Les Éblouis, quand la réalité dépasse la fiction au point qu’elle en devienne fade

Synopsis : « Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si vous ne connaissez pas son nom, vous avez certainement vu son visage à plusieurs reprises au cours des dernières années. Comme des Garçons, Joséphine S’arrondit, Aurore, La Belle Saison, Discount, Guy et même le fantastique film de genre en deux parties Goal of the Dead. C’est dire si la jeune actrice Sarah Suco est sur tous les fronts depuis quelques années maintenant. Si elle se cantonne pour le moment à des seconds rôles, elle démontre au travers de ses choix de carrière une certaine envie de ne pas se cantonner aux mêmes rôles, ainsi qu’une réelle ambition. Une jeune femme qui ne tient pas en place, travailleuse et ambitieuse. Telle est l’image que l’on a d’elle suite aux propos tenus par le producteur Dominique Besnehard, ainsi qu’au visionnage de son premier long-métrage en tant que scénariste et réalisatrice. Les Éblouis, un cas particulier. Un long-métrage qui ne laisse forcément pas de marbre, mais que l’on n’a pas pour autant à cœur de supporter pour de multiples raisons. Un ressenti atypique qui nous pousse à nous asseoir entre deux chaises à attendre que nous puissions trouver les mots afin d’expliquer pourquoi, contrairement à un certain Les Misérables, Les Éblouis n’est pas l’œuvre percutante qu’elle aurait pu être.

L’affiliation au film Les Misérables, co-écrit et réalisé par Ladj Ly qui sort dans les salles françaises (hasard du calendrier) le même jour que le film dont il est ici question, n’est pas le fruit du hasard. Les Misérables et Les Éblouis sont portés par cette même envie de mettre en lumière un des nombreux drames qui existe et pourrit notre société de l’intérieur. D’un côté la discrimination, le jugement et le non-respect (Les Misérables), de l’autre l’endoctrinement abusif par le sectarisme (Les Éblouis). S’ils ne sont pas vendus comme des films basés sur des histoires vraies, Les Misérables et Les Éblouis reposent sur des éléments scénaristiques vécus par leurs auteurs respectifs. S’il n’est pas une autobiographie, Les Éblouis ressemble finalement à une thérapie par l’image pour une cinéaste en herbe qui a envie de raconter cette histoire et d’alerter les potentiels spectateurs. Les Éblouis raconte l’histoire de Camille 12 ans qui, suite à l’entrée de sa famille au sein d’une communauté religieuse, va voir son quotidien basculer drastiquement. Les Éblouis est en ce sens un film important. Un film qui raconte de l’intérieur et du point de vue innocent d’une jeune fille de 12 ans, comment certaines communautés se servent des fragilités d’autrui et des croyances à des fins perverses et abusives. Une réalité, que même l’Église catholique cherche à dénoncer, tant ces communautés sectaires nuisent à l’image de l’Église catholique. Des communautés, dont les agissements qui vont à l’encontre des principes de l’église fondamentalement.

Une histoire difficile, une histoire qui en dit long sur la perversité dont est capable l’être humain. L’histoire est forte, difficile et âpre, mais elle est malheureusement desservie par une mise en scène monotone qui a une réelle difficulté à dénoncer avec virulence. Si le film Les Éblouis dénonce grâce au choix d’opter pour le point de vue innocent de la jeune fille qui assiste à ce spectacle aberrant dont sont victimes ses parents, la mise en scène peine à se mettre au niveau. Une mise en scène qui n’ose pas suffisamment, beaucoup trop sur la retenue. Ce qui va nuire à l’impact émotionnel provoqué par cette même histoire. Briser les tabous en n’ayant pas peur de créer des situations dont les images vont rester dans la tête des spectateurs. Ici tout est dans la retenue, dans le fait de suggérer des choses sans jamais avoir à montrer ce qu’il en est réellement, à quel point celles et ceux qui sont à l’origine de cet endoctrinement sont des pervers narcissiques qui abusent des plus fragiles tout en jouant avec des maux qui rongent notre société (la pédophilie, les attouchements…). Savoir que cette histoire a été vécue par la metteuse en scène, porte à croire que finalement, Sarah Suco n’était peut-être pas la bonne personne pour mettre ces personnages (donc potentiellement la réflexion de ses parents ou proches ayant peut-être vécu des choses similaires) dans des situations choquantes et difficiles.

D’un côté cette histoire, ce propos important et qu’il est nécessaire de mettre en lumière. De l’autre, ce problème de mise en scène et une maladresse globale qui empêche la création d’une quelconque empathie du spectateur vers les personnages. L’on sait que l’on doit être touché par ce à quoi ils font face, mais l’on ne l’est à aucun moment par le procédé cinématographique. Une mise en scène plate et un réel problème de casting. Si Éric Caravaca et Jean-Pierre Darroussin sortent leurs épingles du jeu malgré des réactions et agissements pas toujours logiques ou naturels vis-à-vis de la caractérisation globale de leurs personnages respectifs, Camille Cottin s’enfonce dans un surjeu constant et dont elle ne sort à aucun moment. On n’y croît pas un instant. On voit qu’elle fait de son mieux, mais on y croît pas, on n’est pas touché par ce personnage sous l’emprise du berger et des membres de ladite communauté. Demeure la jeune Céleste Brunnquell sur laquelle repose l’intégralité du film. Ni convaincante, ni bouleversante, ni énervante. C’est avant tout la direction d’actrice qui ne lui permet pas de briller, mais d’osciller entre bon et moins bon. Un personnage très difficile à incarner, rarement (pour ne pas dire jamais) heureuse, mais frêle, fragile et en proie à des dilemmes qui la dépasse. Un propos, un sujet beaucoup trop fort pour une cinéaste en herbe qui se fait dépasser et ne peu offrir à son casting des moments où ils seraient à même de créer de l’émotion et des moments d’engagement.

« Une histoire forte, mais affaiblie par une mise en scène et direction d’acteur.rice.s qui manque de détermination et d’impact. La fragilité d’un premier film. »


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