Le Voyage de Fanny (Critique l 2016) réalisé par Lola Doillon

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Synopsis : “ Du haut de ses 12 ans, Fanny a la tête dure ! Mais c’est surtout une jeune fille courageuse qui, cachée dans un foyer loin de ses parents, s’occupe de ses deux petites sœurs. 

Devant fuir précipitamment, Fanny prend alors la tête d’un groupe de huit enfants, et s’engage dans un dangereux périple à travers la France occupée pour rejoindre la frontière Suisse.

 Entre les peurs, les fous rires partagés et les rencontres inattendues, le petit groupe fait l’apprentissage de l’indépendance et découvre la solidarité et l’amitié.”

Ce n’est pas peu dire que Lola Doillon est une enfant de la balle. Fille de la monteuse Noëlle Boisson et du réalisateur Jacques Doillon, elle est tombée dans le cinéma toute petite. Elle a fait ses premiers pas devant la caméra de son père, avant de devenir photographe de plateau puis ensuite assistante-réalisatrice notamment de Cédric Klapisch sur le film L‘Auberge espagnole. Depuis 2007, elle s’est lancée seule dans la réalisation avec un premier long qui fut très remarqué : “Et toi t’es sur qui ?“. Film sur l’adolescence et le passage à l’acte qui, bien plus qu’un énième film sur le thème, proposait une variation toute en subtilité sur les relations garçons/filles. Le sexe qui se veut l’entrée dans le monde adulte avec en ligne de mire de l’amour quand même et toujours…

Présenté à Cannes, dans la section Un Certain Regard, le film révéla aussi Christa Théret qui éclatera ensuite grâce à LOL (Laughing Out Loud). Il est donc certain que Lola Doillon connaît la jeunesse et sait comment la filmer. Ici, à la faveur de la découverte du livre de Fanny Ben Ami (Le Voyage de Fanny), la réalisatrice a décidé d’adapter une petite partie de son récit : le moment où Fanny dut fuir la pension où elle était cachée avec ses deux petites sœurs face à l’arrivée des nazis. Les films historiques évoquant la thématique de la traque des Juifs dans la France de Pétain sont nombreux. L’originalité réside dans le fait que la réalisatrice se place à hauteur d’enfants pour conter la fuite en avant vers la frontière suisse.

En mêlant la grande histoire et le récit initiatique, Lola Doillon réussit le pari (et même le tour de force) de diriger un casting d’enfants…. et tout le monde sait à quel point ce sont les plus difficiles à gérer (bien plus que les animaux). Et pour y arriver pleinement, elle n’a pas hésité à adapter son scénario et le réécrire pour mieux coller aux attentes des enfants et à leur rythme, car elle tenait là un casting en or. Et il est vrai que ce casting rafraîchissant est la force du film (notamment Léonie Souchaud, naturelle et combative), mais il est aussi sa faiblesse… la fraîcheur présente masque mal justement les approximations du jeu et donc forcément de l’histoire dans laquelle des creux sont apparents… entraînant une cruelle déception au niveau du montage imparfait.

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Si la photographie est jolie malgré sa simplicité : les moments de joie sont lumineux, les moments de tristesse et d’angoisse sont dans des tons grisés, on note que le rythme est bringuebalant enchaînant des passages de tensions fortes (l’enfermement dans l’école où nos jeunes héros tiennent tête à des policiers vichystes) avec de longs moments de platitude et inutiles. Le malaise des enfants suite à l’ingestion de baies empoisonnées ou encore la recherche d’un lieu de protection. Où si la tendresse est manifeste, on ne comprend pas bien comment Fanny a réussi à se faire entendre du fermier qui va les accueillir.

Le montage est bien au cœur du manque de rythme de l’histoire proposée qui dessert le propos alors que l’histoire de Fanny est importante pour les générations actuelles afin de mieux comprendre les horreurs de la guerre et éviter que cela puise se reproduire un jour. Et que dire encore de la sous-exploitation des acteurs ? Bien entendu, le film est celui du voyage de Fanny et des enfants qu’elle emmène avec elle, mais les adultes sont pourtant là, mais tellement absents… Cécile de France, interprète Madame Forman (personnage s’inspirant de plusieurs résistantes qui protégèrent les enfants juifs durant la guerre), personnage à peine développé, ou encore Jérémie Petrus en Julien qui a en tout et pour tout 20 minutes. Sans oublier Stéphane De Groodt dont le rôle de fermier protecteur est beaucoup trop peu mis en valeur.

Mais s’il y a bien un défaut flagrant dans le film, c’est la musique et son omniprésence. Trop forte, mal mesurée, la partition de Sylvain Favre-Bulle et Gisèle Gerard-Tolini est pénible pour la narration ! À tel point qu’il serait bon de revoir le mixage son (Nicolas Duport a été bien plus inspiré dans “Les Gamins” ou encore “Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?“) avant sa sortie le 18 mai… en plein Festival de Cannes, un pari osé et risqué !


En Conclusion :

Présenté en exclusivité au Showeb de Printemps, ce troisième film est à réserver pour des élèves de classe de CM1 ou CM2 afin de poser les bases nécessaires d’une explication de la Seconde Guerre Mondiale et de ses horreurs (notamment un antisémitisme bien trop présent dans notre société actuelle).

Mais Le Voyage de Fanny manque cruellement de rythme et la musique omniprésente parasite l’interprétation de jeunes acteurs qui parfois sonnent faux et d’acteurs confirmés sous-employés. Enfin, le récit qui se veut linéaire manque de liants par un montage raté et peu subtil malgré les bonnes intentions de Lola Doillon.

La réalisatrice cherche à proposer un film nécessaire et utile, desservi par sa musique ou encore par son affiche promotionnelle, donnant plus l’impression d’une belle et grande aventure que vont vivre les enfants (comme le clame le chapeau “une incroyable histoire de bravoure et de solidarité”) où le réel fond historique semble totalement absent. Dommage…

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