Les Misérables, Ladj Ly et sa gang marquent avec talent et authenticité

Synopsis : « Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux “Bacqueux” d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si vous nous lisez depuis quelques mois ou années maintenant, vous devez certainement savoir à quel point nous tenons dans notre cœur le collectif Kourtrajme. Celui dont on a vu émergé artistes en tous genres, de JR à Mouloud Achour en passant par Matthieu Kassovitz, Vincent Cassel, Romain Gavras, Kim Chapiron et un certain Ladj Ly pour ne citer que ceux dont les noms ferons survenir en vous des images de films. « Si nous ne signons plus Kourtrajme, nous travaillons toujours ensemble. » Tel est ce qu’avait pu nous dire Romain Gavras il y a un an de ça lors d’un entretien passionnant, et tel est ce que répète aujourd’hui Ladj Ly à tous les médias. Cinéaste qui a signé en son nom quelques courts-métrages et documentaires engagés sur le thème de la banlieue en France, Ladj Ly fait sensation en cette année 2019 avec son premier long-métrage de fiction. Directement adapté du court-métrage portant le même nom, Les Misérables est une œuvre-choc. Si elle ne laisse pas de marbre et marque d’une pierre blanche la mise en lumière du nom d’un cinéaste émergeant aux yeux du grand public, il est intéressant d’en parler afin de répondre à la question : « Pourquoi est-ce un film-choc ? ».

Encensé par la critique depuis sa première mondiale en compétition officielle lors du Festival de Cannes édition 2019, Les Misérables met à genoux une presse dithyrambique. Et pour compte, c’est un film brillant. Un film coup-de-poing, comme certain.e.s pourraient le dire. Néanmoins pour nous ce n’est pas une belle expression, et encore moins une expression qui colle à ce film. Les Misérables est tout sauf un film violent ou un film qui prône toutes formes de violence. Ladj Ly signe une œuvre profondément humaine, une œuvre cinématographique qui parle avant tout de la notion de respect. Par le prisme de la banlieue, le cinéaste français met en scène ce que l’on va poétiquement intitulée une chorégraphie de la vie. Mettre en scène des personnages qui agissent, en bien comme en mal, car ils se doivent d’agi de la sorte pour une ou plusieurs raisons. Des représentants des forces de l’ordre jusqu’au maire officieux, en passant par le bras droit de ce dernier, jusqu’au gérant d’un kebab et sans oublier les jeunes de cette même cité. Ils sont tous dotés de fortes personnalités, ils doivent se faire entendre et pour cela ils doivent assumer leurs actes et agissements. Ils ont une raison d’être tel qu’ils le font paraître, ils ont une raison d’agir tel qu’ils le font. Les Misérables est un film fort, car il est un film intelligent et brillamment écrit. Un scénario d’une humanité incroyable envers ses nombreux personnages, car décrivant ces derniers sans éviter la notion de manichéisme. Ils ne sont pas profondément mauvais tous autant qu’ils sont, ils ont des raisons d’agir de la manière qu’ils le font et porter un jugement sur eux et leurs actes sans chercher à les comprendre serait passer à côté de réels beaux personnages de cinéma. Des personnages authentiques. Des personnages avec lesquels le spectateur n’est que rarement d’accord, mais des personnages que ce dernier va apprendre à connaître et à comprendre.

Co-écrit par Ladj Ly (également metteur en scène), Giordano Gederlini et Alexis Manenti (également acteur), Les Misérables dévoile un scénario qui, en plus de dresser avec authenticité le portrait de ses personnages, repose sur une structure narrative implacable. Opéra en trois actes, un crescendo naissant qui ne va jamais cesser jusqu’à ce que le feu soit au plus haut et au plus chaud. Les choix narratifs et d’écriture sont simples, déjà exploités à maintes et maintes reprises (utiliser un nouveau pour créer un phénomène d’identification par exemple), mais superbement exploités pour permettre au scénario de dévoiler ses richesses. Richesses en terme de personnages, mais également morales vis-à-vis de la société qui nous entoure et dans laquelle nous vivons. Une réalité, une dure réalité ici peinte avec justesse. Là se trouve toute la violence, la dureté du film : il est vrai. Si l’histoire de ce film n’est pas « basé sur une histoire vraie », tous les éléments ici racontés ont été vécus par le metteur en scène et/ou des proches à lui, tel qu’ont pu nous le raconter les acteurs Alexis Manenti et Steve Tientcheu lors d’une entrevue. Acteurs qui, tels que tous les autres, incarnent avec brio leurs personnages respectifs.

Film de bande, film qui ne pourrait exister tel quel sans l’envie de jouer l’un avec l’autre. Cette fameuse authenticité et sincérité que l’on retrouve tout autant dans le regard du metteur en scène envers ses personnages que dans la manière d’interpréter ces mêmes personnages de la part du casting. Si la réalisation, extrêmement percutante et incisive avec ses cadres qui vont rarement au-delà du plan moyen, pousse l’immersion à son paroxysme permettant d’impliquer le spectateur sans aucune concession, c’est bel et bien le regard porté envers les situations et les personnages qui forge le respect. Une réalisation au plus proche des personnages pour transcrire au mieux l’intensité de jeu du casting. Un casting aux interprétations intenses, percutantes et émotionnellement fortes. Un beau et bon casting dirigé d’une main de maître, elle-même secondée par une équipe de talent. Si le cinéma a toujours été un art collectif, Les Misérables démontre que ce n’est qu’en collaborant et en croyant en ce que l’on fait, que l’on réalise une oeuvre forte, marquante et de qualité. Nul besoin du CNC et d’un budget allant au-delà du 1.5 million d’euros (ce qui n’est rien pour un long-métrage de cette ampleur) pour réaliser une oeuvre au propos universel et intemporel. Film profondément respectueux de sa matière au point qu’il en devient choquant, car fondamentalement ancré dans le réel. Les Misérables ce sont eux, ce sont nous, ce sont surtout ceux qui font semblant d’écouter le message.

« Heurté, choqué, bouleversé par une chronique sociale d’une humanité incroyable. Jamais manichéen, toujours droit et justifiant chaque acte et réaction. La révolution à un nom. »


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *