Marvel’s The Punisher: Notre Avis sur la Nouvelle Série Netflix

Synopsis : “Après s’être vengé de ceux responsables de la mort de sa femme et de ses enfants, Frank Castle décèle un complot qui va bien plus loin que le milieu des criminels newyorkais. Désormais connu à travers toute la ville comme The Punisher, il doit découvrir la vérité sur les injustices qui l’entourent et touchent bien plus que sa seule famille.”

Après une première adaptation en 1989 avec le film sobrement titré Punisher, avec dans le rôle-titre Dolph Lundgren, Frank Castle a fait son retour en 2004 puis en 2008 dans les films The Punisher et The Punisher : War Zone sous les traits respectifs de Thomas Jane puis de Ray Stevenson. Qui est véritablement Frank Castle ? Difficile d’associer un visage du monde du cinéma, à ce personnage issu au préalable du monde de la bande dessinée, lorsque les acteurs lâchent, ou, sont poussés à lâcher le rôle par les hauts responsables. Depuis le lancement du Marvel Cinematic Universe en 2008 (avec le film Iron Man NDLR), il est pour le spectateur, plus facile d’associer un acteur à un personnage. L’acteur signant un contrat pour interpréter à une ou plusieurs reprises le personnage en question. Là est l’une des grandes qualités de ce Marvel Cinematic Universe. Depuis 2016, et la sortie de la seconde saison de la série Daredevil, c’est à l’acteur américain Jon Bernathal qu’est revenu le privilège d’offrir un renouveau au personnage du Punisher. Faut-il encore que le personnage soit traité avec respect et non comme un personnage lambda simplement rapporté au cinéma ou à la télévision afin de s’en servir comme moyen promotionnel. Il suffit de voir Iron Fist ou Luke Cage pour comprendre que ces derniers n’ont pas été adaptés parce qu’intéressants à traiter sur le plan cinématographique, mais bel et bien, parce qu’intéressants sur le long terme afin d’aboutir à une série réunion avec également Daredevil et Jessica Jones, nommée : The Defenders.

Personnage secondaire, mais déjà traité et contextualisé, dans la saison 2 de la série Daredevil, The Punisher est cette fois au centre de l’attention et requiert toute votre attention. Si le Marvel Cinematic Universe réussit tant bien que mal à se renouveler au travers d’œuvres plus débridées et de parti pris qui divergent, la recette Marvel reste fondamentalement la même depuis 2008. Les personnages, même si longuement développés afin de provoquer un attachement entre ce dernier et le spectateur, s’avèrent psychologiquement sereins, confiants et sur une même longueur d’onde. Ils passent par différents stades, vont être perturbés par des changements et des révélations, mais ne seront jamais remis en cause au point de les pousser à réaliser des actions aux conséquences drastiques. Actions allant jusqu’à leur propre mort, voire celles d’autres. La question de la peur, de la mort et du stress n’est que rarement présent au sein des productions Marvel. Pour cela il faut se tourner vers Netflix et vers les séries télévisées. Daredevil prenait cette tangente, une tangente plus psychologique, malgré un personnage dont la valeur principale est de mettre sur un pied d’égalité chaque homme et femme. Un recourt à la justice et au jugement aussi impartial qu’équitable que ne conçoit pas Frank Castle. Au-delà de Captain America et de sa stature de représentant iconique du soldat américain, Frank Castle est certainement le plus américain des anti-héros modernes. Un anti-héros torturé, psychologiquement anéanti et prêt à tout pour obtenir satisfaction puisque n’ayant peur de rien et surtout pas de la mort.

On le sait en quête de vengeance, mais au-delà de cette vengeance, qu’est celle de sa famille décimée (volontairement ou non, suivant les adaptations et ce que vous regardez ou lisez), se cache un personnage hautement cinématographique. Producteur et scénariste de plusieurs séries à succès ou non (dernièrement Hannibal ou encore Narcos), Steve Lightfoot s’empare du personnage créé par Gerry ConwayRoss Andru et John Romita, dans le but de conter son histoire. Conter l’histoire de cet américain (américain type qui avait une belle maison, une famille modèle, a tout donné pour son pays et adore le Boss: Bruce Springsteen), de ce vétéran de guerre qui a vécu pour sa patrie, mais s’est retrouvé brisé et séparé de ceux qu’il aimait du jour au lendemain. Un personnage dont le background n’aura jamais eu autant d’échos avec l’actualité et avec la représentation des Etats-Unis que fait le cinéma américain depuis le début des années 2000. Même si ré-écrit de manière à ce que ce nouveau show puisse trouver un échos avec la représentation moderne du soldat américain revenant du front, tenir la longueur et puisse remplir un certain cahier des charges (celui des séries Marvel Netflix), Steve Lightfoot n’a aucunement entaché l’esprit du Punisher. Bien au contraire, le Punisher n’a jamais autant incarné l’esprit de vengeance et de justice personnelle qu’au travers de cette série produite par la plateforme Netflix. Psychologiquement détruit, Frank Castle va être intéressant à suivre puisque représenté comme un être, non seulement en quête de vengeance, mais également à la recherche de sa part d’humanité qu’il ne pensait ou ne voulait, jamais revoir. Faire la part belle à l’humain qui se cache derrière cette bête blessée, impartiale, indomptable et incontrôlable. Un personnage aussi intéressant, que remarquablement incarné par un Jon Berthal habité et brutal, aussi effrayant qu’attachant.

Même si manichéen, ponctué et relancé par des rebondissements prévisibles puisque faisant parti d’un tout scénaristique bâti sur les restes des précédentes séries Netflix (Jessica Jones en tête) afin de ne pas perturber le spectateur habitué à ces mêmes séries, The Punisher tient la dragée haute et le spectateur en haleine grâce à ses personnages. Primaires comme secondaires, ils sont bien caractérisés et employés afin d’avoir un véritable intérêt dans l’avancement de l’histoire. Parmi les nouveaux personnages secondaires, on retiendra essentiellement Curtis Hoyle, joliment amorcé et utilisé pour faire avancer le récit avec fluidité sur les dix premiers épisodes, ainsi que David Lieberman et sa famille. Ces derniers sont intéressants et bien incarnés, même si fondamentalement utiles dans le simple et unique but de faire évoluer le protagoniste de l’histoire. Ils ajoutent cependant une dose d’humanité et d’émotion nécessaire au personnage et au show de manière générale. Il n’y a absolument aucune surprise dans leurs prises de conscience respectives et reposent tous sur des archétypes déjà connus, mais le scénario ne s’en cache pas, donnant de ce fait plus d’importance aux questionnements auxquels ils font tous et toutes plus ou moins face. La peur, la déshumanisation, la solitude, la confiance envers l’autre… Des thématiques fortes, incontestablement humaines et qui amènent vers un élément clé : la violence. Il serait possible d’épiloguer des heures durant, de faire un mémoire, ainsi qu’une thèse sur la représentation et l’utilisation de la violence au cinéma. Dans le cas d’une oeuvre comme celle de l’adaptation cinématographique de la licence The Punisher, cette question est essentielle. Si essentielle, que le showrunner de la série Steve Lightfoot y a travaillé en amont afin de faire de la violence un élément à part entière du show.

Pleinement ancrée dans notre réalité, la série questionne notamment sur l’utilisation des armes à feu et la nécessité ou non d’interdire le port et l’utilisation de ces dernières sur le territoire américain. La violence est donc questionnée dans la série The Punisher. La violence y est également psychologique par le biais de personnages traumatisés, mais également physique. The Punisher est incontestablement une série violente, pour ne pas dire: la série Marvel la plus violente. Si les scènes d’action et de torture se font légères dans les neuf premiers épisodes, le protagoniste y va de cœur joie dans les quatre derniers. Déshumanisé et sans volonté de retour, la violence est pour Frank Castle, sa forme de représentation de la justice. La violence est ici présente sous sa forme la plus barbare, mais elle n’est pas pour autant gratuite ou dénuée de sens. Elle fait partie intégrante d’un personnage qui se cherche et qui va, par moment, douter. Douter sur l’utilisation même de cette violence peu pédagogue, elle-même remise en question par des personnages secondaires plus humains qui vont chercher à raisonner le protagoniste et à lui faire gagner de nouveau cette part d’humanité dont il ne veut plus. La violence représente la part animale de Frank Castle. Elle peut-être barbare, brutale, viscérale et sans concession, mais également raisonnée et modérée, à l’image du personnage. Elle fait partie de lui.

Sans être un modèle technique, The Punisher est une série maîtrisée, tant sur le plan technique, qu’esthétique. Joliment réalisée (présence de mouvements de caméra uniquement lorsque cela est nécessaire) et subtilement éclairée sans pour autant titiller la rétine à chaque instant. On remarquera tout de même l’utilisation d’une dualité complémentaire colorimétrique, entre le jaune et le bleu, entre la glace et le feu à l’image d’un protagoniste intérieurement tiraillé entre deux sensations. Même si rarement éblouissante, la série surprend agréablement par une certaine volonté de concession dans le nombre de plans, poussant au travail plus élaboré de chacun d’entre eux. Les plans sont beaux, agréable à l’œil et par moment parlant grâce à un cadrage et une mise en scène signifiante. Rien de transcendant, mais suffisant afin de conserver l’attention du spectateur, et ce, qu’il soit attentif au moindre détail ou simple spectateur à la recherche d’un bon divertissement.

Après une arrivée triomphale avec Daredevil, les séries Marvel Netflix commençaient à tourner de l’œil. La série The Punisher vient remettre les compteurs à zéro et dévoile une première saison de belle qualité. Quelques longueurs, des rebondissements prévisibles et un scénario sans surprises de manière plus générale, mais elle n’en demeure pas moins aussi viscérale que divertissante et intéressante dans ses questionnements. The Punisher questionne la psychologie humaine par le biais d’un protagoniste aussi effrayant qu’attachant, totalement déshumanisé et dont le seul élément libérateur est de faire justice par la violence. La mise en scène est fonctionnelle, mais suffisante afin de permettre aux personnages d’avoir une certaine présence à l’image et de laisser le récit découler, tout en offrant notamment à Frank Castle l’iconisation escomptée aux moments opportuns. Frank Castle est de retour, et ce retour risque bien de marquer les esprits, sans pour autant marquer le média.

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