Little Women, récit d’une cinéaste qui s’épanouît par le prisme de ses personnages

Synopsis : « Une nouvelle adaptation du classique de Louisa May Alcott, narrant l’histoire de quatre filles de la classe moyenne durant la Guerre de Sécession. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Actrice émérite et muse du cinéaste Noah Baumbach dont elle partage également la vie hors de l’écran, Greta Gerwig a aujourd’hui décidé de se lancer dans une nouvelle aventure. Celle de la réalisation. Avec Lady Bird, la jeune cinéaste signait une œuvre forte et à son image. À l’image de cette femme dont on a réussi à saisir la personnalité par le prisme de réels rôles de composition mis en image par son homme. Une femme qui nous paraît épanouie, qui nous paraît être à sa place dans ce monde où la femme revendique la place qui lui revient de droit. Une femme moderne, entourée par des femmes, et qui aime soigner, choyer ces figures féminines qui l’entoure ou qu’elle met en scène. Lady Bird était en ce sens une superbe réussite. Un film d’une bienveillance rare envers un protagoniste tourmentée par ses problèmes de jeune femme. Un film authentique, sincère et d’une profonde justesse, ne cédant jamais au manichéisme afin de développer au mieux ce personnage aussi touchant qu’attachant. Deux ans après, la jeune cinéaste gravit un nouvel échelon et s’empare e la nouvelle adaptation d’une œuvre culte de la littérature américaine : Little Women, traduit en France par Les Filles du Docteur March (pour parler du titre du film et non du roman). Titre très intéressant à analyser mot à mot, mais qui va, fondamentalement à l’encontre même du film à cause de ce simple « du ». Un pronom possessif pouvant être perçu de différentes manières. Elles sont les filles du Docteur March, mais elles sont avant tout des jeunes femmes qui ont soif de liberté. Pourquoi, tel le titre américain le fait si bien, vouloir mettre en avant de cette manière la figure paternelle, sans que ce dernier ne soit une figure péjorative pour ces mêmes jeunes femmes, bien au contraire.

Publié en 1868 et 1869, Little Women est un classique de la littérature américaine écrit par la romancière Louisa May Alcott. Un classique qui s’adresse à tous, mais qui parle davantage aux jeunes femmes. À celles qui pourront se retrouver au travers d’une de ces quatre jeunes femmes en mal de liberté, partant à la découverte de la vie durant une sombre période de l’histoire américaine. Développer cette histoire durant la Guerre de Sécession, c’est faire disparaître les hommes au profit de femmes. Développer un récit fondamentalement féministe (puisque bâtit autour d’un large panel de femmes qui se doivent de vivre et d’avancer sans une présence majoritaire d’hommes autour d’elles), sans qu’il n’ait besoin de se revendiquer comme tel. Little Women raconte l’histoire de quatre sœurs, d’une mère et d’une grand-mère qui vont s’aimer, se séparer, se retrouver. Raconter la vie, les tourments, les questions et les moments de joie qui peuvent traverser une jeune femme qui se découvre et découvre la vie dans une période historique telle que celle-ci. Une époque qui appartient à l’histoire, une époque qui va permettre au spectateur de voyager grâce à ces décors et ses magnifiques costumes, une époque qui va permettre de dresser un parallèle évident avec notre présent et les problématiques sociales qui font partie intégrante de nos vies. Little Women est en ça, le projet parfait pour la cinéaste Greta Gerwig. Pouvoir raconter l’histoire d’une famille qui s’aime, qui se déchire, qui vit. Pouvoir dresser le portrait bienveillant de personnages féminins qui s’aiment se déchirent, se complètent et découvrent avec bonheur avoir besoin les unes des autres pour avancer. Un scénario au déroulé extrêmement simple (le conflit apporte le doute, puis le doute débouche sur l’émancipation…), mais très intéressant dans sa manière de ne pas céder à une certaine forme de classicisme et de linéarité.

Greta Gerwig -également scénariste du film- exploite intelligemment une structure narrative fragmentée afin de jongler entre les différents points de vue, ainsi qu’entre les différentes époques. Contextualiser dans un premier temps, permettre au spectateur de découvrir chacune des protagonistes, avant que l’histoire puisse se lancer plus concrètement et que la scénariste puisse développer des parallèles entre présent et passé. Faire se répondre deux époques afin d’expliciter les tenants et les aboutissants de chaque arc narratif, de développer de manière concrète la personnalité de chaque sœur. Un scénario d’une maîtrise remarquable, qui jongle de point de vue en point de vue avec une aisance et une fluidité qui n’entachera à aucun moment l’imprégnation d’un spectateur assidu. Un très beau scénario, qui malheureusement, souffre d’une accentuation maladroite du pamphlet féministe sous-jacent. Une maladresse qui se prénomme Laurie, personnage masculin interprété par Timothée Chalamet. Un personnage, nécessaire au bon développement des personnages féminins, mais délibérément mis en scène comme un homme à femmes qui ne sait pas ce qu’il veut, mis à part n’importe quelle femme qu’il réussira à charmer. Un Don Juan qui ne donne pas une belle image de la gente masculine dans sa généralité, car étant un des seuls hommes à l’image. Un personnage énervant, contrairement à son père (Mr Laurence incarné par Chris Cooper), peint comme un homme d’une élégance incroyable et à la tendresse subtilement exploitée afin de développer une nouvelle facette du terme Amour.

Un film amoureux, un film qui relate joliment les différentes manières d’aimer quelqu’un, et où, un simple baisé apparaît comme un acte d’une sensualité incroyable. Une œuvre fondamentalement moderne dans ce qu’elle raconte sur l’amour, tout en restant un film historique avant tout. Une œuvre somme pour une jeune cinéaste qui signe une mise en scène d’une énergie incroyable. Une mise en scène dynamique, à la chaleur humaine enivrante et qui use avec parfaitement du budget mis à sa disposition pour permettre au spectateur de croire en cette histoire. De magnifiques décors –intérieurs comme extérieurs- et de superbes costumes, mais avant tout et surtout la création de « set pieces » d’ampleur avec bon nombre de figurants qui vont inculquer de la vie. Donner du corps et l’impression qu’elles ne sont pas seules en ce monde, que le monde vit autour d’elles. Une très belle direction artistique, parfaitement cohérente et joliment mise en lumière même si, l’on reprochera une colorimétrie qui sombre trop facilement dans les oppositions de couleur suivant l’état psychologique des personnages. Un détail too much, à l’image de quelques choix de mise en scène que l’on jugera simplement comme étant clichés, pour ne rien dévoiler. Little Women demeure pas moins le film de l’épanouissement pour une jeune cinéaste, sur laquelle nous allons pouvoir compter. Une œuvre perfectible, mais d’une maîtrise remarquable dans sa mise en scène. D’une douceur, d’une bienveillance rare envers des personnages incarnés avec force et conviction par un casting impeccable. Un film chaleureux et enivrant, parfait pour joliment débuter l’année 2020.

« Même si perfectible, Greta Gerwig s’épanouie en tant que cinéaste au travers d’une œuvre sur l’Amour, peinte par le prisme d’une mise en scène énergique et chaleureuse. »


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