Mary Queen of Scots, portrait de la femme au travers d’une oeuvre brillante



Synopsis : « Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire. »

Il y a quelques jours à peine, les regards de millions de cinéphiles et amateurs de cinéma étaient rivés sur le Dolby Theater de Los Angeles. Il était question de célébrer le cinéma par le prisme de quelques œuvres triées sur le volet par la fameuse “Académie”. Green Book, Bohemian Rhapsody, Roma ou encore Black Panther. Des œuvres cinématographiques qui divisent, mais qui se soir là étaient sensés être la représentation même d’un cinéma, majoritairement américain, de grande qualité. S’il y a débat sur la qualité même de certains des films cités, il est un fait que ces cérémonies ne représentent en rien le cinéma dans sa pluralité et sa diversité. Nombreuses sont les œuvres à peine citées et aucunement mises en avant lors de cette cérémonie, alors qu’elles avaient bien plus la place que certaines. Merci le pouvoir, l’argent et le lobbying. Beaucoup de titres vous viennent en tête, beaucoup de titres nous viennent en tête, mais là maintenant c’est avant tout et pour tout un titre qui nous reste en mémoire. Une oeuvre parue en décembre 2018 en Amérique du Nord, avant d’atteindre les salles de cinéma françaises dès le 27 février 2019. Il avait tout pour être salué par les grandes instances hollywoodiennes. Un tout qui aurait penché en la faveur de ces mêmes instances, mais il faut croire que son flop au box-office américain lui aura été fatal et concrètement, plus important que ses qualités intrinsèques et ce qu’il a le panache de mettre en lumière.

Biopic des biopics, Mary Queen of Scots traite du destin de la jeune Marie Stuart de son retour en Écosse suite au décès de son époux le Roi de France jusqu’à ce qu’un accord ou une décision soit statuée entre Marie Stuart et la reine Élisabeth Iʳᵉ. Contrairement aux films inspirés de faits ou de personnages réels qui nous ont intéressés ces derniers temps, Mary Queen of Scots fait le pari du retour à un storytelling conventionnel. Une narration linéaire, pas de flashback ou de flashforward, ni d’aspect métatextuel cherchant au film de sortir du carcan formé par tous les films basés sur des personnages et faits réels parus. Une volonté audacieuse, mais payante à partir du moment où la manière d’écrire le permet. Payante à partir du moment où le scénario ne se contente pas de retracer la vie d’une figure qui a marqué l’histoire, mais cherche bel et bien à raconter une histoire tout en mettant en scène ces mêmes figures historiques. Si Marie Stuart est centrale au récit écrit par le scénariste Beau Willimon, elle n’est pas seule à bord du navire. Elle est un personnage qui va servir à développer de réelles thématiques qui auront au fur et à mesure de l’avancée du récit une importance et un impact, autant sur l’histoire que sur le spectateur. Un spectateur qui va se rendre compte que certains questionnements qui nous préoccupent au 21e siècle étaient déjà de mise au 16e siècle. Époque qui nous semble révolue, mais qui nous est en réalité bien trop familière.

Mary Queen of Scots est une oeuvre romanesque qui s’appuie sur une majorité de faits afin de mettre en lumières des maux qui ronges encore et toujours notre société. Grâce à deux personnages principaux diamétralement opposés (nommées à raison “les sœurs ennemis”) le film va développer leurs points de vues respectifs vis-à-vis du pouvoir et lors de prises de décisions afin de montrer et d’expliciter par les actes et le dialogue le caractère de chacune de ces deux femmes de pouvoir. Comment régner lorsqu’on est une femme dans un monde d’homme ? Mary Queen of Scots dresse de manière fascinante le portrait de deux femmes aux poignes de fer. Deux femmes (remarquablement incarnées par les actrices Margot Robbie et Saoirse Ronan) qui se livrent bataille afin de démontrer ce dont elles sont capables. Deux femmes de caractère, mais qui au-delà d’être simplement caractériel, sont décrites comme des personnages dotés de raisons. Si elles agissent, à tors comme à raison tel que n’importe quelle personne le ferait suivant le contexte, elles prennent le temps de réfléchir aux actes commis. Des personnages non manichéens, car paraissant humains et naturels. Intelligentes, mais aussi orgueilleuses et têtues, mais surtout raisonnées, robustes et d’une force mentale incroyable, Marie Stuart et Élisabeth Iʳᵉ impressionnent grâce à une complémentarité dont elles ne se doutaient pas, mais qu’elles vont découvrir par le prisme de lettres échangées.

Un échange de lettre qui va être facteur de prises de conscience, de changement de position, ainsi que d’une complicité dans l’adversité. Plus qu’un simple engrenage permettant au récit d’avancer et aux personnages d’évoluer au fil des actes vécus par l’une comme par l’autre, c’est véritablement cet élément qui permet à la narration de passer de manière fluide et logique d’un point de vue à l’autre. Véritable ping-pong verbal imagé, mis en scène grâce à cette toute petite idée, mais d’une grande nécessité. Idée qui est un fait historique et non une invention pour le bien du film. Si quelques éléments, et notamment la séquence finale, ne sont que purs éléments de fiction écrits et mis en scène afin de nourrir l’histoire du film, il est finalement important de signaler que Mary Queen of Scots se base sur bien plus de faits ayant concrètement existé, que d’éléments de fiction. Le réel et la fiction se marient parfaitement offrant aux éléments réels une importance considérable. S’il est un biopic historique classique dans l’âme, dans les faits, il n’en est rien notamment grâce à ses protagonistes. Raconter l’histoire de Marie Stuart permet au scénariste de s’aventurer sur le terrain du portrait d’une jeune femme de pouvoir. Elle a du pouvoir, elle doit être respectée et possède le caractère pour, mais c’est finalement grâce au franchissement des obstacles que la vie met sur son chemin, qu’elle forge se caractère dont on parle tant, essence du récit. La fécondité, le viol, l’adultère, les menstruations, l’amour et l’envie de relations tant charnelles que passionnelles. Tout y est question, montré frontalement sans pudeur ni utilisation incongrue du hors champ afin de s’en servir pour renforcer le personnage principal et non pour la fragiliser. Dresser le portrait d’une jeune femme de pouvoir du 16e siècle pour fondamentalement dresser le portrait d’une jeune femme quelque soit son siècle d’existence.

Mary Queen of Scots c’est un scénario superbement écrit, porté par des personnages féminins forts et aux caractères forgés par les obstacles mis sur leurs chemins en tant que femmes, mais pas uniquement. Mais c’est également un film à la mise en scène élégante et à la réalisation aussi forte que brutale, car très certainement établis au travers du regard d’une femme. Ne jamais dénigrer, mais toujours magnifier quelque soit le personnage et ce qu’il a décidé de faire. Josie Rourke soigne ses cadres, ses compositions de cadre et choisit judicieusement la distance afin de décupler la puissance des actes réalisés. C’est visuellement fort et artistiquement brillant. Extérieur comme intérieur, chaque plan est d’une beauté folle. De la gestion des éclairages intra comme extra à la diégèse, aux costumes en passant par les maquillages et coiffures. Rien n’est laissé pour compte et tout est mis en place afin que le spectateur puisse croire en cette histoire et puisse s’attacher aux personnages en plus du visionnement de plans tous plus beaux les uns que les autres. Mary Queen of Scots est une oeuvre complète, un coup de cœur qui ne laisse pas indifférent. Ses personnages nous hantent, l’on aimerait voir davantage de beaux personnages féminins tels que ceux-ci, sa musique nous accompagne et ses images nous habitent depuis plus d’un mois maintenant.


« Des musiques orchestrales galvanisantes, une direction de la photographie prodigieuse, un travail épatant sur les costumes et le maquillage… et que dire de Saoirse Ronan. Magnétique, touchante, ferme… en un regard. »


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