Matthias & Maxime, pour (re)tomber en amour de Xavier Dolan


Synopsis : « Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Un film très joli. Un film mignon. Un film romantique. Un film touchant. On pourrait arrêter là et conclure cette critique. Cependant, il faut aller un peu plus loin. Pour sa deuxième réalisation en un an, Xavier Dolan montre un visage apaisé et propose deux œuvres comme l’alpha et l’omega de son cinéma. D’un côté, Ma vie avec John F. Donovan, film d’un homme apaisé après des années de recherche et de confrontation faisant la synthèse de son cinéma et de l’autre Matthias & Maxime, une comédie romantique et amicale lumineuse, comme l’ouverture d’un nouveau chapitre de son cinéma.

Après l’aventure américaine plutôt amère, Xavier Dolan a voulu retrouver le chemin de ses débuts, un film avec des amis. Une sorte de mise au point sur sa carrière et sur sa vie juste avant de changer de dizaine et de passer à la trentaine. Sur un scénario simple, l’histoire d’un pari stupide qui va tout changer, Xavier Dolan brosse le portrait d’une génération coincée entre une obligation de suivre la norme et l’envie de pouvoir enfin respirer, vivre sans être enfermée. Cette sensation est vécue par Maxime que joue avec une troublante justesse le réalisateur. Pour se sortir de la prison où il s’est enfermé avec une mère dépressive, ingérable, dépensière et folle, il décide de partir pour l’Australie. Partir en laissant tout derrière…

Alors pour leurs derniers moments ensemble, la bande de potes, “le gang” comme on dit au Canada (d’ailleurs les sous-titres sont par moment indispensables), se retrouve dans le chalet de Rivette (hilarant Pier-Luc Funk). Seul hic, les garçons ne seront pas seuls car la sœur de Rivette est présente. Étudiante en cinéma, elle doit réaliser un film pour lequel elle a besoin de deux acteurs qui vont s’embrasser. Un baiser anodin, un baiser de cinéma, un baiser d’acteurs… mais le baiser à l’origine d’une remise en question pour Maxime et surtout Matthias. Enfermé dans sa vie de petit bureaucrate avec la petite amie parfaite, le parcours tout tracé, Matthias ne semble pas aussi sûr de ce qu’il souhaite pour les prochaines années à venir. Et ce baiser va tout changer, va le bouleverser plus que de raison. Gabriel d’Almeida Freitas est une véritable révélation : tour à tour perdu, heureux, amoureux, paumé et déterminé.

Après cette scène d’ailleurs, Xavier Dolan utilise la symbolique du nageur seul contre l’adversité perdu dans le lac et tentant de retrouver le chemin de la maison. Une scène sublimée par l’eau et la pesanteur du petit matin qui se lève sur le corps d’un homme perdu, essoufflé qui n’a qu’une seule réponse à offrir à ses amis quand il rentre enfin au bercail : “Je me suis perdu !”

En s’appuyant sur le ressort des opposés s’attirent, le réalisateur propose une comédie romantique imparable. D’un côté Matthias, beau, chanceux et au succès insolent, fait face à Maxime, marqué par une tâche de naissance, sous le joug d’une mère dysfonctionnelle qui le délaisse. Entre ces deux amis, il y a une complicité, une amitié sincère et véritable. Ces moments sont fugaces mais réels et bien plus forts que toutes les preuves ou gestes de tendresse qu’ils pourraient se donner. Quand ils apprennent la scène de baiser qu’ils devront jouer alors qu’ils font la vaisselle, nous montre à quel point ces deux-là sont faits l’un pour l’autre. Dans un plan vertical digne d’une story Instagram, rien ne semble exister autour d’eux. Mais ce moment d’intimité s’efface d’un seul coup avec la découverte du baiser qu’ils devront échanger devant la caméra. À ce moment, tout le monde est présent, mais seul le spectateur est témoin de leur trouble.

De l’humour, du romantisme, une dose de tension et une seule scène d’engueulade, le réalisateur québécois poursuit son introspection vers un cinéma plus serein où le calme permet la réflexion. Les moments de folie ne viennent pas des passages tendus mais bien des autres scènes où les répliques drôles fusent à tout moment : des rires omniprésents pour mieux nous intégrer à cette bande de potes. Au fil d’une narration qui amène le spectateur vers le départ de Maxime, l’histoire offre des dialogues savoureux et efficaces. Lancés par des personnages de cinéma tout droit sortie des sitcoms des années 2000 pour la bande d’amis ou des années 1980 pour leurs mères respectives, on remarque surtout l’absence de figure paternelle. Cette absence prend tout son sens avec la conclusion du film, la raison expliquant pourquoi Maxime ne reçoit pas sa lettre de recommandation du père de Matthias… alors il y a bien le patron de ce dernier, mais il est plus l’homme d’un autre temps, d’une époque révolue, qu’une véritable figure paternelle.

Mais est-ce important ? Non. Le baiser est le point d’ancrage de tout le film. Il est attendu, observé et épié. Il est la base du trouble, de la remise en question et surtout celle d’une universalité. Bien entendu ce sont deux garçons qui s’embrassent, Xavier Dolan n’ayant jamais caché son homosexualité, mais ici, ce trouble amoureux est universel. Il n’a pas de sexe comme l’explique la jeune sœur de Rivette, dans son américain polluant sans cesse ses phrases françaises. Elle explique clairement que la génération actuelle n’a plus rien affaire du genre… au contraire de celle de Matthias & Maxime qui se pose encore la question de la norme. Aussi, même si ce sont deux hommes qui s’embrassent, leurs sentiments parleront à tout le monde car il sont simples, purs et beaux. Le trouble que vit Matthias pour Maxime n’est pas tant lié au fait que son ami soit un homme mais bien plus au fait que ce baiser l’oblige à la question : “Ne me suis-je pas perdu pendant toutes ces années ?”

Rythmé par de morceaux musicaux adéquats et bercé par la partition de Jean-Michel Blais, Matthias et Maxime est un film très joli, très simple, très beau, romantique et désarmant grâce à son casting à la fois drôle et touchant. On rêve même d’appartenir à cette bande d’amis pour surtout protéger le fameux Matthias porté avec candeur, douceur, détresse et émotion par la révélation du film, Gabriel d’Almeida Freitas. Et si au final, on tombe en amour avec l’histoire et les personnages, on ressort surtout ému de la salle, touché en plein cœur par une conclusion qui barre le visage d’un sourire de satisfaction… un peu niais mais tellement agréable.


« Matthias et Maxime est un film très joli, très simple, très beau, romantique et désarmant grâce à son casting à la fois drôle et touchant. »


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