Les Frères Sisters réalisé par Jacques Audiard [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ? »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Cette année 2018 est une année charnière pour le western qui fait son grand retour à travers des œuvres personnelles, creusant dans la veine d’un héritage du western américain à la John Wayne pour mieux le démystifier. Après le récent Hostiles de Scott Cooper, c’est au tour du cinéaste français Jacques Audiard de nous donner sa vision du mythe américain avec Les Frères Sisters, un film qui apparaît sur le plan industriel comme une commande faite au cinéaste par l’acteur John C. Reilly qui détenait les droits du roman de Patrick DeWitt. Le film raconte l’histoire de Charlie et Elie Sisters (interprété par les excellents Joaquin Phoenix et John C. Reilly), deux frères chasseurs de primes engagées par le Commodore pour traquer et tuer un chimiste (incarné par le britannique Riz Ahmed) dont la trace est suivie par un détective privé nommé Morris (incarné par l’acteur Jake Gyllenhaal). Les Frères Sisters nous fait suivre à travers sa structure narrative deux binômes de personnages ; les deux frères ainsi que le détective et le chimiste, les premiers tuant pour vivre et les deux autres rêvant d’un monde civilisé sans meurtres. Les quatre hommes sont réunis par un seul et même objectif : la recherche de l’or dans les rivières, le chimiste détenant une formule permettant de faire briller l’or dans les profondeurs.

À travers sa trame scénaristique classique et propre à un certain western américain, du cinéma de John Wayne avec Alamo à Sergio Leone avec Le bon, la brute et le truand, des films cités par Jacques Audiard comme les principales références de son film, le cinéaste part du mythe de la conquête de l’Ouest comme prétexte pour construire des personnages complexes, propres au cinéma de Audiard. Avec Les Frères Sisters, Jacques Audiard filme une Amérique en plein changement, où des hommes fragiles errent dans des paysages contemplatifs, sublimés par une photographie et une lumière soignée.

Outre l’esthétique formelle et classique du long-métrage, c’est dans les dialogues existentiels de ses personnages que Jacques Audiard puise la source de son cinéma ; les quatre personnages, habités par les performances d’un quatuor d’acteurs brillamment dirigé, sont des hommes fragiles, perdus au milieu de leurs ambitions naïves dans un pays sans foi ni loin, se brûlant littéralement avec l’or qu’ils touchent aveuglement. Une démystification de la figure virile du Cowboy américain. Jacques Audiard filme par exemple des hommes qui pleurent, chose que l’on ne voit que dans les anti-westerns à l’image de l’excellent Hostiles.

Le film Les Frères Sisters opère comme un retour à source autant dans son rapport à l’héritage   cinématographique de son genre que dans l’odyssée de ses deux frères qui, pour se réfugier d’un monde sans pitié en constante évolution, en revienne toujours au foyer familiale. Un rapport aux pères, aux frères, qui semble habiter le film réalisé par le cinéaste français sur le plan personnel, le cinéaste ayant lui-même perdu un frère. À travers ce qui semblait être une commande, le premier film américain réalisé par Jacques Audiard est un film bien plus personnel qu’il n’y paraît. Et ce, alors qu’il s’agit d’une commande. Western contemplatif dans la veine du récent Hostiles, le film de Jacques Audiard est une pure démystification du mythe américain, où des hommes fragiles errent dans une Amérique en mouvement. Un grand Western porté par un quatuor d’acteurs en or massif.


« Un grand Western porté par un quatuor d’acteurs en or massif. »


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