L’Heure de la Sortie réalisé par Sébastien Marnier [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : « Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…


Sébastien Marnier, un réalisateur Irréprochable ? Entre 2000 et 2015, le cinéma français n’a pas été au beau fixe. Victime de l’industrialialisation du média qui a poussé les grandes majors à enchaîner les projets les moins créatifs et ambitieux possible afin de reproduire certains succès qui faisaient du bien aux portes-feuilles des producteurs, le cinéma français a su depuis rebondir. Bien plus que les autres, le cinéma agit comme un miroir de notre société. On va trouver des résonances avec certains événements (aussi bien politiques que médiatiques), mais on va également le voir évoluer. Et ce, dans le bon sens du terme. Une certaine lassitude pour la comédie populaire grossière et peu créative (le succès de la comédie populaire, mais pas régressive Le Grand Bain le démontre), mais une véritable envie de voir du Cinéma. Le Cinéma avec un grand C, celui que l’on aime porter et supporter, et ce, même si les œuvres dont il est questions ne sont pas toujours les plus resplendissantes. Des films qui osent, qui prennent des risques grâce à des techniciens et amoureux du cinéma qui vont là où certains n’osaient plus aller. Parmi eux on en retrouve un qui en 2016 avait su captiver avec un premier long-métrage bercé par le cinéma de genre. Un thriller pleinement ancré au cœur de la société française et des maux qui ronge une part de la population, il épatait grâce à son traitement méticuleux des émotions afin d’inculquer une certaine ambiance au sein du film. Un cinéaste prometteur qui deux ans après ne promet plus, mais affirme.

Si 2018 a été une belle année avec, d’après le CNC, 40% de part de marché pour le cinéma français sur un peu plus de 200 millions d’entrées dans les salles sur l’hexagone, 2019 ne devrait pas être en reste. Dès le 09 janvier de l’année 2019, les spectateurs français pourront compter sur la sortie d’une belle oeuvre populaire dénommée Edmond (adaptation cinématographique de la pièce de théâtre éponyme par son metteur en scène Alexis Michalik auréolé de 5 Molières), mais également sur un pur film de genre supporté par un beau bouche-à-oreille. Il vogue de festival en festival depuis plusieurs mois maintenant et c’est à l’occasion de sa diffusion lors d’un festival dédié au cinéma francophone dans la ville de Montréal que nous avons pu découvrir L’Heure de la Sortie. Sébastien Marnier décontenance, mais ne surprend pas. Le réalisateur français ne fait qu’affirmer ce que l’on attendait de lui avec cette fois-ci Laurent Lafitte en guise de tête d’affiche. Pas une mince affaire.

L’Heure de la Sortie c’est l’histoire d’un professeur remplaçant qui va devoir s’affirmer dans un collège prestigieux suite à la défenestration de l’un de ses anciens professeurs. L’Heure de la Sortie aurait pu être un film sur le professorat par le prisme de la pression mise sur les épaules des professeurs par leurs supérieurs hiérarchiques, mais également par les élèves eux-mêmes. Ce qu’il est dans un premier temps afin d’instaurer un climat oppressant de la part de cet environnement hostile (le collège et ceux qui y évoluent) envers le professeur remplaçant (incarné par l’acteur Laurent Lafitte). Mais cette critique sociale va très rapidement s’estomper afin de donner au film une allure bien plus métaphysique et freudienne. Une psychanalyse de notre société et plus particulièrement, le questionnement de toute une jeune génération vis-à-vis de son futur au sein d’une société au capitalisme oppressant par le prisme d’un récit aussi énigmatique que magnétique.

Dire qu’un cinéaste s’inspire d’un autre n’est ni une nouveauté, ni un préjudice pour le cinéaste premier. Certains le font bien, d’autres moins. Sans le plagier, ni le singer, Sébastien Marnier s’inscrit pleinement dans la veine d’un John Carpenter, tout en restant, Sébastien Marnier. Si en surface il n’a rien d’un film “carpenterien” tel qu’on le dénommerait, il en reprend tous les codes. Un protagoniste lambda au premier abord, mais sportif et à la musculature mise en avant, l’iconisation volontairement kitsch par la mise en scène en moins. Un protagoniste entouré par des personnages secondaires à l’enveloppe charnelle banale, mais aux actions et réactions peu banales. Cette impression d’ailleurs, d’autre chose, comme s’ils n’étaient en rien humains, mais extraterrestres. Des robots de la société ? Des extraterrestres ? De simples humains effrayés ? Qui commande qui ? Invasion Los Angeles n’est pas loin et tel que John Carpenter le faisait avec un style comico-burlesque au kitsch aussi affirmé qu’assumé, Sébastien Marnier délivre un pur film de genre au ton plus sérieux délivré par une atmosphère de plus en plus oppressante, pour ne pas dire stressante.

Faire monter le spectateur en pression, l’emporter sur une piste de plus en plus probable afin de lui faire croire que, alors qu’il n’en est finalement peut-être rien. L’Heure de la Sortie c’est une ambiance magnétique, mais c’est bel et bien un scénario superbement écrit porté par un face à face qui n’a pas lieu d’être. Si le personnage du professeur n’est en surface qu’une transposition du spectateur afin de garantir l’immersion de ce dernier, ceux qui vont lui faire face sont dotés d’une caractérisation aussi maniérée que méticuleuse. Une idée simple, mais brillante. Ils sont jeunes, mais rationnels et ont réponse à tout. De l’intonation à la syntaxe en passant par les diverses réactions, c’est se servir du qualificatif surdoué et de tout ce que cela implique afin de décontenancer le spectateur, de l’énerver puis de lui faire peur. Un surréalisme réaliste paradoxal. Une peur ambiante qui va insuffler à l’œuvre dans son intégralité cette oppression surréaliste qui va faire son charme. Oppression renforcée par un aspect freudien et métaphysique sur lequel joue énormément Sébastien Marnier à base de rêveries et plans d’inserts. Des moments stylisés qui ne dénaturent en rien l’œuvre dans sa globalité, elle-même très joliment cadrée, découpée et qui ne se contente pas d’être didactique ou factuelle.

L’Heure de la Sortie ne marquera pas l’histoire du cinéma d’une pierre blanche, mais il démontre le bon développement du cinéma français. Un pur film de genre emprunt du cinéma de John Carpenter. Entre rêve et réalité, créer la peur et l’angoisse afin fondamentalement de faire réfléchir à notre réalité. Un cinéma intelligent et ambitieux sur le plan technique, qui démontre un réel et beau savoir-faire. Le premier grand moment 2019 du cinéma français.


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *