Live By Night, Ben Affleck sur les traces de Martin Scorsese et de Sergio Leone ?

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Synopsis : “Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l’alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d’un peu d’ambition et d’audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l’éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d’honneur que Joe n’hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s’imposer au sein de la mafia de Tampa… “

Maintenant catalogué et simplement reconnu comme le nouveau Bruce Batman Wayne alors qu’il n’a pour le moment endossé qu’une seule fois le costume, n’oublions pas qui est réellement Ben Affleck. N’oublions pas cet acteur qui pendant des années a enchaîné les comédies romantiques et autres blockbusters américains foireux avant de reprendre sa carrière en mains. À l’image d’un Matthew McConaughey, Ben Affleck a vu sa carrière prendre un virage inattendu, au moment le plus opportun. Pour Ben Affleck ce moment a été la sortie de son premier film, et plus spécifiquement, la sortie de son second film en tant que réalisateur : The Town. Nous sommes en 2010, et à partir de ce moment, l’acteur estampillé comme beau gosse et l’un des plus “bankable” d’Hollywood, a laissé place au cinéaste. The Town. Argo. Deux grands films; deux chefs-d’œuvre comme on pourrait le dire malgré un terme joliment galvaudé par le temps et son utilisation abusive. Deux productions américaines dont il est à la fois producteur, scénariste et réalisateur. Deux films où il offre à sa personne les plus beaux rôles de sa carrière. Comme le dit le dicton : “l’on n’est jamais mieux servis que par soi-même”. Ben Affleck nous l’a prouvé par le passé et nous le prouve encore en 2017 avec son nouveau film titré : Live By Night.

Adapté du roman éponyme écrit par Dennis Lehane (qu’il adapte donc une seconde fois après Gone Baby Gone), Live By Night est une plongée humaine, non-viscérale, dans la mafia des années 20. Le cinéaste américain s’attaque pour la première fois au cinéma d’époque, au film de gangsters au travers d’une œuvre qui opte pour le point de vue d’un personnage qui s’avère être tout sauf un gangster. Au travers de son scénario, Ben Affleck choisit de ne pas traiter son protagoniste comme il aurait été bon de le faire dans ce genre de film. L’on est loin des Tony Montana et autres John Dillinger. Joe Coughlin (interprété par Ben Affleck) est un ancien soldat de la Première Guerre Mondiale; un braqueur; un homme qui n’a pas peur d’appuyer sur la gâchette dont l’humanité et la bienveillance priment sur tous les autres aspects de sa personnalité. C’est un homme bon, un homme qui n’a pas peur, mais dont la fragilité est son humanité. L’Homme, l’humanité, la fraternité, la famille…sont des thématiques qui traversent la filmographie de Ben Affleck (en tant que réalisateur, ndlr). Des thématiques encore une fois centrales à ce nouveau long-métrage qui va se placer comme un contre-pied intéressant au film de gangsters. Un personnage qui va se révéler être à l’image du film dans sa globalité, à savoir un film classieux, élégant au récit centré sur le relationnel entre les différents personnages mis en place.

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Robert Richardson (chef opérateur)/Ben Affleck (réalisateur), deux artistes fait pour s’entendre

Sergio Leone, Brian de Palma, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, James Gray… les plus grands se sont par le passé attaqués au film de gangsters. En ont résulté très fréquemment de magnifiques films, de magnifiques fresques autour d’un personnage ou d’une famille. Même si Ben Affleck n’a pas l’audace suffisante pour se hisser au niveau des cinéastes cités, il n’en demeure pas un cinéaste au talent suffisamment important pour apporter sa pierre à l’édifice. Live By Night est un thriller mafieux classieux et pas crasseux. Le scénario y dépeint un réseau mafieux important, régi par de grands pontes respectés de tous, mais l’arc narratif premier ne va pas s’intéresser à la mafia en elle-même, mais bien à cet homme souhaitant faire son business sans pour autant devenir un gangster. Somme toute : vouloir vivre le rêve américain. Ben Affleck développe un univers et aborde un large panel de sujets par le biais du prisme de la mafia. Des sujets tels que la religion, la ségrégation et la famille vont reléguer au second plan des thématiques fortes du film de gangsters, tels que la corruption et la montée hiérarchique d’un homme au travers des années. Rien de transcendent, mais un panel de sujets intéressants et bien employés, qui permettent d’enrichir l’histoire et de donner du corps au film. Live By Night ne réinvente rien par son scénario ultra-balisé, mais emporte et transporte le spectateur grâce à la richesse de son contenu, à sa maîtrise et au travail d’orfèvre réalisé sur le plan technique.

Ben Affleck impressionne par sa mise en scène et le travail minutieux opéré sur chacun des cadres, chacun des décors utilisés. La reconstitution des années 20 est parfaite et l’immersion immédiate grâce à un sens du détail inouï. Des intérieurs fourmillant de détails, aux costumes, en passant par les véhicules et en allant jusqu’aux extérieurs joliment caractérisés (même si stéréotypés à cause du genre auquel appartient ce film), chaque élément, aussi infime soit-il, permet d’enrichir le film et de permettre à l’époque de prendre vie avec force et conviction. L’immersion est immédiate et facilitée par une réalisation aérienne qui ne cherche pas l’oppression et le dynamisme. Bien au contraire, Live By Night tant allègrement vers un cinéma contemplatif, plus que vers un cinéma d’action. Le duo Robert Richardson (chef opérateur)/Ben Affleck fait preuve d’une maîtrise visuelle permettant au long-métrage de devenir une œuvre picturale à part entière. Les extérieurs sont sublimés par la direction artistique et la palette graphique choisie afin de renforcer l’ambiance du lieu dit, alors que les intérieurs le sont quant à eux, grâce à la gestion d’une lumière artificielle provenant de sources internes au cadre ou des fenêtres saturées de lumière venant de l’extérieur. Un régal visuel et un élément permettant une nouvelle fois de donnée de la crédibilité à l’action, de la vie à l’univers développé et une immersion totale de la part du spectateur.


En Conclusion :

Plus humaine, moins forte, brutale et viscérale que les précédentes œuvres de Ben Affleck, Live By Night n’en demeure pas moins un film de gangsters impressionnant et remarquablement mené, malgré cet aspect “déjà-vu” qu’il laisse en arrière-pensée. Une mise en scène classieuse, à l’instar de cette réalisation sobre, mais au combien efficace, qui enchaîne les mouvements avec une légèreté et une lisibilité presque indécente. Sublimée par une photographie signée du grand Robert Richardson, les années 20 n’auront jamais été aussi belles et élégantes.

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