Le Prince Oublié, la mélancolie de l’enfance selon Michel Hazanavicius

Synopsis : « Sofia, 8 ans, vit seule avec son père. Tous les soirs, il lui invente une histoire pour l’endormir. Ses récits extraordinaires prennent vie dans un monde imaginaire où l’héroïne est toujours la princesse Sofia, et son père, le Prince courageux. Mais trois ans plus tard, quand Sofia rentre au collège, elle n’a plus besoin de ces histoires. Désarmé, son père va devoir accepter que sa fille grandisse et s’éloigne de lui. Dans leur Monde imaginaire, le Prince va alors devoir affronter la plus épique de toutes ses aventures pour conserver une place dans l’histoire. » 


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après son portrait du Redoutable (2017), biopic sur le cinéaste phare de la nouvelle vague, Jean-Luc Godard, le cinéaste Michel Hazanavicius fait son retour par la porte du divertissement populaire français. Le Prince Oublié se présente comme un conte familial dans lequel un père (Omar Sy) raconte des histoires à sa petite fille pour s’endormir le soir. Des histoires qui prennent la forme d’un monde imaginaire ressemblant à un plateau de cinéma où des personnages de contes donnent vie à ces histoires pour enfants. Mais un jour, la petite fille grandit et son père qui fut le Prince de ses histoires n’est plus le héros de sa fille. 

Le Prince devient donc un personnage oublié, relégué au rang de personnage secondaire, tel un acteur qui aurait connu ses heures de gloire à l’époque du muet avant d’être oublié dans la transition du muet au parlant. Le Prince Oublié trouve une résonnance dans ses thématiques avec The Artist (2011) où il était déjà question d’un personnage craignant d’être oublié dans l’évolution de son époque. Michel Hazanavicius semble être inconsciemment obsédé par cette thématique récurrente dans sa filmographie, Le Prince Oublié parvenant à trouver sa place parmi la filmographie du cinéaste. 

Mais Le Prince Oublié est sans cesse tiraillé entre le divertissement populaire pour enfants et l’œuvre d’auteur de son cinéaste. Si l’on retrouve plusieurs thématiques de son cinéma ainsi que les éléments qui font la patte d’Hazanavicius, notamment l’humour décalé propre à son style parodique, le divertissement familial prend souvent le dessus, avec des défauts propre à un blockbuster français. Des effets spéciaux numériques pas toujours très réussis, donnant parfois une impression d’inachevé pour certain, un humour un peu trop enfantin par moment dans lequel Hazanavicius ne semble pas être à sa place, une happy-end un peu forcé qui semble imposée par les producteurs. Michel Hazanavicius ne semble pas toujours aussi libre dans cette superproduction que dans ses OSS 117 (2006 et 2009) où il poussait le pastiche de son cinéma beaucoup plus loin. 

Il y a une volonté dans Le Prince Oublié de marcher sur les plates-bandes des studios Pixar, le cinéaste empruntant à la mélancolie des récits du géant de l’animation, cette poésie de l’enfance qui fait pleurer petits et grands dans les œuvres du studio. Mais Le Prince Oublié est à des années-lumière du génie et de la subtilité de l’écriture des films Pixar, forçant parfois sur l’émotion et la mélancolie, malgré une sincérité évidente chez Hazanavicius. La très belle idée du Prince Oublié, c’est de faire de l’imaginaire d’une enfant : un plateau de cinéma où s’épanouit le cinéaste pour mettre en scène l’autodérision propre à son style. Si Omar Sy est un père mélancolique et émouvant dans la réalité, il devient un acteur burlesque dans l’imaginaire du conte, un personnage de cartoon dont le corps est en proie à des gags burlesques. L’acteur s’épanouit dans chaque plan dans la peau de ce Prince drôle tout en nous surprenant par la mélancolie qu’il dégage dans la peau d’un père qui a peur de voir sa fille grandir et quitter l’enfance. 

C’est dans cette belle mélancolie, débordant de sincérité, que Le Prince Oublié trouve son salut, malgré ses défauts propres au divertissement familial grand public qui empêche Michel Hazanavicius de s’épanouir pleinement dans cette commande un peu trop sage. 


« Sans pour autant atteindre le génie d’un Pixar dans son écriture, Le Prince Oublié surprend par sa mélancolie et sa poésie de l’enfance, Michel Hazanavicius orchestrant ce divertissement familial en bon conteur peu inspiré. » 


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