L’Empereur de Paris réalisé par Jean-François Richet [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Sous le règne de Napoléon, François Vidocq, le seul homme à s’être échappé des plus grands bagnes du pays, est une légende des bas-fonds parisiens. Laissé pour mort après sa dernière évasion spectaculaire, l’ex-bagnard essaye de se faire oublier sous les traits d’un simple commerçant. Son passé le rattrape pourtant, et, après avoir été accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, il propose un marché au chef de la sûreté : il rejoint la police pour combattre la pègre, en échange de sa liberté. Malgré des résultats exceptionnels, il provoque l’hostilité de ses confrères policiers et la fureur de la pègre qui a mis sa tête à prix… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Octobre 2008 puis Novembre 2008. Deux mois, deux films, un diptyque qui de par sa générosité et sa méticulosité permise par le format à rallonge (plus de 4h de film) va marquer un cinéma français plus habitué à voir dans les salles obscures de véritables fresques cinématographiques. Le cinéaste français Jean-François Richet signe avec force et ambition un diptyque impressionnant mené par la bravoure, l’impétuosité et l’humanité d’un homme. Ce qui intéresse Jean-François Richet c’est l’humanisme qui réside en ces hommes qui tiennent bien plus de l’antihéros que du héros. Des personnes et personnages qui se rebellent contre un système qui ne leur plaise pas (notamment à cause de ceux qui le gouvernent) et qui possèdent quelque chose d’attachant. Notamment grâce à la notion de respect, absolument première et essentielle pour eux. Respecter l’autre, tant que l’autre nous respecte. MesrineJohn Link (interprété par Mel Gibson dans Blood Father) et François Vidocq partagent ces valeurs et cette même caractérisation de l’antihéros pour lequel le cinéaste Jean-François Richet va s’amouracher afin de ne pas faire d’eux des héros, mais bel et bien des hommes humains et respectueux, loin des images de que le système leur a affublé à cause d’une ou de plusieurs actions commises.

S’il est aujourd’hui essentiellement connu des cinéphiles grâce à la série Les Nouvelles Aventures de Vidocq, quelques apparitions dans des films et téléfilms, ainsi qu’au nanar épileptique aussi passionnant pour un ophtalmologue que pour un cinéphile obnubilé par les possibilités créatrices et destructrices offertes par le cinéma, réalisé par Pitof au début des années 2000, Vidocq est un des personnages les plus intéressants ayant vécu durant l’Empire Français. Eugène-François Vidocq de son petit nom, né à Arras et décédé à Paris, a fait de son nom une légende en passant du statut de bagnard roi de l’évasion à chef de la bridage de sûreté de la Préfecture de Paris. Un rebelle dont l’intelligence et les valeurs humaines font qu’il a su se défaire des chefs d’accusation pour lesquels il a pu être inculpé et recherché, en devenant un homme fondamentalement honorable. Se servir de sa connaissance du bagne de et ceux qui les ont traversés afin de faire respecter une certaine forme de loi qui allait parfaitement aux institutions qui se servaient de lui et de ses talents. Eugène-François Vidocq, le rebelle intelligent, mais contraint par la force des choses à servir à sa manière, un système qui ne lui convenait pas. L’on trouve toujours plus intelligent que soi, mais il faut savoir également s’en servir afin de vivre tel qu’on l’entend et le veut. Voilà comment l’on pourrait vulgairement et grossièrement résumer L’Empereur de Paris, film qui n’est en aucun cas un biopic dédié à Vidocq, mais bel et bien une oeuvre qui va se pencher sur la psychologie d’un rebelle pas comme les autres. S’il tient davantage du film d’aventure que du film d’action, L’Empereur de Paris attire et captive grâce à son aspect historique et sa reconstitution méticuleuse.

À l’image de nombreuses fresques historiques parues ces dernières décennies au cinéma, L’Empereur de Paris est un film à la méticulosité artistique galvanisante. Des costumes aux décors, extérieurs comme intérieurs, on sent aisément la nécessité d’avoir un gros budget afin de pouvoir créer et jouer avec la notion d’artisanat. Tel Vidocq, un tant drapier durant l’aventure, Jean-François Richet signe une oeuvre artisanale où décors et costumes ont été créées afin de servir à établir une immersion certaine. Crédibiliser une époque, mais également des personnages qui ne seront pas que de simples acteur.rice.s en costumes, mais bel et bien des personnages qui vivent au XVIIIe siècle. Ce qui va de pair avec l’utilisation du numérique. Certains plans, certains mouvements de caméra sont présents et imagés afin de montrer ce Paris en construction et ces grands espaces urbains qui ne sont qu’une extension de ce quartier extérieur reproduit à 35 km de Paris pour les besoins du tournage. Montrer qu’il y a de la vie, que cette ville est peuplée et vivante. Donner du cachet et y faire croire, tout en restant à hauteur d’homme. Si Vidocq a été celui que l’on enchaîne avant mettre lui-même les chaînes aux autres, Jean-François Richet cherche à peindre l’homme qui se cache sous le haut de forme. Une mise en scène très sobre doté de quelques fulgurances bienvenues afin d’offrir au récit quelques punchs radicaux et nécessaires afin que L’Empereur de Paris ne soit pas qu’un film humain et sur un système politique fondamentalement (presque) miroir à celui que la France connaît aujourd’hui. À faire dans la sobriété, l’humanité et l’authenticité, Jean-François Richet ampute son film d’un lyrisme cinématographique qui lui tendait les bras.

Un rythme nonchalant causé par un nombre important de dialogues et de face à face afin de décrire au mieux le système politique de l’époque, tout en démontrant l’intelligence du protagoniste, ainsi que son parcours. Des dialogues pas toujours bien écrits, qui malheureusement sonnent faux pour beaucoup et donnent cette fâcheuse impression d’écouter et de voir Vincent Cassel, Denis Ménochet, Denis Lavant ou encore Fabrice Luchini. Des dialogues qui leur sont écrits sur mesure. On les attend dans un registre tel que celui-ci, avec cette intensité ou cette décontraction qu’on leur connaît. Ils ne sont plus les personnages, mais simplement eux-mêmes ou plutôt l’image qu’on a pu leur coller au fur et à mesure du développement de leurs filmographies respectives. Si la direction artistique et le travail sur l’image permettent de crédibiliser l’action et l’histoire, les dialogues gâchent ce travail artistique et l’immersion du spectateur. Il en va de même vis-à-vis du travail musical opéré sur le film. Composée par Marco Beltrami et Marcus Trumpp, on se délecte à l’écoute d’une bande originale qui nous emporte grâce à son lyrisme et sa grandiloquence. Quelques notes de piano et beaucoup de cordes qui transportent. De très beaux morceaux, mais en inadéquation avec la proposition cinématographique et la mise en scène de Jean-François Richet. Ce dernier ne fait pas dans le lyrisme ou la grandiloquence. Il est à hauteur d’homme, recherche et met en image les états d’âmes et actions d’un homme qui fait face au système. Aucun signe de grandiloquence, bien au contraire et la musique, aussi belle soit-elle, va finalement dénotée de l’image, car trop puissante, rendant les actions beaucoup caricaturales et peu touchantes ou empathiques.

L’Empereur de Paris est de ces films que l’on a envie d’aimer et de défendre. Une oeuvre extrêmement ambitieuse et qui se donne les moyens d’être une réussite. Une direction artistique superbe, portée par des décors et costumes créés par l’homme afin d’inculquer une authenticité que le numérique ne permettrait pas. C’est vrai et la somptueuse photographie de Manu Dacosse va sublimer ce travail artisanal. Par sa gestion méticuleuse des sources de lumière, il va faire ressortir la texture du boisé des intérieurs et en extérieur va sublimer l’aspect rural et urbain des quartiers pavés de Paris. Sans parler des magnifiques contre-jour qui vont iconiser Vidocq ou plus précisément, inculquer par sa silhouette une stature et un magnétisme à cet homme dont le nom est légendaire au sein même du récit. Une imagerie somptueuse renforcée par un bon casting, mais amputée par une histoire pas à la hauteur des ambitions. Beaucoup trop accentuée sur l’humanisme du protagoniste et rapport au système politique de l’époque, cette histoire balade le spectateur de face à face en face à face sans qu’il ne se passe quelque chose de marquant et de frappant. Une histoire aux séquences téléphonées, toutes coupées de manière extrêmement sèches donnant cette impression de passer d’un chapitre à l’autre sans aucune respiration. Demeure quelques belles fulgurances (ce monologue en prison somptueux) qui vont dynamiser le tout et donner du punch, mais ce n’est pas suffisant pour faire de L’Empereur de Paris la fresque romanesque que l’on aurait aimée, que l’on aurait pu, voir. Un film pas à la hauteur de ses ambitions, mais qui n’en est pas mauvais pour autant. Tout ce travail artistique mérite que l’on en parle et prouve une nouvelle fois que le cinéma français regorge d’artisans (costumes, décors, direction de la photographie) de grands talents.


« Une direction artistique superbe, une photographie qui sublime par le contre-jour la silhouette légendaire de Vidocq, font de L’Empereur de Paris un film formellement superbe, mais amputé par de larges défauts. »


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