Marseille (Critique | Saison 1) réalisée par Florent Siri et Thomas Gilou

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Synopsis : “Robert Taro est maire de Marseille depuis 25 ans. Les prochaines élections municipales vont l’opposer à l’homme qu’il avait choisi pour lui succéder, un jeune loup aux dents longues. Les deux candidats vont se livrer un combat sans merci au terme duquel un seul sortira vainqueur. Une lutte au couteau s’engage, tournant autour de la vengeance et animée par les barons de la drogue, les politiciens, les syndicats et les acteurs politiques de la ville.”

The X-Files, Les SopranosChapeau Melon et Bottes de Cuir, Les Mystères de L’OuestAu Nom de la Loi et j’en passe des meilleures et encore plus emblématiques. Vous l’aurez compris, les séries ont toujours fait partie intégrante de la vie de la télévision. Et ce, depuis sa création. Alors qu’à une certaine époque l’on faisait avec aisance la séparation entre les productions faites pour la télévision et les productions faites pour le cinéma, ce n’est aujourd’hui plus le cas. Le monde des séries télé fait aujourd’hui parti de la vie quotidienne de tout à chacun et ces dernières ont un public beaucoup plus large qu’auparavant. Game of Thrones, Mad Men, Breaking Bad ou encore The Walking Dead. Des séries qui réunissaient et réunissent encore pour certaines, des dizaines de millions de spectateurs au travers le monde. La série télévisée devient un bon moyen pour un acteur de se faire connaître ou bien au contraire de s’essayer à autre chose, à un nouveau format. True Detective et ses castings cinq étoiles nous le prouvent par exemple. Alors qu’aux États-Unis, les séries télévisées cartonnent et réussissent aisément à s’exporter, ce n’est pas la même limonade concernant les séries françaises. Bien connu pour nos séries d’ordres comiques ou dramatiques, l’on ne sait pour le moment pas comment bien produire une série télévisée. Canal Plus le fait cependant très bien, contrairement à d’autres chaînes privées ou publiques. Le Bureau des Légendes, Braquo, Borgia, Tunnel ou encore Les Revenants qui a eu droit à son adaptation américaine. Canal Plus représente la France en terme de séries télévisées de qualité, mais la chaîne n’a malheureusement pas réussi à franchir un cap. Celui de la Vidéo à la Demande et du Service payant permettant aux spectateurs de voir leurs films et vidéos favoris. Canal Play s’est avéré être un joli naufrage, permettant à Netflix de s’engouffrer dans la brèche. Netflix est maintenant international. Un service qui a mis le monde à ses pieds et qui domine exemplairement le marché. Voici donc la première production Netflix France : Marseille.

Depuis quelques années et notamment House of Cards, Orange is the New Black ou encore dernièrement les séries Marvel: Daredevil et Jessica Jones, Netflix a prouvé qu’ils étaient des producteurs hors pairs. Ils ont les moyens, mais plus encore, ils ont une volonté indéniable qui est celle de dominer le marché en proposant aux spectateurs ce qu’ils veulent. Leur catalogue s’étoffe de jour en jour et propose du contenu toujours plus intéressant, ne serait-ce que dans le domaine du documentaire. Même si certaines séries ont été moins acclamées que d’autres, Marco Polo et Bloodlines en tête, leurs productions ont toujours eu un cran d’avance. Cette fois, il semble bien que ce qui ressemblait à un sans fautes vient de s’achever. Première création originale française pour Netflix et premier naufrage au large d’une ville dont on peine à redorer le blason. Marseille, ville et personnage central d’une série télévisée conçue comme un film de six heures. D’après le Showrunner de la série, Florent Siri, les Américains de chez Netflix l’on contacté afin de mettre en scène un scénario et d’en faire un véritable long métrage. Faire de ce scénario non pas une série télévisée, mais un film de six heures. Il est vrai que la série se regarde facilement en “binge-watching”. On bouffe de l’épisode, huit au total dont les durées varient entre 35 et 45 minutes, mais qu’en retient-on au final ? On en retient une série vendue comme le House of Cards à la française, mais qui en réalité n’est rien d’autre qu’un Plus Belle La Vie bien produit et au casting digne d’une belle production cinématographique.

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Marseille se veut être une série politique, contant l’affrontement entre le maire de la cité phocéenne interprété par Gérard Depardieu et celui qui va passer du statut de protégé à celui d’opposant direct, interprété par Benoît Magimel. Un affrontement qui a bel et bien lieu. Un affrontement politique, mais dont les rouages et retombées vont s’avérés être avant tout familiales. Marseille, ou comme on pourrait la renommée : le Dallas des années 2010. La politique ne sera que très peu au cœur du récit, contrairement aux affaires d’ordres privées. Une succession de querelles amoureuses et familiales qui vont venir incrémenter et donner du corps à cet affrontement. Écrit par Dan Franck, le scénario de cette série rassemble à peu de choses prêts, tous les éléments qu’il ne faut à l’heure actuelle, plus utiliser que ce soit au cinéma ou à la télévision. Que ce soit en terme de narration (voix off irritantes qui ne fait que dire de nouveau ce que le spectateur sait déjà ou peu deviner par l’image), de ressorts scénaristiques (les différents rebondissements qui doivent créer la surprise et relancer l’envie du spectateur afin qu’il ait envie de voir la suite), mais également de caractérisation des personnages ou de dialogues. Des dialogues d’une pauvreté abyssale, qui en plus de paraître totalement faux, n’ont absolument aucun sens. La subtilité n’existe pas dans la cité phocéenne qui nous est décrite et ce n’est pas la direction d’acteur qui va permettre au scénario de gagner en subtilité et en profondeur. Les personnages vont et viennent, se croisent avant de se perdre de vu puis de se retrouver. Ils s’amourachent avant de se détester puis de finir dans le même lit, puisque oui il ne faut pas oublier que le terme “sexe” est devenu le synonyme le plus proche du terme “pouvoir”.

Pour avoir quelque chose et gagner le pouvoir, il faut dompter sexuellement celui ou celle que l’on souhaite dominer. Là est toute la résonance du scénario de cette série, là est toute la subtilité scénaristique de Marseille. De l’acte sexuel né le pouvoir et non pas le contraire. Caricaturaux au possible, que ce soit dans leurs caractérisations ou dans les dialogues qui leurs ont été affublés, les personnages qui font vivre cette série ne sont que des corps et des gueules. Des corps féminins, des corps agréables à regarder et qui ne sont qu’uniquement montrés de la sorte, ainsi que des gueules masculines, des gueules burinées qui pour faire peur doivent froncer les sourcils. En plus de réduire la politique uniquement à de la corruption par le sexe et la violence, Marseille est une série qui se permet de faire de la femme un véritable objet sexuelle. Les personnages féminins ne sortent à aucun moment de se carcan nauséabond et indescriptible. Elles n’ont aucun caractère et dès qu’un personnage féminin semble vouloir s’émanciper et prouver qu’elle n’est pas qu’un corps, le scénario la rattrape afin qu’elle plonge à corps perdu dans le lit d’un nouveau personnage masculin.

Marseille est une série très mal écrite, disposant environ d’une quarantaine d’années de retard, mais elle n’est pas une purge indescriptible pour autant. Subsistent bel et bien quelques qualités au cœur de ce naufrage qui ferait passer le Titanic pour une jolie petite embarcation à moteur. Des qualités notamment visuelles. Majoritairement filmé en plans serrés (italiens au maximum), plans beaucoup trop proches des personnages ne laissant aucune respiration mis à part lors des plans de coupe, Florent Siri et Thomas Gilou se permettent par moment quelques jolies fulgurances. Des cadres soignés et des axes de caméras soigneusement établis afin de donner du sens à l’image. Visuellement assez soignée, la série en oublie tout de même complètement le hors champ, choisissant de montrer chacune des actions par le biais d’un montage dynamique. À noter également les, beaucoup trop nombreux plans de coupe sur la ville de Marseille qui ont un véritable intérêt : celui de montrer une ville qui bascule. L’effet visuel est réussi et possède un sens indéniable, sauf qu’au bout de huit épisodes et d’une cinquantaine de plans de ce type, le spectateur veut autre chose. De bonnes idées donc, mais qui paraissent minimaliste au travers de ce projet foncièrement raté.


En Conclusion :

Depuis le lancement du service et l’avènement de leurs productions originales, Netfix n’avait jamais déçu. L’arrivée de la première production française sur la plate-forme ne pouvait être qu’un grand moment. Une grande attente qui c’est achevée en cruelle désillusion. Attrayante et intéressante sur le papier grâce à son sujet et aux différents noms présents au générique, Marseille n’est finalement qu’une série française qui représentera mal la France et sa créativité à l’international. Intéressant sur le papier, Marseille est une série mal écrite, dont le scénario ne va à aucun moment chercher à en faire une série politique. Se contentant d’enfiler les clichés les uns après les autres au cœur d’un récit qui n’a absolument aucun sens ni intérêt, le scénario gâche l’intégralité du potentiel de la série. Un potentiel indéniable et qui va venir titiller le spectateur lorsque le scénario va venir effleurer son contexte politique, délaissant pendant une trentaine de minutes (sur six heures de programme) sa dramaturgie shakespearienne à l’eau de rose. Mal écrit, mal mis en scène au point que les acteurs principaux semblent totalement en roue libre sans savoir que faire avec leurs personnages respectifs, Marseille reste néanmoins une série bien produite (merci le budget Netflix) et réalisée. Quelques fulgurances techniques vont venir emballer le produit afin qu’il paraisse beau et peaufiné aux yeux du public. Ce ne sont que quelques fulgurances et petits détails au cœur d’une série qui ne mériterait rien de plus qu’une seconde partie de soirée sur la première chaîne européenne.

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