Les Baronnes (The Kitchen ), le retour du label DC Vertigo pour redorer le blason de DC Films ?

Synopsis : « New York, 1978. Entre ses prêteurs sur gages, ses sex-shops et ses bars clandestins tenus par la pègre irlandaise, Hell’s Kitchen a toujours été un quartier difficile. Et mal famé. Mais pour Kathy, Ruby et Claire, épouses de mafieux, la situation est sur le point de basculer. Car lorsque leurs maris sont envoyés en prison par le FBI, elles reprennent en main les affaires familiales, en poursuivant leurs trafics et en éliminant la concurrence … au sens littéral. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Publié en novembre 2014 chez Vertigo, il n’aura pas fallût attendre pour voir le comic book The Kitchen être adapté au cinéma. Repéré par l’actrice Melissa McCarthy qui a appuyé auprès des producteurs, afin que l’adaptation puisse se faire avec à sa tête une scénariste et réalisatrice compétente (et avec elle au casting), c’est dès la 2017 que la scénariste Andrea Berloff signa officiellement afin de prendre la tête du projet. Connue pour avoir signé les scénarios des longs-métrages World Trade Center, Blood Father ou encore NWA Straight Outta Compton, Andrea Berloff signe ici son premier film avec la double casquette de scénariste et réalisatrice. Publié en 2014, The Kitchen (aussi nommé Les Baronnes dans sa traduction française) semble être une réponse directe et frontale au mouvement féministe qui a envahi le milieu de la culture et bien plus encore. Et ce, autant côté papier que cinéma. La réponse d’artistes de la gent féminine à un monde régi par une grande majorité d’hommes. Permettant d’avoir un nouveau point de vue et d’apporter un peu de sang neuf à un art, des arts, qui ont tendances à recycler les mêmes noms et par conséquent, les mêmes manières de procéder. Les Baronnes, c’est également la réponse à une pop culture qui a beaucoup trop tendance à prioriser les super héros et super-héroïnes habillées de lycra au détriment de celles et ceux qui n’ont pas de capes, mais agissent tels des super-héros ou super-vilains (on dit avec le simple point de vue d’un cinéphile qui ne voit que ce qu’on lui montre et sans connaître en profondeur ce que contiennent les tiroirs de chez DC et autres éditeurs surement bien plus éclectiques qu’on ne le pense).

Côté cinématographique, Les Baronnes est un cas également très intéressant puisqu’il signe le retour du label DC Vertigo quelques mois après la descente aux enfers de la maison mère DC Films avec la catastrophe Justice League qui a littéralement défiguré l’engouement que pouvaient produire un effet d’annonce Warner Bros/DC Films dans l’esprit des spectateurs. Si ce label demeure bel et bien affilié directement à la maison mère, il a le privilège de proposer, et ce, depuis des dizaines d’années, des œuvres portées par des équipes créatives plus indépendantes et libres de création. Qui dit moins de budget, dit moins de contraintes. Néanmoins, et même s’il y a rime, liberté ne signifie pas qualité. À quelques encablures de la sortie du tant attendu Joker, production DC Vertigo qui s’inspire du personnage du Joker sans pour autant adapter la moindre histoire auparavant écrite et publiée, il est frappant de remarquer l’orientation prise par les films en provenance de ce label. Des films terre-à-terre, qui, même s’ils n’occultent aucunement l’action ou la violence physique comme psychologique, prennent à cœur de traiter leurs sujets tels de simples êtres humains non-manichéens.

Par le prisme de l’histoire de trois femmes qui prennent le pouvoir à Hell’s Kitchen dès lors que leurs maris respectifs se font emprisonnés pour trois ans, Les Baronnes s’approche au plus près de la psychologie de ces trois femmes. Trois personnalités complètement différentes, trois histoires de couple différentes, trois manières d’approcher les mêmes situations de différentes manières. Démontrer par le prisme d’un trio, que l’être humain, même si doté des mêmes capacités physiques et psychologiques, est formaté par ce qu’il a vécu de son plein gré ou non. Et en ce sens, Les Baronnes tire sa force de son trio éclectique. Une réelle richesse scénaristique inculqué par trois personnages provenant de différentes cultures et aux histoires différentes, permettant au film de traiter de la diversité culturelle (du racisme donc), mais également des inégalités hommes/femmes, ainsi que des violences faites envers les femmes. Explorer des thématiques importantes, difficiles et lourdes de sens sans que ce ne soit complètement gratuit, grâce à de réelles répercussions et la fameuse prise de pouvoir de ces trois femmes qui vont devoir faire face à un monde d’hommes machistes, égocentriques et avares, le tout dans une société patriarcale et raciste. Pour rappel l’histoire se déroule à Hell’s Kitchen dans les années 60.

Malheureusement, si son trio de personnages permet au scénario de s’enrichir et au film dans sa globalité d’être aussi captivant que divertissant (il est extrêmement gratifiant de voir ces femmes prendre le pouvoir par les armes et sans cette peur d’avoir recours à une violence aussi bien verbale que physique), au lieu de chercher l’émancipation et la liberté, il se borne derrière une mentalité qui veut que n’importe quel attachement émotionnel te coûtera la mort. Dommage de s’enfermer dans une telle mentalité qui ne fait pas dans la demi-mesure et fondamentalement manichéenne, alors que le propos de base cherchait à démontrer que l’être humain est non-manichéen et capable du meilleur comme du pire. Un parti pris dommageable et qui laisse un arrière-goût amer en sortie de séance. Une impression de gâchis alors qu’il y avait bien mieux à faire afin de ne pas dénaturer le propos initial, tout en restant jubilatoire et divertissant. Puisque oui, s’il est ainsi c’est en grande partie parce que le film est avant tout un divertissement assez violent et qui ne cache pas cette même violence. Il aime les exécutions, les insultes et prône un rythme assez soutenu par son découpage, sa bande originale catchy du plus bel acabit (signée Bryce Dessner) et sa mise en scène qui va à l’essentiel.

Iconiser son trio de femme pour en faire des super-héroïnes sans cœur prêtes à découper du mafieux. C’est efficace, rythmé et divertissant, mais à force de chercher l’iconisation et l’aspect badass de la chose, Andrea Berloff occulte toute once toute la partie émotionnelle. Il manque des scènes du quotidien, des scènes de vie, des scènes qui permettent de créer un attachement émotionnel entre le spectateur et les personnages. Seule Elizabeth Moss, qui grâce à un personnage bien mieux travaillé puisqu’on en voit directement l’évolution tant par la mise en scène que sa belle interprétation (pas sa meilleure néanmoins), tire son épingle du jeu, malgré un traitement bâclé sur la fin. Avoir le cul entre deux chaises. Vouloir être un pur divertissement, drôle et rythmé qui va droit à l’essentiel et ne prends donc pas le temps de faire vivre ses personnages, mais également un drame reflétant la réalité de LA femme par le prisme de trois profils complètement différents. Deux volontés qui se télescopent à défaut de se compléter pour le bien d’une histoire. S’il est bien produit, bien rythmé et efficace en plus d’être intéressant grâce à son trio de personnages qui apportent un large panel de thématiques lourdes de sens, le film Les Baronnes nous laisse sur une note amère. Divertissant, mais dénué d’une réelle patte artistique sur le plan technique, alors qu’il est là dans le propos féministe. On en retiendra néanmoins cette volonté de réveiller le label DC Vertigo avec ce traitement terre-à-terre des personnages et un fort attrait pour la psychologie humaine dans la caractérisation de ses personnages qui ne sont pas que de simples noms ou stéréotypes. Elles représentent un type de femme, elles ne sont pas qu’une façade, et pour le coup, c’est plutôt bien traité.


« Un trio d’interprètes et de personnages qui a de la gueule et du cran dans une honnête et divertissante adaptation du comic book , mais qui laisse sur une note amer. »


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