Manhattan Stories réalisé par Dustin Guy Defa [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “ Une journée à Manhattan. Dès le réveil, Benny, fan de vinyles collectors et de chemises bariolées n’a qu’une obsession : aller récupérer un disque rare de Charlie Parker. Mais il doit aussi gérer la déprime de son coloc Ray qui ne sait comment se racheter après avoir posté en ligne, en guise de vengeance, des photos de nu de sa copine. Pendant ce temps, Claire, chroniqueuse judiciaire débutante passe sa première journée sur le terrain aux côtés de Phil, journaliste d’investigation pour un tabloïd ayant des méthodes douteuses pour obtenir un scoop. Leur enquête va les mener jusqu’à Jimmy, un horloger qui pourrait détenir, sans le savoir, les preuves d’un meurtre. Quelques blocks plus loin, Wendy, une étudiante désabusée du monde actuel, tente de persuader sa meilleure amie Mélanie qu’idéaux féministes et désirs sexuels ne sont pas incompatibles. S’ils ne se croisent pas toujours, une connexion existe entre tous : l’énergie de New-York. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Troisième long-métrage du cinéaste Dustin Guy Defa, Manhattan Stories se déroule dans un Manhattan contemporain où le cinéaste connecte cinq histoires censées plus ou moins se chevauchées sur une même journée. La ville devient devant la caméra le lieu de rencontres d’une galerie de personnages aux ethnies différentes dont les situations sont des courts-métrages qui, selon le cinéaste, pourraient être autant de films différents, Manhattan Stories étant pour Dustin Guy Defa un exercice d’écriture passionnant où les situations sont reliées par des fils narratifs qui ont en commun le décor d’un Manhattan intemporel, figé dans le temps, filmé à la pellicule avec une esthétique vintage sur une bande originale de Jazz, une approche cinématographique qui n’est pas sans rappeler la période années 70 de Woody Allen (Manhattan, Annie Hall) ou encore les comédies chorales de Robert Altman, Dustin Guy Defa revendiquant comme inspiration le cinéaste et son film Short Cuts.

« Dustin Guy Defa capte un un Manhattan intemporel, figé dans le temps, filmé à la pellicule avec une esthétique vintage sur une bande originale de Jazz. » 

Une fois la structure singulière de Manhattan Stories installée, le film de Dustin Guy Defa devient à nos yeux un agréable objet filmique, porté par des performances d’acteurs justes, une écriture à la fois cynique et burlesque dans ses situations, avec des personnages sincères, colorés, diversifiés qui rendent compte d’une certaine homogénéité entre les situations, faisant de Manhattan une ville vivante et un décor de cinéma cohérent. Mais le film choral de Dustin Guy Defa trouve également ses limites dans son statut de film à sketches, notamment dans son esthétique vintage qui devient vite lassant. L’apparence d’un bel objet filmique nostalgique qui semble figé dans une même temporalité, avec cette bande originale composée notamment d’un morceau de Charlie Parker (un élément central à l’une des situations), aussi agréable soit-il, finit par apparaître comme une esthétique inoffensive où les cinq histoires ne s’alambiquent finalement que de loin, les situations n’étant reliées uniquement par les relations entre les personnages qui ne se rencontrent pas réellement. Les protagonistes ne font que s’effleurer de loin, ce qui paraît par moment comme un comble pour un film revendiquer par son auteur comme un film choral sur les relations amoureuses.

Mais ce qui tire le plus Manhattan Stories vers le bas, c’est son manque d’originalité et cette impression de déjà-vu qui se dégage de cette esthétique vintage dont le cinéaste semble difficilement se détaché de ses références. Les personnages de Dustin Guy Defa sont attachants, constamment en mouvements à travers leurs obsessions, leurs introspections sur eux-mêmes, ce qui en fait des personnages d’une grande richesse dans leur écriture qui n’ont rien à enviés à leurs prédécesseurs. Mais une fois passée cette écriture soignée et cette esthétique 70’s intemporelle qui font de l’œuvre un joli moment de cinéma loin d’être désagréable, Manhattan Stories finit par s’oublier une fois sortie de la salle.

Le film de Dustin Guy Defa s’avère être un bel objet, un exercice de style qui brille par la singularité de sa structure narrative sans réellement la transcender, malgré une galerie de personnages attachants et soigneusement écrits qui font de Manhattan Stories un moment de cinéma agréable, figé dans sa temporalité nostalgique, dont il serait dommage de se priver.


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