Le Mans 66, la fusion entre l’Homme et la Machine au détriment de l’Humain

Synopsis : « Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Deux ans après son excellent Logan, le cinéaste James Mangold revient au genre du biopic avec Le Mans 66. Il s’attaque cette fois à l’univers de l’automobile en se fixant pour défi de retracer le face-à-face mythique entre Ford et Ferrari lors des 24 heures du Mans en 1966, année où le monstre italien fut détrôné par le constructeur américain après avoir enchaîné les victoires depuis 1959. Un défi de taille tant l’exercice de la reconstitution de l’époque est imposant, que ce soit dans son aspect esthétique et technique, le cinéaste se fixant comme objectif de filmer des scènes de course réalistes au plus près du pilote Ken Milles (Christian Bale, excellent) tout en retraçant son amitié tumultueuse avec Carroll Shelby (Matt Damon). Un double objectif pour James Mangold : retracer Le Mans 66 à la fois du point de vue de la machine que de l’humain. Et autant dire que le cinéaste ne réussit l’exercice qu’à moitié. 

Car oui, qu’on se le dise, Le Mans 66 est un vrai plaisir de cinéma dans sa reconstitution pimpante des 60’s. James Mangold et son directeur de la photographie, Phedon Papamichael, opèrent un travail d’orfèvre à travers une reconstitution soignée de l’atmosphère de cette époque, privilégiant le décor réel au fond vert, reconstruisant les voitures de courses de manière authentique par rapport à leurs modèles d’origines, le chef décorateur François Audouy et le créateur des costumes Daniel Orlandi s’appuyant sur les archives de l’époque pour reconstituer le plus fidèlement possible Le Mans 66 dans son authenticité. Un vrai plaisir pour les yeux et les amateurs de cette époque. 

Lorsqu’il est question de filmer la course, de retranscrire la fusion entre l’Homme et la Machine, James Mangold confirme son statut d’artisan hors-pair à Hollywood. La caméra est au plus près des voitures, de leurs moteurs, rendant compte de la vitesse dans un montage nerveux où s’enchaînent les gros plans sur les visages des pilotes avec la trajectoire d’une automobile rutilante fonçant à toute vitesse. C’est dans la précision technique de ses scènes de course que James Mangold trouve son salut, quand il filme le moteur du bolide et sa vitesse. Mais si le cinéaste est plus qu’inspiré lorsqu’il s’agit de filmer les machines, il l’est beaucoup moins lorsqu’il est question de filmer à hauteur d’homme. 

Là où l’écriture d’un Logan s’en tire avec les honneurs en filmant de manière crépusculaire la vieillesse d’un Héros dans un somptueux western funèbre, Le Mans 66 peine à rendre humain son pilote et ses relations avec ses proches. La relation entre Milles et son fils Peter (Noah Jupe) ne dépasse pas le stade de la mignonnerie, peinant à convaincre pleinement dans une écriture en sommes assez classique, tandis que l’amitié entre Shelby et Miles touche plus dans les moments de comédies, où l’alchimie entre Matt Damon et Christian Bale, tous deux excellents, opère bien plus dans l’humour que dans l’émotion. L’écriture du Mans 66 paraît parfois un peu trop classique, voire didactique, remplissant sagement le cahier des charges du biopic conventionnel, dans un classicisme qui trouve sa grande qualité dans son élégance formelle indéniable, mais aussi sa limite dans son écriture légèrement dénué d’âme. 


« Après l’excellent Logan, James Mangold filme la fusion entre l’Homme et la Machine avec un savoir-faire d’artisan indéniable, au détriment de l’aspect Humain. Le Mans 66 est une belle carrosserie rutilante et pimpante, elle fonce à toute vitesse, à défaut d’avoir réellement une âme. Mais il n’en reste pas moins un vrai plaisir de cinéma. »


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