Les Veuves (Widows) réalisé par Steve McQueen [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « Chicago, de nos jours. Quatre femmes qui ne se connaissent pas. Leurs maris viennent de mourir lors d’un braquage qui a mal tourné, les laissant avec une lourde dette à rembourser. Elles n’ont rien en commun mais décident d’unir leurs forces pour terminer ce que leurs époux avaient commencé. Et prendre leur propre destin en main… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

En l’espace de cinq ans et de trois réalisations consécutives, Steve McQueen a immédiatement placé son nom au milieu de ceux des plus grands. Hunger en 2008, Shame en 2011 puis 12 Years A Slave en 2013. Si la consécration est arrivée avec ce dernier, c’est bel et bien avec son premier film puis son second que le cinéaste anglais a su impressionner chaque spectateur l’un après l’autre. Hunger puis Shame. Deux purs films de mise en scène. Des films au propos difficiles que sont l’incarcération et l’addiction sexuelle. Des films forts aux propos et personnages sublimés par un regard aussi bienveillant qu’impartial de la part du cinéaste derrière sa caméra. Steve McQueen se sert du cinéma, et en l’occurrence de l’image, pour montrer de manière explicite la détresse des personnages. Ils sont tourmentés, doivent faire face à eux-mêmes et à leurs propres démons. Telle une oreille bienveillante, il utilise la caméra tel un miroir afin que le personnage prenne conscience de ce qu’il est et de ce qu’il fait. Une prise de conscience qui va donc être aussi bénéfique que douloureuse. Mais les personnages sont encore et toujours seuls face à eux même, face à la caméra. Avec 12 Years A Slave, le cinéaste perdait légèrement de sa superbe à cause d’un amas de personnages secondaires peu intéressant même si nécessaire au développement du récit, ainsi qu’au propos ici extrêmement engagé. Un film plus historique, avec un background culturel qui a permis au cinéaste de conquérir un plus large public. Un public qui ne le connaissait pas. Aujourd’hui, il nous revient avec ce qu’il annonce comme son film le plus personnel et un projet sur lequel il travaille depuis de longues années maintenant. Un film de braquage qui a la particularité de laisser la place aux femmes dans des rôles qui, habituellement, reviennent à des personnages masculins. Casting de renom, co-scénariste oscarisé, histoire féministe et donc dans l’air du temps… trop c’est trop ?

Après la mort de leurs maris dans un braquage qui a mal tourné, quatre femmes qui ne se connaissent pas vont devoir s’unir afin de terminer le travail et rembourser les dettes de leurs défunts maris. Tel que son synopsis résumé en une phrase nous le présente, Les Veuves pourrait être la suite spirituelle d’un bon nombre de films de braquage. Là où la femme est habituellement cantonnée à s’occuper des enfants ou à fuir avec la famille pour éviter la mort, elle va ici devoir faire face et prendre les armes. Le propos est bon, l’idée est intéressante et dans une société telle que la nôtre où l’image et la position de la femme changent petit à petit, difficile de ne pas croire à un tel projet. Néanmoins, tout n’est pas aussi bon qu’on l’aurait voulu ou imaginé. Co-écrit par Gillian Flynn, romancière qui a elle-même écrit les adaptations de ces romans Gone Girl et Dark Places, Les Veuves repose sur un scénario dont la moelle épinière est celle de toute bonne œuvre cinématographique affiliée au genre du film de braquage qui se respecte depuis les années 70. Pour ne pas remonter plus loin et notamment au genre du western avec lequel il possède bon nombre de similitudes. Une structure commune, déjà usée à tort et à travers dans des films plus ou moins de qualité. Du compte à rebours sous peine de mort au braquage en lui-même, en passant par l’entraînement et les quelques thématiques sociales nécessaires afin d’embellir le background, tout y est. Sans parler du Rebondissement et non des moindres que l’on prévoit avec logique de par la manière dont l’histoire nous est racontée (usage de flashbacks…).

Une histoire extrêmement feignante qui malheureusement ne se relève pas lorsqu’il est question de la création des intrigues secondaires afin de complémenter le film Les Veuves d’un caractère social et politique afin qu’il ne soit pas qu”un “simple film de braquage”. Des politiciens véreux caricaturaux à souhait qui se croient au-dessus des lois et de la rue, mais qui finalement vont un jour où l’autre faire face à plus fort qu’eux. Ou plutôt à quelqu’un de plus déterminé et charismatique qu’eux. En l’occurrence, il est ici bel et bien question de la différence de charisme et d’intérêt entre les personnages interprétés par Daniel Kaluuya et Colin Farrell. Si le premier est froid et impartial dans ses actes, le second est enfermé dans un carcan de ridicule formé par le stéréotype propre à ce type de personnage (jeune politicien). Sans parler des maris dont on se moque éperdument alors qu’un traitement quelque peu plus approfondit aurait permis une humanisation et la création d’une empathie bien plus profonde de la part du spectateur envers les veuves. Un scénario qui n’a malheureusement absolument rien d’attrayant et qui plonge le spectateur dans quelques petites siestes minute tant l’ennui est présent. Subsiste néanmoins un élément qui sauve le film de l’explosion de C4 inattendue : le regard du cinéaste pour ses personnages féminins.

Steve McQueen aime ses personnages. Il aime les voir prendre le contrôle, dépasser leurs peurs et se surpasser afin qu’ils affichent sur leurs visages de beaux sourires. Il veut les voir heureux et pour cela il doit les montrer malheureux et en proie au doute. C’est dans les quelques moments de silence, dans ces légers moments où les personnages vont devoir agir ou vont simplement se perdre le regard au loin, que l’on retrouve le sublime du cinéaste que l’on aime tant. Il arrive à créer une émotion par le silence, par sa simple mise en scène et la manière dont avec son directeur de la photographie Sean Bobbitt, ils subliment ces moments. Des moments de vide et de silence nécessaires et qui viennent ici inculquer une décharge émotionnelle salvatrice. Émotionnelle et surtout cinématographique. C’est en ces plans que les deux hommes s’amusent à créer de beaux cadres avec de belles lumières (artificielles comme naturelles) qui vont donner du relief aux scènes en question, mais également avec des décors toujours modernes et très élégants. L’élégance féminine que l’on retrouve dans ces décors plus beaux et légers, même si de doutes, face au décor insalubre du hangar qui symbolise l’homme et son relatif échec.

Une idée assez simple, mais efficace et permettant de rappeler une nouvelle fois que ce sont les femmes qui prennent le contrôle en s’appropriant ce que faisaient les hommes. Quatre femmes qui se lancent dans une quête d’hommes. Le film nous rabâche sans cesse et avec la subtilité d’une déneigeuse que ce ne sont que des femmes et qu’elles n’ont pas la force mentale et physique que peuvent avoir des hommes. Une manière pour gonfler artificiellement le scénario et surtout créer une empathie pour ses femmes fragiles, car elles sont des femmes. Sauf que non, c’est simplement agaçant et complètement vain. C’est fonder son récit sur une simple généralité alors qu’une veuve peut-être en réalité bien plus qu’une simple veuve éplorée. Ce que le scénario cherche à développer par le biais des personnages incarnés par Michelle Rodriguez et Elizabeth Debicki. Personnages plus intéressants, car ambivalentes et donc imprévisibles. Malheureusement, peu présentes à l’image et sous-développées contrairement au monolithe peu empathique qui sert de personnage principal interprété par Viola Davis. Des personnages secondaires intéressants, mais peu présents contrairement à celle qui va être centrale. C’est fondamentalement représentatif du film dans sa globalité. Les Veuves est un film dont on retient quelques personnages secondaires et les quelques moments de silence tourmentés où Steve McQueen joue ses plus belles partitions de metteur en scène. Tout le reste tient la route, mais trace sa route tel n’importe quel film de braquage à rebondissement. C’est bien filmé, bien mis en scène et bien joué, mais ne vous fera pas vibrer pour autant.


 


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