Les Yeux Jaunes des Crocodiles [Critique]

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“Deux sœurs que tout oppose. Joséphine, historienne spécialisée dans le XIIème siècle, confrontée aux difficultés de la vie, et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un dîner mondain, Iris se vante d’écrire un roman. Prise dans son mensonge, elle persuade sa sœur, abandonnée par son mari et couverte de dettes, d’écrire ce roman qu’Iris signera, lui laissant l’argent. Le succès du livre va changer à jamais leur relation et transformer radicalement leurs vies.”

Adaptation du roman éponyme écrit par Katherine Pancol et paru en 2006, Les Yeux Jaunes du Crocodile a la lourde tâche de faire transparaître l’écriture de Katherine Pancol dans une œuvre cinématographique, dans laquelle, chaque détail du livre doit être transcrit par le biais de la mise en scène, réalisation ou de l’écriture du scénario/des personnages. Fresque sociale nous démontrant la générosité des gens de la classe moyenne et l’aigreur et stupidité des gens de la haute comme on pourrait dire, Les Yeux Jaunes des Crocodiles est un film intéressant avant d’être un film bancal et inachevé. Traitant des différences entre personnes vivant au sein de différentes classes sociales, mais étant d’une même famille, le spectateur se retrouve cerné au sein d’un conflit familial que l’on rapprocherait plus d’une mise à mort prémédité que d’un dialogue de sourds. Iris, Parisienne de la haute ayant tout quitté pour vivre avec un homme riche dont les rentes sont suffisantes pour permettre à toute sa famille de vivre correctement sur plusieurs générations, se retrouve condamné à mentir pour le bien de son honneur, pour prouver aux autres, mais surtout à elle-même qu’elle est capable de faire quelque chose de ses dix doigts. À partir de ce moment, le film traite déjà d’un élément intéressant qui est le mensonge. Quelles peuvent être les répercussions sur les proches que de mentir ? Doit-on pour son image aller au bout de son mensonge ou ne devons-nous pas au contraire arrêter de mentir tant qu’il en est encore temps ?

Durant la majeure partie du film, Cécile Telerman – bien aidé par Katherine Pancol et par sa fille, qui n’est autre que la co-scénariste du film – va nous démontrer par le biais de ses personnages, que le mensonge n’est pas une bonne chose, mais que pour une certaine classe de la société, c’est un besoin élémentaire. Le traitement du mensonge et de la thématique qui l’entoure est très intéressant, car l’on va suivre les différents changements dans la personnalité des personnages, ainsi que les répercussions que vont avoir ce(s) changement(s) sur leurs proches. Face à Iris qui se doit de mentir pour le bien-être de sa petite personne, nous retrouvons Joséphine. Femme vivant de petits boulots, qui lui permettent à peine de nourrir correctement ses enfants, Joséphine est d’un naturel bien veillant. C’est comme on pourrait dire en langage plus familier : le bon pigeon. Prête à tout pour aider les autres, elle est bien trop gentille et ce mensonge qui pourrait lui permettre de s’ouvrir aux autres et de se libérer de cette étreinte. Pour cela, il lui faudra le soutien de tous ceux qui l’entourent, à commencer par ses enfants, qui ne restent seulement des personnages secondaires, mais qui se révèlent être omniprésents et nécessaires, puisque ceux qui deviendront leurs modèles se trouvent au sein de cette famille. Mais qui sera leur modèle, feront-ils le bon choix ? À la fois ingénieux et très intéressant dans le traitement des différentes thématiques que sont le mensonge et la famille, c’est avant tout un film chorale qui arrive à faire vivre une petite dizaine de personnes, tous aussi importants les uns que les autres. Les personnages sont bien écrits, car disposant chacun de leur petit élément nécessaire au bon déroulement du scénario et ils sont surtout bien interprété.

Si Julie Depardieu confirme ici son talent d’actrice, on retiendra surtout la surprenante et déroutante Alice Isaaz qui livre une prestation-choc, aux réactions assez brutale, mais nécessaire à la prise de conscience finale à la fois chez les personnages et chez le spectateur. Bien que le scénario du film soit des plus intéressants, Les Yeux Jaunes des Crocodiles s’avère être un film bancal à cause de sa mise en scène trop théâtrale, ne jouant pas suffisamment sur la percussion des dialogues et à cause d’une réalisation insipide et sans âme. Souffrant de la simple envie de filmer les acteurs qui font littéralement vivre le script, cette réalisation en oublie complètement les sous-entendus pourtant très importants concernant la représentation des classes sociales et la représentation par l’image des états psychologiques des personnages. C’est une caméra qui est directive et sans âme, qui fait vivre un scénario qui a du cœur et du punch. À cela, on ajoutera quelques problèmes techniques, avec notamment un montage trop saccadé et des transitions faites à la hache entre séquences, ce qui étouffe le spectateur et ne laisse aucune liberté. Les personnages ont besoin d’air, tout comme les spectateurs qui sont dans le même état. Un scénario très intéressant et bien écrit, mais une mise en scène trop théâtrale et une réalisation insipide qui nous donnent un sentiment de frustration.

3/5

 

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