et hypnotique d’Alejandro Fadel

Synopsis : « Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : “Meurs, Monstre, Meurs”… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après Los Salvajes, le cinéaste Argentin Alejandro Fadel revient avec Meurs, Monstre, Meurs, un film de genre qui a tout à fait sa place dans la compétition internationale de cette 24ème édition de L’Étrange Festival, tant la proposition d’auteur que représente ce second long-métrage du scénariste de Elefante Blanco relève autant du thriller retorse que du labyrinthe-mental, en passant par le film de monstre. Meurs, Monstre, Meurs se déroule dans une région reculée de la Cordillère des Andes où le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz (Victor Lopez) est chargé de l’enquête. Les soupçons s’attardent très vite sur David (Esteban Bigliardi) dont la femme n’est autre que l’amante de Cruz. Envoyé dans un hôpital psychiatrique, David se confie sur les apparitions d’un monstre et sur une voix qui lui répète sans cesse une même phrase : « Meurs, Monstre, Meurs ».

Partant du postulat de départ d’un thriller aux mécaniques assez éculés (une série de meurtres de jeunes femmes dans un milieu rural avec un rituel reposant sur une figure imaginaire), le long-métrage d’Alejandro Fadel bascule rapidement vers le film mental où les décors ruraux et naturels deviennent le terrain des projections mentales de son personnage, à l’image des trois montagnes formant un « M » dont la forme géométrique devient une obsession pour le personnage de l’officier Cruz. L’enquête vacille très vite vers le conte horrifique, à l’image de The Strangers de Na Hong-jin, dont l’intrigue policière basculait vers le film d’horreur. Le film d’Alejandro Fadel bascule vers le film de monstre, une créature aux vertus métaphorique qui aborde la question de la figure du mal, de la pulsion noir de l’homme liée à la sexualité. Le monstre prend des airs de créature Lovecraftienne, se dévoilant au fur à mesure du long-métrage comme une créature tentaculaire. Une imagerie morbide qui relève plus de l’apparition mentale. Le cinéaste plonge dans l’inconscient de ses personnages masculins, interrogeant le mal intérieur qui les rongent, les peurs qui les habitent.

Meurs, Monstre, Meurs finit par délaisser son intrigue pour basculer complètement dans la métaphore mentale et labyrinthique. La dernière demi-heure du film laisse plus de questions que de réponses sur les interrogations existentielles du cinéaste. Mais le long-métrage continue de hanter les esprits par son atmosphère retorse, pesante, porté par un travail sur la lumière exemplaire. La photographie de Julian Apetzteguia et Manuel Rebella retranscrit à merveille cette distorsion du réel, où la sortie d’un tunnel devient lointaine par un traveling compensé, ou lorsque la lumière d’un fumigène rouge dans la nuit révèle la forme d’un monstre intérieur tapis dans l’ombre de l’inconscient. Meurs, Monstre, Meurs hypnotise par sa forme visuelle et son travail sonore, se rapprochant plus de l’expérience sensorielle, plus proche du cinéma expérimental au fur à mesure qu’il s’éloigne de sa narration linéaire pour devenir un récit lynchien dans sa forme labyrinthique.

Hypnotique, labyrinthique, le film d’Alejandro Fadel questionne la figure du mal, sans pour autant nous donner toutes les réponses aux interrogations tournant autour du monstre intérieur qui réside dans les entrailles de l’homme. C’est ce qui fait toute l’étrangeté de cette pure descente aux enfers. Meurs, Monstre, Meurs est une odyssée labyrinthique et hypnotique qui ne laisse pas de marbre.

Ce film est interdit aux moins de 12 ans.

« Meurs, Monstre, Meurs est une odyssée labyrinthique et hypnotique qui ne laisse pas de marbre. »


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