Le Lac aux oies sauvages, un somptueux trompe-oeil

Synopsis : « Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Ensemble, ils décident de jouer une dernière fois avec leur destin. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Cinq ans après Black Coal, auréolé de l’Ours d’Or à Berlin en 2014, le cinéaste chinois Diao Yinan revient avec Le Lac aux oies sauvages, un nouveau polar noir dans la veine de son précédent film, présenté cette année en compétition cannoise. Un projet de longue date qui mûrissait dans l’esprit du cinéaste depuis Train de Nuit en 2007. Pourtant entre temps, Diao Yinan a réalisé Black Coal, car le scénario de ce nouveau long-métrage n’était pas assez abouti à ses yeux à l’époque. 

Inspiré d’un fait divers ayant eu lieu à Wuhan en 2012, Le Lac aux oies sauvages suit une chasse à l’homme haletante, où un chef de gang se lie à une prostituée qu’il rencontre dans une gare de banlieue pluvieuse. Le gangster charge la jeune prostituée de le dénoncer à la police pour empocher la récompense et la reverser à sa femme et son enfant. Le criminel devient l’homme le plus recherché de la ville, plusieurs gangs de voleurs se lancent à sa poursuite pour remporter le bulletin. 

Polar de forme plus que de fond, dans la veine de son Black CoalLe Lac aux oies sauvages se veut comme une variante autour des codes du film noir occidental des années 1940-1950, avec un propos social sur les conditions de vies de la société chinoise. Sur la forme, le nouveau film de Diao Yinan est un polar atmosphérique hypnotisant, au rythme lent et contemplatif, au même titre que le Grand Voyage dans la nuit de Bi Gan sorti en début d’année, trip onirique et existentielle magnifié par un sublime plan-séquence en 3D relief. Une lumière somptueuse, des jeux d’ombres astucieux, des idées de mise en scène et une inventivité formelle dans chaque plan, il y a un vrai plaisir dans cette volonté du cinéaste de citer les motifs visuels propre au genre du film noir.

Le Lac aux oies sauvages est un polar formellement somptueux mais qui laisse un arrière-goût un peu amer, le tout donnant l’impression d’un exercice de style un peu vain dans son propos social. Le film de Diao Yinan est assez proche de celui de Bi Gan dans sa forme hypnotique, à la différence que la démarche artistique du second est un pur film de forme. Une pure expérience de cinéma sensorielle où la technique épouse radicalement le fond. Diao Yinan ne tranche jamais réellement entre le polar de forme ou de fond. Les personnages du gangster et de la prostituée font figures d’archétypes dans une errance existentielle un peu vaine dans son propos social. Diao Yinan embrasse pleinement le genre du polar noir, le film offrant son lot de scènes marquantes, avec une violence radicale qui détonne au milieu de ce rythme lent et contemplatif, notamment une scène de décapitation qui ne laisse pas de marbre. 

Le Lac aux oies sauvages renoue avec un vrai plaisir du polar noir et de ses codes. Le film de Diao Yinan est un pur moment de cinéma, formellement somptueux, malgré un propos social un peu vain qui aurait mérité à être peaufiné davantage, son ancrage dans la réalité de la société chinoise étant bien présente dans sa mise en scène. 


« Un beau polar chinois, formellement somptueux, où Diao Yinan revisite avec virtuosité les codes du film noir occidental, malgré un propos social un peu vain qui laisse une impression de fond vide. Un joli trompe-oeil. » 


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

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