Les Fantômes d’Ismaël réalisé par Arnaud Desplechin [Critique | Cannes 2017]

Synopsis : “À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…”


Du 17 au 27 mai 2017, nous sommes au 70e Festival de Cannes. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.

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Écrivons-le d’emblée quitte à ce que vous me fassiez les gros yeux : j’ai beaucoup de difficulté à entrer dans l’univers d’Arnaud Desplechin. Ce postulat posé, la critique qui va suivre sera la plus objective qui soit ! Bien que l’on ne puisse pas évoquer l’objectivité en cinéma. Ce nouveau film d’Arnaud Desplechin a la curiosité de proposer le tournage d’un film dans le film… on suit la création d’Ismaël : l’histoire d’Ivan Dedalus qui travaille aux affaires étrangères (lunaire Louis Garrel), vaguement inspiré de la vie de son frère. Le plus étonnant est que l’on se prend de passion pour cette histoire, narrée en pointillés du drame amoureux que vit d’Ismaël. Notamment le retour de ses fantômes : son frère donc, mais surtout Carlotta (qu’interprète Marion Cotillard sans cesse en équilibre entre la joie et la folie). De retour dans la vie du cinéaste alors qu’elle avait disparu depuis 20 ans, déclarée absente, elle réapparaît suite à la perte de son mari. Son but ? Reconquérir Ismaël car “elle ne peut vivre sans lui”. Alors pourquoi l’a-t-elle quitté ? Pourquoi vient-elle briser l’harmonie qu’Ismaël forme avec Sylvia (géniale Charlotte Gainsbourg) ? Des éléments de réponse apparaissent ici ou là : le poids d’un père trop imposant (réalisateur de cinéma de génie tandis qu’Ismaël n’est qu’un “fabricant de films”), amour trop oppressant d’Ismaël à l’endroit de Carlotta ou encore folie du personnage. En filmant ce trio, ce triangle amoureux, Arnaud Desplechin livre le portrait d’un homme sur le fil du rasoir. Un homme qui ne sait plus où il en est, où il va et comment il veut que cela se termine. D’où les allers-retours avec son film en préparation qu’il ne sait plus diriger.

Carlotta pourra-t-elle reconquérir Ismaël ?

Encore une fois, Arnaud Desplechin utilise son double de cinéma Mathieu Amalric. Mais il surjoue au point d’en être agaçant… Le film tourné par Ismaël semble même bien plus maîtrisé, alors qu’il n’arrive pas à l’achever, que l’histoire que vit Matthieu Amalric. Et cela s’observe par l’image mal dégrossi, les coupures et montages évidemment ratés ou tronqués… à moins que cela ne soit pour jouer avec le spectateur et l’amener à se poser les questions sur la réalité et la fiction qui s’opère devant nos yeux. Reste qu’Ismaël doit se retrouver. Et cela se passe à Roubaix, ville de Desplechin. Ville dépeinte à son désavantage au point d’en être rejetée tout comme Ismaël y rejette sa folie. Et si on se prend à regarder sa montre pour aboutir à la conclusion narrée de l’histoire d’Ismaël, on est quand même happé par ce film dans le film. Le spectateur a envie de connaître le dénouement des aventures du héros d’Ismaël. Dénouement qui propose des parallèles que l’on ne peut s’empêcher de faire avec la vie du “fabricant de films”. La femme d’Ivan, Arielle (fantasque Alba Rohrwacher), prête à suivre son époux jusqu’au bout en le protégeant sans cesse (comme le personnage de Sylvia). La pression mise par le supérieur telle que l’apporte Hippolyte Girardot, hilarant au point de risquer le pire. Et surtout, la disparition d’Ivan de l’histoire qui est de toutes les conversations, de tous les moments. Il manque cruellement mais plane comme une ombre au point de se demander s’il n’est pas le double de Carlotta plus qu’Ismaël lui-même.

En résumé, drôle, burlesque, mélancolique, foutraque, énervant, intrigant, irritant et finalement surprenant, tels sont les mots qui qualifient le mieux le film de Desplechin. Un film qui se regarde plus qu’il n’emporte véritablement. Sans doute la version longue exprimera-t-elle plus et gommera les pans manquants ?

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CANNES 70e : Ces Fantômes d’Ismaël était-elle une belle ouverture cannoise ? Surtout pour ce 70e anniversaire ? Sans doute pas mais en compétition, il n’aurait pas bénéficié de la même vitrine et aurait pris quelques coups. A voir par curiosité.


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