Les Affamés réalisé par Robin Aubert [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Dans un village, les choses ont changé. Certains habitants ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils se mettent à attaquer leurs familles, leurs amis, leurs voisins… On les surnomme « les Affamés ». Une poignée de survivants s’enfoncent dans la forêt afin de leur échapper.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position « je m’installe comme à la maison » ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Qu’il est bon de voir des films de genre. Qu’il est bon de voir des films de genre au cinéma. Qu’il est bon de voir des films de genre réalisés par des artistes passionnés, qui ne cherchent qu’à transmettre leur passion et à s’épanouir au travers de la réalisation de l’œuvre qu’ils souhaitent. Dans une société capitaliste où faire des films revient davantage à réaliser des démarches afin de vendre, convaincre et trouver des investisseurs dans le but de faire, plus qu’à filmer à proprement parler, il fait bon de voir débarquer des œuvres artisanales. Des films indépendants qui n’ont pas le budget de productions hollywoodiennes, mais qui possèdent pour la plupart plus de bonne volonté et d’envie. On ressent cette envie de bien faire. Cette envie de faire ce qui plaît et ce qui fait rêver, quitte à ne pas faire originale. Néanmoins, si l’envie de bien faire est présente, subsistera quelques éléments de mise en scène, de réalisation ou même dans la direction artistique qui feront de l’œuvre en question une œuvre qui a une âme particulière, et donc, en marge du restant. Ici, l’on parle de Robin Aubert et de son nouveau long-métrage intitulé : Les Affamés.

« Ce n’est pas à cause du film en lui-même, c’est plus à propos du budget. Tout d’un coup, il devient acquis que si vous voulez faire un film avec des zombies, vous devez dépenser 200 millions de dollars. Moi, je suis là pour dire que non, vous n’avez pas à faire ça : je l’ai fait pour 170 000 dollars ! »

George A. Romero (Indiewire, juillet 2015)


Acteur, scénariste ou encore réalisateur, ce dernier avait déjà signé en 2005 un film de genre qui contait l’histoire d’un reporter parti enquêté dans un mystérieux village dont il découvre rapidement que les citoyens ne lui veulent pas que du bien. Plus de dix ans après, il est encore question de genre, mais cette fois il s’attaque au film de zombies. Voir crédité dans les remerciements du film un certains George A. Romero n’est pas une surprise, tant ce dernier a littéralement démocratisé le genre. Même si son film n’est pas exempt de défauts, Robin Aubert prouve avec Les Affamés qu’il a bien étudié, écouté et compris le père des films de zombies. Les Affamés sent bon le cinéma de genre et plus précisément, le film de zombies des années 60/70. Une concession dans le nombre de plans, une mise en scène que l’on qualifierait de suffisante et une réalisation, ainsi qu’une direction artistique, tous deux proches du naturalisme. L’envie de faire croire au spectateur que ce qu’il voit pourrait être sa réalité. Le plonger de cette manière, plus facilement dans la diégèse, et rendre l’action la plus crédible possible avec des zombies effrayants, menaçants qui font face à des humains totalement désemparés pouvant être fauchés à n’importe quel moment.

On est bien loin des codes imposés par l’industrie hollywoodienne suite à son appropriation du film de zombies. Le zombie redevient une menace et n’a pas besoin d’être en nombre pour nuire à un être ou plusieurs êtres humains. Même si sommaire, mais suffisant, dans sa réalisation et mise en scène, Robin Aubert se sert néanmoins bien du cadre délimité par les objectifs de sa caméra pour créer une ambiance et faire du zombie un être menaçant. Panoramiques, plans larges avec une présence lointaine, surgissement depuis le hors champ dans le champ par la droite du cadre, et un mixage sonore de très bonne qualité. Un dernier élément, sûrement le plus important afin d’inculquer au long-métrage une ambiance pesante et stressante. Pas beaucoup de musiques ou de sons hollywoodiens grossiers. Le silence est omniprésent. Il oppresse le spectateur et amplifie ce sentiment de solitude ressenti par des personnages qui, en plus d’être seuls, ne doivent pas faire de bruit afin de survivre. Une donne qui, ne nous rappelle pas forcément les films de zombies hollywoodiens, mais bien les nouvelles normes vidéoludiques du genre dont un certain The Last of Us développé les équipes de Naughty Dog. Une bien belle référence en terme d’écriture, mise en scène et d’ambiance. Bien plus belle que ce qu’hollywood offre aux spectateurs depuis maintes années maintenant.

Si Robin Aubert surprend agréablement avec ce film de zombies de qualité et qui revient aux origines du genre, il n’en oublie cependant pas de la moderniser. Une modernité qui passe par un humour bien plus présent qu’on aurait pu le penser. A la manière d’un Benjamin Rocher en France, Robin Aubert n’oublie pas de faire retomber la pression avec un protagoniste à l’humour facile et dont les quelques blagues feront sourires. Un bon moyen pour démontrer que le cinéaste ne se prend pas complètement au sérieux et n’oublie pas que le cinéma est un divertissement dont les genres peuvent cohabiter, se répondre et se compléter. Qualifié comme le comique de service dans le film, Marc-André Grondin devient pour Robin Aubert, l’équivalent de Alban Lenoir pour Benjamin Rocher dans Goal of the Dead. Faisant du film Les Affamés une oeuvre jubilatoire, car aussi drôle qu’oppressante, qui joue avec les codes du genre sans pour autant les dénaturer. Respectueux et maîtrisé, un bon moyen afin de passer un bon moment dans une salle obscure.

[usr 3.5]


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