Les Drapeaux de Papier réalisé par Nathan Ambrosioni [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Lui a 30 ans et sort tout juste de prison après 12 ans derrière les barreaux. Il a tout à apprendre dans un monde qu’il ne connait plus. Elle, bientôt 24, mène une vie sans excès et peine à joindre les deux bouts. Quand il vient la retrouver, tout se bouscule mais elle est prête à l’aider à reprendre une vie normale. C’est son frère après tout, son frère dont la colère peut devenir incontrôlable et tout détruire malgré lui. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

L’âge d’un réalisateur ou d’une réalisatrice ne signifie absolument rien. Un artiste est quelqu’un de passionné et de talentueux. Si la maturité de l’artiste lui permet d’engranger des connaissances et de voir son œuvre évoluer sur le long terme en bien comme en mal, le talent ne va pas venir essentiellement avec le temps. On en a ou on n’en a pas. On a une passion, une vision pour un art ou on n’en a pas. Concernant le cinéma, il en va de même pour les nombreux postes et métiers qui permettent aux films d’exister. Régisseur.se, directeur.rice de la photographie, preneur.se son, scripte, réalisateur.rice ou encore acteur.rice bien pour ne citer qu’eux. Ces gens de talent peuvent avoir 18 comme 68 ans et produire quelque chose d’incroyable. Si la personne de 68 ans a l’expérience pour elle, celle de 18 ans aura avant tout la créativité et l’énergie qui lui permettra d’en faire tout autant, voire plus. Tout en faisant des erreurs, mais c’est en faisant des erreurs que l’on apprend et que l’on avance. Devenir réalisateur.rice n’est pas une moindre affaire. Du court-métrage réalisé avec une petite équipe d’amis au long-métrage composé d’une équipe contenant 20 à 30 personnes représente un cap énorme dans la vie d’un.e réalisateur.rice. Certains le franchissent tardivement (processus extrêmement long si on n’a pas la chance de tomber au bon moment sur la bonne personne qui va permettre d’enclencher la phase de production), alors que d’autres n’attendent pas. Ce qui est le cas du très jeune Nathan Ambrosioni. Du haut de ses 19 ans, le jeune réalisateur français dispose d’une filmographie déjà conséquente avec pas moins de 5 courts-métrages d’horreur réalisés entre 2014 et 2016. Impressionnant et déjà prometteur à l’époque.

Grand passionné par le cinéma d’horreur et cette faculté dont dispose le cinéma d’horreur afin de faire naître une riche palette d’émotions chez le spectateur, Nathan Ambrosioni réalisa des films dont le maître mot était : ambiance. Susciter la crainte, la peur chez le spectateur sans pour autant sombrer dans le gore et le jump-scare facile. Une recherche vraiment intéressante dans l’instauration d’une ambiance par le travail de mise en scène. Deux ans plus tard, le voici à la tête d’un long-métrage qui n’est pas un film d’horreur, mais bel et bien un drame familial. Les Drapeaux de Papier raconte l’histoire d’un frère et de sa jeune sœur qui après avoir été séparé durant 12 ans, vont se retrouver et tout faire pour s’aider l’un et l’autre. Une histoire extrêmement simple afin de créer une pure œuvre de mise en scène dont les deux piliers seront un acteur et une actrice, tous deux remarquables. L’amour pour le cinéma de la part du réalisateur est frappant au visionnage du film Les Drapeaux de Papier. Le jeune cinéaste sait comment donner du corps à ces personnages, les faire vivre et évoluer à chaque instant afin que chaque séquence ait son importance. La plus infime des idées devient ici importante puisque va avoir des répercussions sur la suite des évènements.

Avec un format court, il faut savoir aller à l’essentiel tout en donnant de l’importance aux personnages. L’exercice n’est pas simple, car il faut faire beaucoup et sur peu de temps. Donc majoritairement ne pas chercher à raconter une histoire trop complexe. Un exercice qui aura été bénéfique au jeune cinéaste qui se sert ici du format long afin de reprendre cette manière de faire. Ne pas trop en faire, aller à l’essentiel et chercher en chaque séquence quel est son intérêt pour les personnages. Mettre les possibilités offertes par le cinéma au service de ses personnages. Personnages émotionnellement forts qui vont impacter le spectateur grâce à un travail de mise en scène (et de direction d’acteur.rice) qui va dépasser le manichéisme souvent de mise avec une telle histoire. Il dessine des personnages humains avec leur beauté et leurs faiblesses respectives. Un véritable amour pour ses personnages, mais également pour un casting qui se donne corps et âme. Une émotion certainement présente au tournage, un plaisir incommensurable qui transparaît à l’image et fait plaisir à voir.

Du haut de ses 19 ans, Nathan Ambrosioni exploite à merveille les codes du storytelling avec un sens du cadrage que l’on aimerait retrouver dans plus de productions actuelles. Si le dialogue n’est pas important à la séquence, il n’y en aura pas et c’est par le cadre que le cinéaste va raconter une histoire. Rassembler deux personnages avec l’un qui entre dans le champ avec le second, en isoler à l’aide d’un plan fixe frontal, en isoler un grâce à un zoom avant long et léger qui va éclipser les autres personnages présents dans la séquence… implémenter l’état émotionnel d’un personnage sans qu’il n’ait à parlé, mais uniquement par l’image. Le cinéma c’est un art qui lie l’image et le son. Une image qui aujourd’hui ne se sert que trop peu du hors champ et a tendance à trop vouloir en montrer, ce qui est un tort. Nathan Ambrosioni, jeune amateur de cinéma d’horreur a bien compris que ce que le spectateur ne voyait a une importance toute particulière et pour le cinéma d’auteur dramatique il en va de même. Chaque plan a son importance, chaque plan a une connotation particulière et chaque technologie employée (fixe, zoom ou épaule) va impacter sur l’atmosphère de la séquence dont il est question. Si l’histoire en elle même ne vous marquera pas, les personnages s’en chargeront à sa place.Une alchimie incroyable entre Guillaume Gouix et Noémie Merlant qui donne naissance à une complicité incroyable à l’image. Des séquences riches en émotion, bouleversantes et souriantes qui vous marqueront grâce à ce duo incroyable, ainsi qu’à un réalisateur qui maîtrise déjà l’art de bien raconter une histoire par le prisme de l’image.

Au Cinéma en France le 13 Février 2019.


« C’est incontestablement du beau cinéma, du cinéma réalisé avec amour et envie porté par un duo à l’alchimie bouleversante. »


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