Le Redoutable réalisé par Michel Hazanavicius [Critique | Cannes 2017]

Synopsis : “Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde.
Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.”


Du 17 au 27 mai 2017, nous sommes au 70e Festival de Cannes. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.
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Réalisateur, scénariste et monteur, Michel Hazanavicius est avant tout pour beaucoup le cinéaste derrière La Classe Américaine. Film qu’il co-réalisa avec Dominique Mezerette. Détourner des images de films américains cultes, westerns plus particulièrement, afin de créer un nouveau sens avec ces mêmes images. La force du montage, du contrepoint cinématographique créé par l’opposition entre l’image et le son. La Classe Américaine est un film remarquable en ce sens, car il démontre avec exemplarité l’importance de la maitrise de chaque élément qui constitue un film. Depuis, le cinéaste français a réalisé plusieurs types de films, sans jamais s’enfermer dans un genre en particulier. Dommage que son drame engagé The Search n’est pas reçu les louanges et le succès mérité. Michel Hazanavicius est un cinéaste complet pouvant à la fois faire du drame engagé comme de la comédie d’aventure. Cependant, ce qui traverse son cinéma est son amour pour cet art. Chacun de ses films est un hommage au cinéma et a un type de cinéma en particulier. Avec Le Redoutable, Michel Hazanavicius dynamite le genre à part entière qu’est devenu le biopic. Adaptation du livre « Un An Après » écrit par celle qui n’est autre que la protagoniste de l’histoire, Anne Wiazemsky, Michel Hazanavicius en reprend les grandes lignes, les moments qui lui ont semblé être importants dans le but de construire un véritable film de fiction. Ne pas faire un biopic sur la vie de Godard, ne pas caricaturer Godard dans une comédie potache, mais bien de faire de Godard un personnage de fiction à part entière et se servir de ce caractère exceptionnellement cinématographique pour faire rire.

« Soit on fait un film de flic, soit on fait un film révolutionnaire. »

Mégalo, extravagant, caractériel, imbu de sa personne, égocentrique, narcissique… devant la caméra de Michel Hazanavicius, Jean-Luc Godard devient un personnage de fiction. Jean-Luc Godard est aujourd’hui devenu une caricature, un personnage que l’on ne pourrait écrire et en aucun cas le cinéaste français ne sombre dans la facilité d’en faire trop. Au travers d’un scénario bien élaboré et à la construction significative d’une volonté de revenir aux origines de son cinéma (film chapitré à la manière d’un film à sketchs), Le Redoutable s’amuse avec la personnalité de ce cinéaste hors normes. Cinéaste qui cherchait à révolutionner son cinéma, à révolutionner tout court, mais également provocateur, Michel Hazanavicius se sert des moyens mis à sa disposition et de sa connaissance cinéphilique pour amplifier l’aspect comique des situations. Briser le quatrième mur, sous-titres qui font contresens aux dialogues… Le réalisateur français retrouve la fraicheur et l’intelligence qui a offert à La Classe Américaine son statut de film culte. Certaines séquences sont hilarantes et la répartie des dialogues ne laisse pas de répit. Godard, cinéaste devenu hilarant en dehors de sa volonté, à cause de ce caractère tranché. On aime le déteste et rire de ses coups de gueule et caprices. Technicien hors pair chaque détail compte pour Michel Hazanavicius et l’image n’est jamais simplement utilisée en guise d’illustration. Les dialogues et le cadre se complètent, à l’image du champ et du hors champ. Un hors champ qui a son importance dans ce film dont le montage et la réalisation ne se focalisent pas toujours sur l’action. Quel plaisir que de voir un film qui transpire le cinéma et fait par un véritable amoureux du cinéma. Chaque détail est pensé (couleurs de l’appartement, objets présents dans le cadre) afin d’enrichir le plan ou la séquence.

Cependant, Le Redoutable n’est pas pour autant une œuvre parfaite. S’il assume cet aspect révolutionnaire et comique avec l’usage d’effets techniques et de styles lors de quelques séquences, il ne l’assume pas de tout son long. Vendu comme un long métrage et non un film à sketch, le scénario s’efforce à conserver un fil conducteur de son premier à son dernier plan. Manière de ne pas perdre le spectateur, mais surtout de créer un faux rythme. Jonglant entre purs moments de comédie et moments plus sérieux où Hazanavicius cherche à faire comprendre comment Godard est devenu Godard, Le Redoutable oscille entre La Classe Américaine et Le Mépris, entre comédie révolutionnaire et drame de la Nouvelle Vague. Deux salles, deux ambiances. Ce qui correspond bien au personnage dépeint comme un faux cul pouvant changer d’avis dans pour autant admettre qu’il avait tort, mais donne l’impression que le film n’assume pas ce qu’il est avant tout : un film a sketch.

« Soit on fait un film de flic, soit on fait un film révolutionnaire. » Des séquences conventionnelles maitrisées, à la réalisation pleinement hommage au style Nouvelle Vague ; des séquences révolutionnaires hilarantes ; mais un tout qui n’est pas suffisamment bouleversant ou hilarant pour être le grand film qu’il aurait pu être. Jean-Luc Godard a d’une certaine manière révolutionné une forme de cinéma avant de renier son passé. Le film Le Redoutable en porte les stigmates, dans une bonne comme une mauvaise mesure. Il n’en reste pas moins un film techniquement maitrisé, ponctué par des séquences très drôles, des dialogues impeccables qui reflètent parfaitement la personnalité du cinéaste et remarquablement interprété. De Louis Garrel qui livre une prestation remarquable notamment dans le travail effectué sur sa voix, à Stacy Martin, empathique et communicative.

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