L’échange des princesses réalisé par Marc Dugain [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “1721. Une idée audacieuse germe dans la tête de Philippe d’Orléans, Régent de France… Louis XV, 11 ans, va bientôt devenir Roi et un échange de princesses permettrait de consolider la paix avec l’Espagne, après des années de guerre qui ont laissé les deux royaumes exsangues.
Il marie donc sa fille, Mlle de Montpensier, 12 ans, à l’héritier du trône d’Espagne, et Louis XV doit épouser l’Infante d’Espagne, Anna Maria Victoria, âgée de 4 ans.
Mais l’entrée précipitée dans la cour des Grands de ces jeunes princesses, sacrifiées sur l’autel des jeux de pouvoirs, aura raison de leur insouciance…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Second film pour le cinéma proposé par Marc Dugain, qui se lance dans un exercice épatant : l’adaptation. L’écrivain décide de porter sur grand écran l’histoire écrite par Chantal ThomasL’échange des princesses. L’écrivaine, spécialiste de l’époque moderne, avait déjà proposé Les Adieux à la Reine que Benoît Jacquot avait porté sur grand écran en 2012. Enfin, il est à relever que le réalisateur poursuit sa sortie de zone de confort en choisissant le XVIIIe siècle, lui l’auteur contemporain marqué par les guerres mondiales et la période de la Guerre froide.

L’histoire nous transporte au moment précis où le jeune Louis XV devient roi de France. Moment important pour sceller une alliance avec l’Espagne et sortir enfin des conflits lancinants qui ont marqué le règne de Louis XIV, son arrière-grand-père. C’est au duc d’Orléans que revient de proposer ce pacte et cette manigance d’échange d’une princesse espagnole par une princesse française pour contenter le roi français et le futur roi d’Espagne. Cette reconstitution historique est fidèle, impeccable et parfaite. Les costumes, les décors intérieurs sont parfaits. Mais bien que les châteaux ayant servi aux reconstitutions reproduisent parfaitement les lieux de vie des souverains, dont Versailles, il est parfois difficile de croire que nous sommes au XVIIIe siècle tant l´environnement naturel nous replace toujours dans le présent. Cependant, Marc Dugain bénéficie également d’un très joli travail sur la photographie que réalise Gilles Porte. Le soin apporté à la musique par Marc Tomasi renforce le côté somptueux et classique de cet échange de princesses.

Dernière touche à la crédibilité de cette adaptation, le réalisateur s’entoure d’un casting au diapason qui pourtant participe à l’ennui qui se profile à l’horizon. En effet, malgré toutes les qualités techniques, on sent la pesanteur qui s’abat sur le film et le spectateur. Cette pesanteur : c’est le temps. Le temps qui ne passe pas assez vite coinçant la jeune infante dans cette jeunesse qui l’empêche de pleinement  devenir cette reine qui offrira un héritier au royaume. Héritier qui pourrait parasiter les complots contre le jeune Louis XV (impeccable Igor van Dessel associé à la jeune et talentueuse Juliane Lepoureau). Également, l’attente que Louise-Elisabeth impose chez son mari, le futur Luis Ier d’Espagne, en se refusant à lui et en mettant en jeu la patience du roi d’Espagne et de son épouse. C’est un ennui poli qui habite le film et le parcourt. La faute à quoi ? À qui ? Certainement pas au casting qu’a réuni Marc Dugain même si on peut se poser la question de la présence de tant d’acteurs français dans cette Cour espagnole (Lambert Wilson en devient fatigant)…

Le souci de L’échange des princesses est qu’en proposant une stylisation à l’extrême de l’histoire et de la période historique, le réalisateur impose un esprit trop ampoulé pour susciter une pleine adhésion. Et c’est ce poids de l’étiquette, ce poids de l’époque moderne sur le temps et la jeunesse que l’on perçoit pleinement et que cherche à imposer comme sentiment le réalisateur. Poser les pesanteurs à l’extrême pour nous intégrer aux intrigues de pouvoirs et enjeux que revêtent ces deux mariages, que revêt cet échange. Et pourtant, on reste par moment captivé, car le scénario a une résonance certaine sur notre époque.

Pour être précis, Marc Dugain filme magnifiquement bien “l’ennui et le temps qui ne passe pas” dans cette fresque historique où l’enjeu majeur reste les intrigues de couloirs et de bas étage. Réussissant à magnifier l’ennui pour le porter à l’extrême telle Sofia Coppola, Marc Dugain bénéficie d’une magnifique photographie et d’un casting impeccable qui servent un ensemble trop empesé pour susciter l’adhésion jusqu’à la fin.

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