Marie Madeleine réalisé par Garth Davis [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : “Marie Madeleine est un portrait authentique et humaniste de l’un des personnages religieux les plus énigmatiques et incompris de l’histoire. Ce biopic biblique raconte l’histoire de Marie, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

On ne compte plus à l’heure actuelle les nombreuses relectures au cinéma de la bible et du chemin de croix parcouru par le christ, à l’image notamment du douloureux La passion du christ de Mel Gibson qui pouvait questionner sur sa manière de représenter de manière aussi réaliste la martyrisation du corps en retraçant les derniers jours de la figure chrétienne. Cette nouvelle adaptation du mythe s’annonçait d’avance comme une énième relecture sans grand intérêt, porté par le cinéaste Garth Davis à qui l’on doit Lion, nommé à la Cérémonie des Oscars 2017.

“Un chemin de croix au rythme lent et contemplatif, parfois trop, mais superbement interprété.”


Le film Marie Madeleine se différencie des précédentes adaptations par son point de vue féminin que le film illustre dès son ouverture par la condition de son personnage au sein d’une famille et d’une communauté, promise à un mariage forcé. La jeune femme rejette cette idée en se pensant destiner à quelque chose de plus grand, se vouant jour et nuit à la prière et à la foi. Garth Davis fait de sa Marie Madeleine un personnage féminin fragile et complexe, cherchant sa place au sein d’une communauté à une époque où la condition des femmes n’est reconnu que pour donner naissance, et cela sonne vrai dans cette reconstitution de l’époque qui peut paraître aux premiers abords assez caricatural. Mais c’est dans cette proposition du mythe de Marie Madeleine vu d’un point de vue plus social que religieux que le film de Garth Davis se démarque. Tout d’abord, il faut saluer cette volonté du cinéaste de privilégier un casting international à l’heure où des productions Hollywoodiennes tels que Exodus : Gods and Kings réalisé par Ridley Scott ne se composent que d’acteurs issu du star-system américain. On retrouve au casting des acteurs français tels que Tahar Rahim ou encore Denis Ménochet (Jusqu’à la garde), Chiwetel Ejiofor, un casting international qui prône une certaine diversité propre au cinéma britannique, qui donne un ensemble cohérent à cette relecture du mythe biblique.

Si le film de Garth Davis ne manque pas d’injecter à l’œuvre ce qu’il faut comme dose de croyances et de foi pour que le tout reste une œuvre qui se base sur les écrits de la bible, il n’en demeure pas moins que le cinéaste fait un choix judicieux : celui de questionner cette foi, cette croyance en une divinité, représentée par un individu sur lequel une communauté se repose dans le but de recevoir une forme d’espoir à une époque où le peuple de Galilée est sous la domination romaine. Garth Davis représente cette histoire connue de tous sous une forme plus historique, politique et sociale, faisant du parcours de Jésus de Nazareth celui avant tout d’un humain suivit par une communauté qui choisit de placer sa croyance et sa confiance en ce dernier, à l’image de la Marie Madeleine interprété par une Rooney Mara fragile et au jeu subtil, aux côtés d’un Joaquin Phoenix qui semble être né pour jouer le christ, son physique actuel s’y prêtant totalement mais aussi par son jeu, également d’une grande justesse lorsqu’il s’agit de faire passer la parole divine. Si le film épouse un point de vue fascinant sur les conditions sociales de l’époque, notamment sur ceux des femmes, il n’en demeure pas moins un film sur la foi, ce qui amène son lot de dialogues sous formes de psaumes, son miracle un peu controversé à l’image de celui qui apparaît dans le récent La Prière de Cédric Kahn qui porte aussi son regard sur une communauté. Dans un contexte actuel où un personnage s’en remet à la foi pour guérir de ses blessures.

Garth Davis évite de tomber dans l’écueil du film sur la foi, trouvant un juste milieu entre la représentation du miracle et de la croyance divine et l’aspect humain, sociale et politique de son mythe, tout en cultivant une esthétique naturaliste et contemplative de l’image, porté par le lyrisme des partitions de la musique de Hildur Gudnadottir et du regretté Johann Johannsson dont la disparition ajoute à la composition un aspect presque testamentaire. Des compositions agréables à écouter, douces et légères à l’image de la caractérisation de la protagoniste, faisant contrepoint avec l’histoire brutale qui nous est racontée. Le cinéaste fait de son film une errance, un chemin de croix au rythme lent et contemplatif, parfois trop, où le cinéaste filme ses personnages, une communauté à la recherche d’un royaume, celui de la paix, une figure qui hante le film de Garth Davis au point que cette figure divine devienne une quête, autant pour les personnages que le spectateur qui est amené à se questionner sur ce à quoi ressemble ce royaume que chacun d’entre nous cherche, ce en quoi nous choisissons de croire pour garder espoir dans un monde parfois injuste, violent, une époque qui fait écho à la nôtre, nous rappelant l’aspect universelle et sociale de ce conte biblique, avant son aspect religieux. Si le Marie Madeleine de Garth Davis figure, comme on pouvait s’y attendre, comme une énième adaptation de cet épisode biblique, il n’en reste pas moins une relecture contemporaine et fascinante du mythe d’un point de vue social et humain, notamment par sa représentation de la condition de la femme qui fait écho à notre actualité, ancrant ce récit biblique, brillamment interprété, au milieu des questionnements actuels de notre époque.

Bande Originale signée Hildur Gudnadottir et Johann Johannsson, et éditée par Milan Music.

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