Lucky Strike, un polar coréen jouissif et ludique

Synopsis : « Un corps retrouvé sur une plage, un employé de sauna, un douanier peu scrupuleux, un prêteur sur gage et une hôtesse de bar qui n’auraient jamais dû se croiser. Mais le sort en a décidé autrement en plaçant sur leur route un sac rempli de billets, qui bouleversera leur destin. Arnaques, trahisons et meurtres : tous les coups sont permis pour qui rêve de nouveaux départs… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présent dans la sélection officielle du Festival International du Film Policier de Beaune 2020, Lucky Strike est le premier long-métrage du cinéaste sud-coréen Yong-hoon KIM, un polar précédé d’une belle réputation qui bénéficie d’une certaine visibilité en raison de sa sortie le 8 juillet, soit quelques jours après la réouverture des salles suite à la crise sanitaire causé par celui dont on ne prononce plus le nom (le COVID-19, pour ceux du fond qui ne serait pas au courant).

Lucky Strike donne à voir une galerie de personnages, tous issus de différentes classes sociales de la société coréenne. Tous plus pathétiques les uns que les autres. Dont les destins vont s’entrecroiser par le biais d’un sac rempli de billets, qui va, déclencher pour nos personnages une suite de conséquences plus violentes les unes que les autres. À coup d’arnaques, de trahisons et de meurtres. Le tout dans une narration alambiquée qui n’est pas sans rappeler le Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994), dont le style ne cesse d’être copié depuis des années sans jamais être égalé. 

Avec Lucky Strike, le cinéaste Yong-hoon Kim se place dans la filiation du cinéma de genre sud-coréen, empruntant au polar néo-noir, caractérisé par son esthétique truffée de néons, pour dépeindre le portrait social d’une société sud-coréenne en pleine décadence, où chaque personnage se transforme en monstre antipathique et sans pitié pour s’emparer du butin et s’offrir un nouveau départ, pour des raisons plus ou moins honorables.

Mais le polar que signe le jeune cinéaste en guise de premier film, se place plus dans la veine du sympathique Le Gangster, le Flic et l’Assassin (Lee Won-tae, 2019) que du révolutionnaire Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003) qui, pour sa part, réinventait le genre du polar social au début des années 2000. Ici, dans Lucky Strike, le portrait social sert plus de toile de fond à un jeu de tueries et de dupes, certes jouissif, par sa forme ludique qui invite le spectateur à assembler les pièces d’un puzzle prenant forme au fur à mesure d’un récit usant du montage alterné avec une certaine fluidité, sans jamais être confus dans sa narration. 

D’un point de vue scénaristique, Lucky Strike est fun, ludique et plutôt malin dans sa manière de disséminer des indices sur son puzzle et d’en assembler les pièces. Il retrace la trajectoire de ce sac de billets, qui passe entre les mains de nos personnages qui tombent quant-à eux, un par un sur un échiquier géant où leurs destins s’entrecroisent. Ce qui procure une certaine satisfaction chez le spectateur quand le tableau prend forme.

Mais Lucky Strike ne va pas plus loin dans son portrait de la société coréenne, ne dépassant jamais son statut de simple exercice de style, pour ne pas dire « film de petit malin ». La peinture sociale que le cinéaste dépeint en toile de fond aurait pu être plus féroce, plus satirique, surtout avec cet humour noir acerbe qui fait décrocher plus d’un sourire face aux réactions pathétiques de ces personnages de losers magnifiques, propre au genre du polar coréen, donc déjà-vu. 

Reste au final le sentiment d’avoir passé un bon moment devant un jeu de massacres savamment organisé, maîtrisé dans sa narration ludique, mais au combien superficielle. Pour un résultat finalement assez vain, tant l’ensemble tient plus de l’exercice de style que du véritable récit qui nous raconte quelque chose sur la société sud-coréenne que nous dépeint le jeune cinéaste. Une ambition mesurée pour un premier long-métrage. 


Ce film est interdit aux moins de 12 ans

« Polar coréen jouissif à défaut d’être un premier film mémorable, faute à un portrait social assez vain qui ne dépasse jamais la simple toile de fond. Sympathique mais oubliable. »

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *